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Il a fait 10 ans de carrière sans sortir d’album. Et pourtant, Canabasse n’est pas le rappeur sénégalais qui tourne le plus, il fait partie des 5 qui le font. Il a fêté la 10ème année d’une carrière qu’on est tenté de qualifier de «révolution». Récit d’un anniversaire d’un genre nouveau !

En 2007 sortait déjà la première mixtape du jeune rappeur Canabasse. Dk south the mixtape sonnait comme une hymne à la jeunesse. Cette production apportait dans le rap un souffle nouveau. C’est le début d’une «révolution» qui a soufflé samedi passé sa 10ème bougie. Et pour l’occasion, le We Canabasse Club (ainsi appelle-t-on ses fans) a mis les petits plats dans les grands. Costume sur mesure ou encore jean déchiré pour les messieurs contre jupe courte, généralement pour les dames, samedi passé il fallait tout simplement se mettre sur son 31 et se faire plaisir au vu du chemin parcouru. Et cela passe forcément par avoir une bonne place. Dès les coups de 20 heures, ses fans prennent d’assaut le Grand Théâtre qui venait de clôturer un meeting politique. Il faudra attendre 4 tours d’horloge, le temps de remballer les affiches politiques et de peaufiner les derniers réglages. Cela n’a visiblement pas déranger les fans. Qui en ont profité pour immortaliser le moment.
Il sonnait minuit passé quand le jingle de Buzzlab, la structure de production de Canabasse, est joué. On dirait que le public n’attendait que cela pour se chauffer. Il annonçait un court métrage qui retrace le parcours et la vision du rappeur dans le milieu. Sur fond d’histoire de gangs, cette fiction détaille la vision d’un rappeur qui vit à son époque. Conscient qu’il «faut se diversifier pour atteindre d’autres sphères», Canabasse joue le rôle d’un employé qui va forcer la main à son patron pour avoir 75% des parts de l’entreprise.
A chaque fois qu’il est aperçu à l’écran, le public scandait son nom. Et quand le patron de Buzzlab fait son apparition sur scène en costume gris, c’est la liesse. Il emprunte soigneusement le tapis rouge sur les escaliers de la scène de façon à mettre en évidence ses chaussures. C’est le début de la première partie. Les titres sont triés sur le volet. Lors de cette première partie, il interprète avec son Dj des titres qui retracent son parcours.
Il lui suffisait tout simplement de démarrer un morceau pour que la salle l’entonne. Ce sera ainsi jusqu’à la 2ème partie. Cette fois-ci, l’heure est à la conscientisation. De Khar mou djot en passant par Laye, le rappeur explique à ses fans que les politiques n’utilisent le Peuple que pour leurs propres intérêts.

Un spectacle dans un spectacle
Après cette parenthèse, Canabasse troque son costume pour un habillement plus «street». Basquet, pantalon, casquette et tee-shirt, Canabasse revient sur scène, sponsorisé par sa propre marque de vêtements, Dk spirit. Le reste se passe de commentaires. Il se lance dans l’ego-trip (un voyage sur soi pour expliquer ses qualités). C’est la meilleure partie du spectacle. Des tee-shirts agités de manière synchronisée par le public aux irruptions des fans sur la scène, les personnes qui ont déboursé au minimum 10 mille Cfa ont droit à un spectacle dans un spectacle. C’est un moment de pur délire que Viviane va prolonger. Perchée sur ses hauts talons, la reine du Djoloff Band, dans une robe mettant en valeur ses atours, ajoute un peu de peps au spectacle. La voir seule sur scène dans cette sublime robe noire suffisait à perturber le plus tenace des hommes. A n’en pas douter, elle a «stressé» un bon nombre de jeunes hommes. «Après sa prestation, je rentre. Pour 10 mille, j’en ai pour mon argent», s’émerveille Antoine. Qui n’a pas assisté à la performance de Ngaka Blindé et de One Lyrical.
Il faut noter qu’en 10 ans de carrière, Canabasse n’a pas encore sorti d’album. Sa marque de fabrique est de balancer des mixtapes sur le net, histoire d’avoir une actualité. Qui va lui permettre de tourner en boucle.
C’est en 2007 que le Sénégal le découvre, lors de l’émission «Hip-hop feeling», une compétition de rappeurs, que Canabasse bute sur le mot «fébar» (malade, en wolof). Le jury lui avait demandé d’improviser une rime sur ce mot. Ce que Canabasse ne réussit pas à faire. Ce passage est devenu culte. 10 ans après et 4 mixtapes plus tard, il est à la tête d’une entreprise qui a un label de musique, une maison de production audiovisuelle, une structure qui fait de la communication et une ligne de vêtements. Autrement dit, c’est une belle preuve de la confirmation des propos de Sango. L’artiste camerounais qui a eu plus de 30 ans de carrière avant de sortir récemment son premier album et qui disait : «Les albums, on les fait pour exister, mais on peut très bien vivre sans.»
mgaye@lequotidien.sn 

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