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Au lendemain de la mort d’un jeune chauffeur d’une usine de pêche à Yoff Tonghor, les acteurs du monde halieutique de cette commune réclament un poste de gendarmerie. Le Quotidien est retourné sur les lieux du crime où règne encore l’incompréhension.

Le quai de pêche de Yoff grouille de monde. Comme toujours, les pêcheurs, vendeurs de poisson, femmes transformatrices, charretiers vaquent à leurs occupations. La fraîcheur de l’après-midi ne refroidit pas leurs ardeurs. Le quartier de Tonghor concentre des ressortissants venus de Mbour, Thiaroye, Yeumbeul, Guet-Ndar, Kayar etc. Une densité humaine dont la cohabitation peut tourner à la tragédie. Mercredi dernier, un jeune chauffeur de camion, employé d’une usine jouxtant le quai de pêche, s’est fait poignarder par un charretier. L’irré­parable s’est produit à une dizaine de mètres du quai.
D’après les témoignages sur place, un télescopage entre la charrette et le camion a provoqué une vive altercation. Res­ponsable au quai de pêche de Yoff, Diabel Mbéguéré retrace le film des évènements : «Le présumé meurtrier m’a dit personnellement qu’ils ont échangé des propos. Un autre est venu pour prendre la défense du camionneur. A un moment donné, le charretier était malmené par les deux hommes qui le rouaient de coups. Sous le feu de la colère et de la passion, il est allé chercher un couteau et l’a planté au niveau de la gorge du camionneur.»
Evacué à l’hôpital Philippe Maguilène Senghor, Paul, 27 ans, décède des suites d’une hémorragie. C’est en ce moment qu’une foule impressionnante se forme. Le charretier ne doit sa peau qu’à l’intransigeance des agents de sécurité de quai de pêche qui l’ont exfiltré à l’intérieur de l’infrastructure halieutique. Même la famille de la victime a voulu abréger la vie du charretier. Une justice des hommes évitée de justesse par la Brigade de la gendarmerie de la Foire. Sur place, les hommes en tenue ont arrêté le charretier, originaire de Diakhao, nous dit-on. C’était sans compter avec la furie de la foule qui a tenté de saccager le véhicule des gendarmes. «Le quai n’a rien à voir dans cette histoire. Nous voulions juste aider, mais le drame ne s’est pas produit dans le quai», précise M. Mbéguéré.

Poste de gendarmerie réclamé
Avec deux portes ouvertes dont l’une sur la chaussée et l’autre sur la mer, le quai de pêche est un endroit qui attire les malfaiteurs. Les vrombissements des camions se mêlent aux cris des bana-bana qui sont tout le temps aux aguets. Le sable léché par les eaux usées que déversent les usines agresse les narines. L’odeur nauséabonde rend l’air irrespirable. Pas pour les femmes transformatrices. Des tentes de fortune alignées sur des dizaines de mètres leur servent d’endroits de vente. Bassine sur la tête, elles font des va-et-vient entre les pirogues accostées sur la rive et leur lieu de travail. «On veut un poste de gendarmerie. Il y a beaucoup de ressortissants des localités de pêcheurs qui se retrouvent à Yoff. Il y a des tensions tout le temps», alerte Ndèye Anta Sène, vendeuse de poissons depuis 1989. Son visage rond comme une bille ne peut cacher ses yeux rougis par le sel marin. «On n’a que ça comme activité pour entretenir nos familles. Nous ne sommes pas en sécurité», dénonce-t-elle battant le rappel des troupes pour venir témoigner.
Tel une catharsis, les femmes transformatrices suivent le mot d’ordre. Sécurité, c’est le maître mot dans les doléances exprimées. Inaugurée en juin 2016 par le Premier ministre Ma­hammed Boun Abdallah Dionne, le quai de pêche est un lieu de travail pour des milliers de jeunes et de femmes. «On a vu le maire Abdoulaye Diouf Sarr et le préfet pour leur demander de déplacer ici deux éléments de la gendarmerie qui seront fixes. Qui connaît la pêche sait que les problèmes sont quotidiens. Donc, avoir ces deux éléments rendrait plus efficace le travail au niveau du quai. Le préfet nous a dit que c’est possible. Sa réponse est venue juste il y a deux jours», rappelle Diabel Mbéguéré, président de la Commission de pêche au Conseil municipal de Yoff.

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