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Dans cet entretien, le directeur général de l’Office national de formation professionnelle (Onfp), M. Sanoussi Diakité, analyse la situation du marché de l’emploi, les formations professionnelles offertes aux jeunes et le contenu local dans le pétrole et le gaz.

Vous avez récemment publié une étude sur l’adéquation formation-emploi. Qu’avez-vous réellement constaté ?
Effectivement ! Nous avons mis en œuvre une étude qui s’est déroulée de 2015 à 2017. Son objectif était d’identifier les besoins en ressources humaines qualifiées dans les secteurs prioritaires de l’économie jusqu’à 2025. Cette étude correspond à une mission de l’Onfp. Qui a la mission d’étudier les questions de qualification, de relation entreprise-emploi-formation. C’est dans ce cadre que nous avons pensé mener une étude qui correspond à la politique que le ministre Mamadou Talla met en œuvre. Qui consiste à répondre aux besoins du marché. Nous avons fait cette étude pour aider à la prise de décision puisqu’une offre de formation doit correspondre aux besoins du marché du travail. Et on ne peut pas faire cette correspondance si on n’a pas identifié les besoins. Cette étude peut servir les acteurs en leur informant des tendances. On ne se forme que quand il y a un potentiel d’emplois. Elle est également utile aux partenaires du Sénégal et va permettre de cibler les secteurs à pousser.

Vous dites dans le rapport que le secteur bancaire n’est pas porteur d’emplois. Pouvez-vous entrer dans les détails ?
Le secteur de l’agriculture est le créneau le plus important de création d’emplois à l’horizon 2025. Le secteur industriel, surtout l’emballage et la transformation, suit. Ces métiers ont de beaux jours. Le secteur des infrastructures et du transport est le 3ème créneau porteur d’emplois. Par contre, le secteur le moins porteur est bancaire, car la demande en ressources humaines y est très faible. Ça tranche avec ce qu’on constate sur le marché. Les gens se forment pour le simple plaisir de l’ouille. Le secteur bancaire offre les opportunités d’emplois les plus faibles.

Comment convaincre les jeunes de se tourner vers l’agriculture ?
Les politiques allant en ce sens sont nombreuses. L’Etat est en train de mettre en place des initiatives extrêmement importantes pour donner de la valeur au travail agricole. Pour sortir de l’agriculture de subsistance, inscrite dans une logique de survie et de précarité, l’Etat incite à la mécanisation. Macky Sall a importé plus de 2 mille tracteurs. Cette mécanisation va permettre d’atteindre des hauteurs élevées de production. Ça s’accompagne d’aménagements des terres et des semences de qualité. Quand on parle généralement d’emploi, on pense au recrutement. La création d’emplois est la création de conditions idoines au développement, des conditions de revenus. Maintenant, il faut s’organiser et avoir l’esprit d’entreprise.

Peut-on estimer le potentiel d’emplois créés d’ici 2025 ?
Il faut préciser que l’étude s’est concentrée sur les recrutements d’entreprise. On s’est adressé aux entreprises qui ont le potentiel d’exportation et d’investissement. Elles sont donc les locomotives d’une certaine dynamique. Ces entreprises, associées aux projections du Pse, on est à 653 mille emplois d’ici 2025.

Comment cette étude peut-elle aider à la prise de décision ?
Une politique doit être alimentée par des données. Le cas contraire, on fait de la spéculation ou du pilotage à vue. Cette étude alimente la réflexion. Ce qui va permettre de savoir ou cibler, comment y parvenir etc.

Quel sera le rôle de l’Onfp dans ce contexte, quand on sait que vous travaillez sur le profilage des demandeurs d’emplois ?
L’Onfp a un rôle de qualification. C’est donné aux ressources humaines l’attitude à exercer une fonction de travail. Quand on est dans l’agriculture, le geste qu’on pose doit être aux normes. Cette conformité qui produit le bien ou le service de qualité. On ne travaille pas comme on le veut, mais on le fait selon les normes. C’est cela la qualification. L’Onfp est partout pour donner cette aptitude à travers les formations, des procédures de validation des acquis. Nous sommes au service de l’ensemble des branches professionnelles. La productivité du travail est faible au Sénégal à cause du manque de qualification. Une productivité du travail faible impacte négativement la croissance. Pour améliorer la productivité du travail, il faut les taux de qualification. Les estimations montrent que les travailleurs qualifiés ne représentent que 6% de la force de travail. Avec ce taux, on s’interroge sur la capacité des autres à mettre en œuvre les actes permettant d’augmenter la production de biens et services. On a 70 titres de qualification qu’on a validés avec les acteurs. Un titre est certes différent d’un diplôme, mais il reconnaît l’aptitude de l’individu à exercer une fonction de travail. Cette dernière est répertoriée dans une convention collective. C’est catégorisé. On élabore des référentiels de qualification de type professionnel. Après, on s’assure de la conformité avec la branche. C’est après validation que nous mettons en œuvre la formation. On est à 70 titres de formation, mais on est loin du compte par rapport à ce qui existe. Il y a de titres de qualification à mettre en place parce que chaque emploi doit avoir son référentiel de type professionnel de branche.
Quel est le secteur que vous n’avez pas encore exploré ?
On est à une trentaine de conventions collectives. Même les journalistes ont leur convention collective. Et naturellement, il y a des intitulés d’emploi dans la convention collective. Il y a des secteurs qui n’ont pas de convention collective. L’Onfp doit les aider à établir des annexes de classification. C’est le cas du secteur du pétrole et du gaz, des métiers du numérique. Le secteur du pétrole et du gaz n’a pas de convention collective et il faut la créer. Les organisations de branche s’y attèlent et nous allons les aider à élaborer leurs annexes de classification. Sur les métiers du numérique, nous avons un programme de formation, mais les référentiels de type professionnel ne sont pas encore répertoriés dans une convention de branche. Il reste beaucoup à faire : on veut aller vers la convention des imprimeurs.

C’est un secteur où il n’y a pas de qualification…
Pourtant, il y a une convention qui existe. On va les aider à mettre en place des titres de qualification.

Aujourd’hui, on demande aux entreprises locales d’essayer de capter le contenu local du pétrole et du gaz. Quel conseil donneriez-vous ?
Je vais saisir cette opportunité pour féliciter le groupe Avenir communication pour l’organisation du forum sur le contenu local. C’est très important parce que c’est un concept nouveau qu’il faut appréhender. Quand il y a la production de pétrole et de gaz, une grande partie sera exportée par les compagnies. Une autre va entrer dans l’économie. Cette dernière doit permettre aux entreprises de se transformer. Ça sera une opportunité de création d’entreprises. C’est cela le contenu local. C’est là qu’on peut créer le plus d’emplois. C’est aux entreprises locales de se positionner pour tirer le maximum de la production dans le circuit de l’économie nationale. Le Président Macky Sall veut que le contenu local puisse capter 50% à l’horizon 2025. En général, en Afrique c’est 20% qu’on tire sur le contenu local. Cet objectif ne peut être atteint que par la mise en place de conditions d’investissement pour les opérateurs. Il demande d’ores et déjà aux investisseurs sénégalais de se mettre en position pour le capter. L’Onfp doit être aux côtés de ces investisseurs pour mettre à leur disposition la main-d’œuvre qualifiée. Nous sommes dans un dialogue, dans la proactivité, dans la réactivité pour faciliter l’installation d’usines etc. Nous nous sommes bien préparés à répondre à la demande des entreprises, des investisseurs pour la formation. Il est clair que la Président a mis en place l’Institut national du pétrole et du gaz, mais c’est en complémentarité qu’on va travailler parce que le besoin est très important.

Est-ce qu’on a le potentiel pour réaliser cet objectif du président de la République ?
Oui ! C’est un potentiel d’investissement et humain. Le potentiel d’investissement existe tout comme l’humain. Les jeunes représentent quel pourcentage de notre population ? C’est de la force de travail qui est prête, il suffit de la qualifier.
Vous avez sorti une formule pour comprendre l’ouvrage…
Le Président dit que «c’est la République qui rend accessible à tous la chose publique selon le mérite». Il a analysé son parcours pour comprendre que la République est importante et que c’est elle qui met tout le monde au même pied. Il a assis ses convictions autour de ses institutions, de la gouvernance, de la paix et de la sécurité pour aboutir au développement. Dans cela, l’institution est le cadre, la gouvernance la méthode, la paix et la sécurité la condition et le développement est l’objectif. Transposer cette formule, on obtient : pour atteindre l’objectif, il a défini un cadre, une méthode et il a mis en place les conditions.

L’Onfp est en train de construire dans la commune de Gandon un centre de formation. Pourquoi faire ?
On a un centre en construction qui appartient au ministère de la Formation professionnelle. On nous a demandé de construire. Il doit être géré par le cluster tourisme et hôtellerie. C’est un investissement public à gestion privée.

N’est-il pas temps d’avoir des unités à l’intérieur du pays ?
On a des antennes à Saint-Louis, à Kaolack, à Kolda, à Matam et à Kédougou. Il faut couvrir l’ensemble des régions dans une logique de proximité avec la cible. Il faut être proche de la cible. Nos rapports ont montré que partout où on est installé, il y a eu beaucoup plus de demandes traitées. Il nous faut déconcentrer l’activité de l’Onfp.

C’est lourd comme charge de travail…
C’est flexible parce qu’on peut former alors qu’un centre n’existe pas. Regardez les métiers du pétrole et du gaz, il n’y a pas un centre de formation et pourtant nous avons conçu un dispositif.
M. Sonko semble un peu douter du travail que vous faites, notamment dans la qualification dans les domaines du pétrole et du gaz…
Je n’ai pas entendu ce qu’il a dit. Mais s’il minimise ces formations, je le trouve dommage et regrettable pour 3 raisons. Cela participe à la stigmatisation et au renforcement du syndrome du statut inférieur que l’Unesco a toujours décrié. Le pompiste a la même dignité que n’importe quel travailleur. Idem pour le laveur. Le laveur d’aujourd’hui peut être le cadre de demain. La deuxième chose : on ne forme pas dans la contemplation ou la spéculation. On forme en répondant à des besoins. Ce sont les entreprises qui ont exprimé le besoin. Nous avons mis en œuvre un processus de concertation et de dialogue avec les organisations et les entreprises. Qui nous ont indiqué là où elles ont des problèmes de main-d’œuvre et nous allons les traiter. On ne l’a pas inventé. C’est la réalité du marché que nous avons traitée. Elle a permis de créer de l’emploi. C’est dans cette logique que nous sommes. Et le dernier élément : une offre de formation est un investissement. Ça ne se décrète pas, ça se construit.

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