PARTAGER

Problématique
L’élection présidentielle se profile à l’horizon. Sept mois nous séparent de mars 2019, une date importante dans la vie et l’histoire de la Nation. L’atmosphère politique est en ébullition et les antagonismes s’exacerbent de plus en plus. Les acteurs politiques font monter les enchères dans un contexte, il est vrai, où le pays traverse des difficultés conjoncturelles sur les plan économique et social.
L’élection présidentielle est un rendez-vous d’un homme (un candidat) avec son Peuple. En démocratie, tout citoyen qui remplit les conditions peut être candidat et prétendre diriger le pays, naturellement dans le cadre des lois et règlements en vigueur et ayant un programme à proposer à ses concitoyens. Ce rendez-vous attendu par tout un Peuple ne doit pas être pris à la légère, loin s’en faut, c’est un moment durant lequel l’avenir de la Nation est en jeu. C’est la raison pour laquelle les candidatures fantaisistes doivent être évitées.
L’élection de mars 2019 ne sera pas comme celles qui l’ont précédée depuis que le Sénégal est indépendant. En effet, les découvertes de pétrole et de gaz en quantité et en qualité font que les rênes du pouvoir ne doivent pas être confiées à n’importe qui. Ces découvertes de ressources naturelles peuvent conduire à des changements structurels qualitatifs.
Alors, devons-nous élire comme président de la République le premier venu ?
Devons-nous avoir comme chef de l’Etat quelqu’un qui n’a aucune expérience dans la gestion des politiques publiques ?
Les questions sont nombreuses et les réponses peuvent varier d’une personne à une autre. Cela nous amène à poser la problématique qui est de savoir, avec les mutations qui se profilent à l’horizon, quel est le profil de l’homme d’Etat qui doit présider aux destinées de la Nation à partir de mars 2019.

Les enjeux d’un Sénégal nouveau
Dans de précédents articles, nous avions démontré comment les découvertes de pétrole et de gaz pouvaient aider à la transformation de notre économie. Ces ressources, dont l’exploitation est prévue à partir de 2022, si elles sont bien gérées, permettront la transformation et la modernisation de notre secteur primaire et développeront notre secteur secondaire.
En partenariat entre le secteur privé et des investisseurs étrangers, notre tissu industriel pourrait repartir sur de nouvelles bases, avec la mise en place d’unités industrielles adaptées au pétrole et au gaz, mais aussi aux produits dérivés de ces ressources. Les chaînes de valeurs de ces unités industrielles constitueront des sources de création de valeurs et d’emplois. Il est heureux de voir nos hommes d’entreprise mutualiser leurs efforts avec la création du Club des investisseurs sénégalais, comme du reste nous l’avons souvent recommandé. C’est de cette manière, en s’associant, que nos capitaines d’industrie pourront faire le poids face à des investisseurs étrangers, nantis sur le plan financier. Les enjeux se situent principalement à ce niveau. Les investisseurs nationaux doivent avoir plus de chance que les étrangers, ou tout au moins, ils doivent soumissionner sur des bases égalitaires. Mieux, ils doivent favoriser les joint-ventures, comme du reste les pouvoirs publics doivent encourager le partenariat public-privé et les transferts de technologies. Tout cela nous amène à dire que nous devons repenser notre modèle économique. Nous devons tourner la page de l’obsolescence et partir sur la base d’un nouveau paradigme. Nous sommes d’ailleurs obligés d’opérer ces mutations, car à partir de 2022, rien ne sera plus comme avant.

Pour un nouvel
élan du Pse
Le Plan Sénégal émergent (Pse) a incontestablement généré de très bons résultats. Le Pudc, le Puma, Promovilles sont des programmes qui ont impacté de façon positive, structurellement, l’économie sénégalaise. Avec les multiples forages, les pistes de production, les autoroutes, il est indiscutable que les projets réalisés dans le cadre de ces programmes ont changé notablement et qualitativement notre économie. Cela, aussi bien en milieu rural qu’urbain. Certains projets tels que le Ter et le Brt (sans compter la modernisation du parc automobile : renouvellement des taxis et des camions gros porteurs) vont permettre d’améliorer la mobilité urbaine et résorber les pertes de près de 100 milliards de francs Cfa par an et découlant des embouteillages dans la circulation (étude de la Banque mondiale).
Sur le plan social, la réduction des impôts sur les salaires, celle du prix de l’électricité, les filets sociaux tels que la Cmu, la carte d’égalité des chances, les bourses familiales ont permis de redistribuer le revenu national de façon équitable. La maîtrise de l’inflation a effectivement permis de parer l’érosion du pouvoir d’achat des populations. Certainement, la phase 2 du Pse permettra de faire de grands bonds en avant.
Cependant, dans une vision prospective et prenant en compte les découvertes de pétrole et de gaz, le Pse doit impérativement prendre un nouvel élan, c’est-à-dire que dans les plans à moyens et longs termes, les pouvoirs publics doivent intégrer les retombées de ces nouvelles ressources et prendre des mesures audacieuses et hardies dans le cadre des investissements publics.

Les défis futurs
Les perspectives qui s’offrent à notre pays, au-delà de 2019, sont prometteuses. Dès lors, il s’agit de négocier le passage du semestre compris entre le dernier trimestre de 2018 et le premier trimestre de 2019. Si nous parvenons à dépasser cette période dans la paix, ce sera déjà une victoire pour le Sénégal. En politique, quelles que soient les divergences, nous devons toujours nous souvenir que nous ne sommes pas des ennemis, mais des adversaires. La responsabilité des hommes politiques, c’est assurément le développement et la sauvegarde du bien commun qu’est le Sénégal. En réalité, la meilleure des visions, c’est de léguer aux générations futures un pays développé, où il fera bon vivre et qui sera dans le premier rang dans le concert des Nations.
Le développement suppose a priori un espace politique apaisé et sécurisé. Dès lors, il faut instaurer des mécanismes informels de dialogue, nonobstant les cadres institutionnels que sont l’Assemblée nationale, le Haut conseil des collectivités territoriales et le Conseil économique, social et environnemental. Ces cadres informels de dialogue participeront à la restauration de la confiance entre acteurs politiques. Ces derniers doivent se parler, mais dans le respect mutuel.
Après avoir traité les défis sociopolitiques en les surmontant, il s’agira de prendre à bras-le-corps les questions économiques qui sont plus qu’urgentes. Ce sont des défis qui interpellent tout un chacun.
Les dix prochaines années, le Sénégal devra massivement investir dans l’éducation et la santé. Des programmes de modernisation agricole, la mise en place d’unités industrielles permettront de créer de la richesse et beaucoup d’emplois.
Evidemment, il faudra auparavant définitivement régler les problèmes qui se posent dans la fourniture d’eau potable et d’électricité à toutes les populations, aussi bien urbaines que rurales. Si nous parvenons à atteindre ces objectifs, alors nous aurons réussi à relever le défi économique.

L’apaisement de l’espace politique
C’est bien d’avoir un bon programme politique de gouvernement, mais faudrait-il avoir des hommes et des femmes pour son implémentation. C’est en cela qu’il faut saluer la coalition Benno bokk yaakaar (Bby). Voilà une coalition composée d’hommes et de femmes de valeurs, qui ont mis les intérêts de la Nation au-dessus de leurs intérêts individuels. La position du Parti socialiste de porter la candidature du Président Macky Sall est à saluer à sa juste valeur.
Les Socialistes ont fait un choix courageux, lucide, cohérent et patriotique. En effet, la philosophie du gagner ensemble et gouverner ensemble, en partageant les responsabilités étatiques, participe de la volonté de stabiliser politiquement le Sénégal. La géopolitique actuelle, avec les menaces de toutes sortes dans l’espace ouest africain, doit pousser les acteurs politiques à prendre conscience des vrais enjeux qui se posent et qui peuvent impacter le futur de la Nation sénégalaise, en basculant le pays dans l’inconnu, rempli d’incertitudes.
L’opposition, même étant dans son rôle de contestation et de dénigrement, doit changer de posture, en proposant aux Sénégalais un programme de gouvernement.
Le rôle de l’opposition, ce n’est pas de fragiliser les institutions de la République, au risque de voir le pays sombrer dans des incertitudes, avec des conséquences imprévisibles. Les opposants doivent avoir un comportement républicain, responsable, en démontrant leur capacité de gouverner un jour le Sénégal.
L’espace politique devrait faire montre de plus de lisibilité et de visibilité dans les choix, les options et les propositions de programmes de gouvernement. C’est la raison pour laquelle il faut souhaiter la pérennité de Bby. Cette coalition inédite doit se mouvoir pour devenir un mouvement organisé, bien structuré, à l’instar de ce qui se passe en Côte d’Ivoire, avec le Rhdp, dans la perspective des élections de 2024. L’opposition ne doit pas être en reste, elle a l’obligation de mieux s’organiser dans une coalition et privilégier le dialogue à la confrontation.

Conclusion
Le Sénégal est à un nouveau tournant de son histoire. Il a une nouvelle position dans la géopolitique et la géostratégie mondiales. Le pétrole et le gaz sont des ressources stratégiques qui font monter les appétits des uns et des autres. Pour toutes ces raisons, les Sénégalais ont intérêt à élire un homme responsable, lucide, patriotique et visionnaire. Le Président Macky Sall réunit toutes ces qualités et le Plan Sénégal émergent (Pse) montre bien qu’il a une vision. Il travaille pour les générations présentes et futures. C’est la raison pour laquelle les Sénégalais doivent le réélire pour un second mandat.
Les politiques pensent à la prochaine élection, les hommes d’Etat pensent aux prochaines générations.
Serigne Ousmane BEYE
Membre du Bp et
du Sen du Parti socialiste
Secrétaire national
chargé de la prospective
beyeouse@ucad.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here