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Après avoir purgé sa peine de 6 mois de prison ferme, Barthélémy Dias s’est retrouvé hier devant le juge d’appel. Le Parquet général a requis la confirmation de la peine décidée en première instance. Pour le Procureur général, le juge des flagrants délits avait pris une décision correcte conformément à la loi. Pour lui, le maire de Mermoz Sacré-Cœur a tenu des «propos qui portent atteinte à l’autorité de la justice». Il a ainsi demandé au magistrat en charge du dossier et à ses assesseurs de reconnaitre le prévenu coupable du délit de discrédit sur une décision de justice. En effet, il est reproché à Dias-fils d’avoir tenu des propos «discourtois» à l’encontre des magistrats après la condamnation de Khalifa Sall, le 30 mars 2018, à une peine de 5 ans de prison.
Les débats ont été houleux entre les avocats de la défense, le Parquet et les membres de la Cour d’appel. Tout est parti de la requête de renvoi du procès à une date ultérieure, formulée par les conseillers du mis en cause. Furieux, Me Khoureyssi Bâ a fini par boycotter les débats d’audience. L’avocat a sollicité un renvoi sous prétexte que des confrères qui avaient plaidé l’affaire en première instance étaient absents. «L’affaire est en état. C’est aux avocats de prendre leurs dispositions. Je ne vois pas d’éléments objectifs. La décision est déjà prise. On retient», a dit le juge avec autorité. Cette déclaration a clos la discussion sur le maintien ou non du procès, qui avait été renvoyé la dernière fois à la date d’hier pour plaidoirie. Le temps que la Cour évacue d’autres dossiers, Me Khoureyssi Bâ était sorti de la salle. Au retour, l’avocat n’a pas hésité à interrompre l’interrogatoire de son client qui avait démarré à son insu. «Maître! On n’interrompt pas comme ça le cours des débats», lui a rappelé le juge. Et Me Bâ de porter la réplique : «Ce n’est pas possible. J’ai quitté la salle pour organiser la défense de mon client. Qu’on me laisse consulter le jugement. Je ne peux pas défendre une chose comme ça dans l’absolu.» Malheureusement sa demande ne sera pas prise en compte. Les débats se poursuivront sans lui.
«Est-ce que vous vous rappelez de vos propos ?» Cette question du procureur général à Barthélemy Dias a soulevé la colère de Me El Hadji Diouf. Ce dernier de balancer : «Il ne vous dira rien. C’est à vous de dire ce que vous lui reprochez.» Alors, le ton monte entre les deux parties. Et le juge intervient pour calmer les ardeurs. Ce fut le tour de Barthélemy de s’exprimer sur les faits pour lesquels il a passé 6 mois à Reubess. Il a dit : «J’ai parlé au sens figuré. Je confirme tous mes propos. Je ne retire aucune virgule, je suis présent devant vous pour des raisons exclusivement politiques. C’est de la provocation (la condamnation de Khalifa Sall), j’ai répondu à la provocation. Je reconnais que j’ai créé un électrochoc. J’ai exprimé un sentiment d’amertume et de dégoût. Je n’ai jamais cherché à dénigrer, à nuire, à insulter personne. Je n’ai insulté aucun magistrat.»
A la barre, Barthélemy a considéré son incarcération comme injuste. De son avis, si le Tribunal retient qu’il a jeté le discrédit sur une décision de justice, les organisations telles que la Cedeao, la Raddho, qui se sont prononcées sur la condamnation de l’ex-maire de Dakar, ont aussi porté du discrédit sur cette même décision. «Je ne suis poursuivi que pour un délit d’ambition présidentielle. Certains cherchent à rendre des candidats inéligibles. On cherche également à me rendre inéligible», accusera-t-il sans citer de nom. Par ailleurs, Dias-fils a déclaré ne pas comprendre le fait qu’il soit seul devant les juges alors que les journalistes, notamment ceux de Dakaractu qui ont relayé ses propos, n’ont pas comparu. Sur ce point, le Procureur général a évoqué le règlement de la responsabilité pénale individuelle. Il a rappelé que la liberté d’expression ne signifie pas dire tout ce que l’on veut. «Si le barreau était traité de merde. Si la gendarmerie est aujourd’hui traitée de merde, l’anarchie va régner, le chaos va s’installer», caricature-t-il. La défense a plaidé la relaxe pure et simple de son client.
Le jugement en appel va être rendu le 12 décembre prochain. Entre temps, le maire de Mermoz Sacré-Cœur sera encore devant le juge d’appel ce 14 novembre pour l’affaire du meurtre de Ndiaga Diouf.
msakine@lequotidien.sn

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