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Le gouvernement de la Jamaïque a présenté ses excuses pour le massacre de la communauté rasta en 1963. L’annonce a été faite par le poète et artiste jamaïcain de renommée mondiale, Allan Hope, plus connu sous le nom de scène de Mutabaruka, lors du colloque Abi reggae festival 2017, qui s’est tenu à Abidjan du 6 au 9 avril dernier.

Le massacre de la communauté rasta en Jamaïque en 1963 ne laisse pas toujours indifférent le gouvernement jamaïcain. Celui-ci a, en effet, présenté ses excuses et promis une réparation. C’est ce qu’a révélé le Dub, poète et artiste jamaïcain de renommée mondiale, Allan Hope, plus connu sous le nom de scène de Mutabaruka. C’était lors du colloque de Abi reggae festival, le Festival international de reggae d’Abidjan 2017, tenu du 6 au 9 avril, au Palais de la culture d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Mutabaruka faisait partie des intervenants du panel numéro 1 consacré à l’éthique de la réparation, un thème lié à l’esclavage. «C’est en venant en Côte d’Ivoire, lors de mon escale à Atlanta, que j’ai eu cette bonne nouvelle. Une information bien accueillie par ceux qui ont subi ces atrocités, bien accueillie aussi par ces enfants issus de cette humiliation», a dit Mutabaruka. Qui précise que pour donner une réelle valeur à ces excuses, c’est le Premier ministre jamaïcain en personne, Andrew Holness, qui a prononcé un discours à l’Assemblée nationale de la Jamaïque pour s’excuser au nom du gouvernement, avant de promettre une réparation. «C’est très  significatif pour nous les concernés, mais aussi pour tout être humain loyal et juste», dira-t-il avant de d’ajouter : «C’est un combat que nous avons toujours mené, à travers des marches, des lettres et autres methodes comme des prestations scéniques et des interventions dans des conférences.»
Le paneliste rasta s’exprimait en patois jamaïcain. Ce qui donna plus de charme et d’émotion à son discours. Un véritable art lyrique sous le regard affectif de U Roy, qui s’est souvenu, comme il l’a dit, de cette période, où très jeune il portait des dreadlocks. «J’étais terrorisé, j’avais peur», explique-t-il avec un sourire accompagné d’une main qui caresse sa barbe.
Mutabaruka a rappelé que ces masacres ont eu lieu un an après l’indépendance de la Jamaïque, en 1962. Il y a eu des morts. Hommes, femmes et enfants étaient bastonnés et emprisonnés, les terres brulées et les champs de Ganja détruits. «On donnait même des récompenses a toute personne qui dénonçait ou signalait à la police la présence d’un rastaman», a-t-il déploré. L’artiste jamaïcain de se poser la question : «Pourquoi l’Etat et ses complices ont voulu nous exterminer,  nous qui ne cessons de prôner la paix et le dialogue ?» Comme pour apporter une réponse à sa question,  l’homme, qui marche pieds nus et qui avait marqué Abi Reggae 2016 par un bon concert, dira que «la mémoire génétique n’a jamais quitté l’esprit des rastamen. La souffrance de l’homme noir liée à l’esclavage demeure leur référence, et la conscientisation et le rétablissement de la vérité est aussi la raison d’être de tout rastaman».
Pour boucler ce chapitre de son intervention, il a expliqué qu’un pas vient d’être franchi : désormais des responsables seront désignés par la communauté rasta et le gouvernement est disposer à discuter avec eux. «La réparation financière n’est pas une priorité. La vie humaine n’as pas de prix mais a une valeur», dira-t-il pour citer le professeur congolais, Elika Mbokolo, l’autre paneliste qui a pris beaucoup de notes lors de l’intervention de la star jamaïcaine. Ce dernier qui dénonce les visas qu’on leur exige en Afrique et demande que le passeport panafricain soit étendu à la dispora, si cela doit exister.
Quand au professeur Mbokolo, il a martelé que l’esclavage a affaibli l’Afrique et facilité la colonisation, avant de dénoncer la tentative de négation de l’humanité de l’homme noir et la violation des droits humains naturels des Africains. Il s’est adressé aux occidentaux qui parlent de faits prescrits et aux autres qui refusent de payer pour des crimes que leurs ancêtres ont commis. «Nous n’avons jamais demandé à quitter l’Afrique.»
Les dommages mentaux méritent une réparation qui ne sera pas forcément matériel, a-t-il dit. Il ajoutera : «Les jeunes doivent poursuivre ce combat pour éviter que des avocats occidentaux s’en approprient pour un profit financier.»
Elikia Mbokolo n’a pas manqué de parler des pays comme la Suisse ou les pays scandinaves qui ont financé l’esclavage à travers des banques et des sociétés d’assurance. Et l’universitaire congolais de préciser un fait important : «Ce n’est pas une traite qui fait toujours allusion à des complices africains. C’était purement et simplement une déportation.»
Correspondance particulière

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