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Macky Sall a battu son propre record en faisant un discours de 13 min, après son premier qui avait duré 15 mn. Ça c’est pour la forme. Dans le fond aussi, il a été moins euphorique et se veut dans l’action.

13 minutes. C’est moins que le «propre quart d’heure» que nous avions accordé au chef de l’Etat nouvellement élu dans son premier discours du 3 avril 2012. Discours sobre et court donc, comme celui qu’il a livré lundi à l’occasion du 57ème anniversaire de l’indépendance du Sénégal. Cette fois-ci, Macky Sall a choisi de faire plus dans les généralités que de se livrer à un bilan. Tant mieux qu’il ne nous ait pas ennuyés avec les chiffres, les programmes et projets comme il l’avait fait dans son message du 31 décembre. Et il ne pouvait ne pas rappeler brièvement la baisse de 10% du coût de l’électricité, une mesure forte et déjà en vigueur, la transformation des titres précaires en titres fonciers et les performances dans le domaine de la culture. Il préfère «rester dans le temps de l’action» parce que, pour lui, «seuls comptent la vision, l’action diligente et le résultat». Pas besoin de Pudc, de Puma, de Promo-villes et d’autres grands chantiers qui avaient tiré en longueur son dernier message. «Dans mon message à l’occasion du Nouvel An, je vous ai entretenu de nos acquis et perspectives dans le cadre de la mise en œuvre des initiatives, projets et programmes du plan Sénégal émergent»…

Chefs de village : relais de l’Administration, relais politiques
En revanche, comme cette baisse des 10% du prix de l’électricité qui avait retenu l’attention dans le message du Nouvel An, le chef de l’Etat a glissé dans son discours une grosse promesse. Dans un «esprit de développement solidaire et inclusif», il a «demandé au gouvernement d’étudier les conditions de rémunération des chefs de village qui, en tant que relais indispensables de l’Administration, exercent une mission de service public, souvent à leur propre charge». Relais politiques aussi, comme l’avait estimé et espéré son prédécesseur. Alors qu’il sortait affaibli des 23 et 27 juin, Abdoulaye Wade avait misé sur les chefs de village pour sa réélection au prix de salaires compris entre 50 000 et 70 000 F Cfa, de billets à la Mecque, de véhicules,… C’est le même Macky Sall qui, à son arrivée, leur a tout repris. A-t-il été inspiré par la fédération communale des chefs de village de Diouroup (département de Fatick) qui sollicitait auprès de lui un statut et une rémunération, à l’image des chefs de quartier ? «On ne peut pas tous demander des véhicules de fonction au vu du nombre considérable de villages dans le pays», avait admis Ibrahima Diouf dans une dépêche de l’Aps du 1er octobre 2016.

Main tendue dans un climat tendu
C’est un Macky Sall préoccupé aussi par le rythme plus ou moins lent de la concrétisation de ses nombreuses promesses par des instructions comme «j’ai assigné au gouvernement», et les mots «actions» et «résultats». Il n’est pas candidat aux Législatives, mais veut renouveler sa majorité parlementaire et convaincre pour sa réélection en 2019. Ce qui ne peut se faire que dans un climat politique et social apaisé. Et c’est le sens de cette «main tendue à tous et à toutes, pour travailler ensemble, dans l’unité et la cohésion nationales». Comme celle qui a abouti à l’ouverture du dialogue le 28 mai 2016, à la suite du référendum controversé ? Aujourd’hui encore, c’est tout de même dans un contexte d’accusations de fraudes électorales par l’opposition, d’emprisonnement du maire de Dakar, de la manifestation annoncée de Y en a marre et des contre-manifestations de gens du pouvoir, que le chef de l’Etat sort de son costume bleu l’idée, sans prononcer le mot, d’un dialogue (encore) national. «Je tends la main à tous et à toutes, pour travailler ensemble, dans l’unité et la cohésion nationales», a-t-il dit. Il faut rappeler que le qualificatif «national» collé aux concertations ne s’est concrétisé, en réalité, que dans le volet politique conduit par le ministre de l’Intérieur, que l’opposition récuse. Le Président Sall tente de rassurer par «toutes les dispositions requises», qu’il fera prendre pour un «scrutin sincère, régulier et transparent». Etant entendu qu’à la date du 29 mars, il y a déjà «5 millions 501 667 inscrits », soit plus que l’objectif des «4 millions fixés dans la loi».

Bonne gestion contre «Sall» gestion ?
Il ne fallait pas s’attendre qu’il parle de l’affaire Khalifa Sall. Ce n’était ni le lieu ni le moment. Mais que les partisans du maire de Dakar ou de Bamba Fall se le tiennent pour dit. Macky Sall est convaincu que «c’est dans la bonne gestion des affaires publiques que nous pourrons mieux dépenser nos ressources, financer nos efforts d’émergence, satisfaire les besoins sociaux de nos populations, offrir à notre secteur privé les meilleures conditions d’épanouissement, et ouvrir à notre jeunesse de nouvelles perspectives d’éducation, de formation et d’emploi». C’est d’autant plus vrai que le temps de la justice peut, au moins, parfois être celui de la politique. Puisque c’est peu après le message du chef de l’Etat que l’on a appris que le juge d’instruction a bouclé l’enquête sur la caisse d’avance et rejeté la demande de mise en liberté provisoire des avocats de Khalifa Sall.
hamath@lequotidien.sn

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