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En 2012, profitant d’une mutinerie qui se transformera en coup d’Etat, la rébellion touarègue prenait le Nord Mali (Kidal, Gao et Tombouctou) pour proclamer l’indépendance de l’Azawad. Quelques mois plus tard, il a fallu l’intervention de la France pour empêcher aux rebelles et autres jihadistes de déferler sur le Sud pour parachever la conquête du Mali. Cette année, malgré les remous politiques à Bamako, créés par l’imam Dicko et la mutinerie-coup d’Etat, si les rebelles et les djihadistes restent terrés dans leurs grottes ou se font oublier dans l’immensité du désert, c’est à cause de la présence militaire internationale. Les Maliens doivent en faire le constat et en tirer une conclusion : profiter du parapluie militaire international pour rebâtir une Armée digne de ce nom, capable de défendre le territoire quand la force expéditionnaire partira. Depuis l’opération Serval, le bien le plus précieux pour le Mali était le temps. Et IBK a fait perdre à son pays 7 ans. Et le principal message des manifestants sous la houlette de Dicko consistait à dire : le Mali a déjà perdu 7 ans et ne peut plus se payer le luxe d’en perdre encore 3 avec l’immobilisme de IBK. «L’histoire ne se répète pas ou alors comme une farce», nous dit Karl Marx. Pour éviter que l’histoire et les erreurs tragiques de 2012 ne se répètent et que cette mutinerie-coup d’Etat ne se transforme en farce tragique, il faut que le nouveau pouvoir de Bamako se concentre sur l’essentiel : trouver un accord politique avec les rebelles ou se préparer à la guerre pour éviter que le Mali ne disparaisse. Et malheureusement, une guerre est nécessaire pour sauver le Mali, parce que le rapport des forces n’a jamais été aussi défavorable à Bamako. «Si je suis trop fort, pourquoi je perds mon temps à négocier ? Si je suis trop faible, je n’ai rien à mettre sur la table pour négocier», disait Amine Gemayel, président du Liban. Aujourd’hui, les rebelles et les jihadistes ont le sentiment d’être trop puissants pour faire des concessions et Bamako est trop faible pour mettre quelque chose sur la table ; d’où le caractère inévitable de la guerre pour changer le rapport des forces. «Toutes choses étant égales par ailleurs, le Général Moustapha Kemal Atatürk a sauvé la Turquie du démembrement, après quelques victoires militaires pour créer un autre rapport des forces qui a effacé le Kurdistan (créé par le traité de Sèvres en 1920 et qui disparaîtra avec le traité de Lausanne) de la carte et récupéré d’autres territoires sur les Grecs. C’est tout ce dont le Mali a besoin. Un Atatürk pour aller en guerre, créer un autre rapport de forces pour sauver le Mali de la disparition.
Face à cette guerre, les pays voisins et la force multinationale doivent tous aider le Mali, dont le seul objectif doit être la survie. Et si la mutinerie peut créer un choc psychologique et un sursaut d’orgueil, que ce soit pour que les Maliens se mobilisent autour de l’essentiel : comprendre qu’un pays ne sous-traite pas sa sécurité, et donc qu’il faut se donner les moyens d’avoir une Armée pour défendre l’intégrité du territoire. Cette mission vitale ne peut être sous-traitée ni à l’Onu ni à la France, ni à la Russie ou à la Cedeao. La présence du parapluie militaire international doit être mise à profit pour atteindre cet objectif. Tout autre objectif est une diversion criminelle. IBK devait être le pont qui mène vers cet objectif, mais il s’est pris pour la destination. Cette cécité historique a fait perdre au Mali les 7 années les plus importantes de son histoire récente.

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