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Au-delà du pouvoir, Ousmane Sonko essuie aujourd’hui les remontrances de l’opposition. La dernière en date est celle de Bougane Guèye Dany qui a critiqué hier la «mémoire trop courte» du leader de Pastef. Une situation loin d’être une nouveauté pour Ousmane Sonko, qui n’est pas «gêné d’être seul» dans l’arène politique.

Dans son radicalisme dans le landerneau politique, Ousmane Sonko a posé un autre jalon ce week-end à Ziguinchor. Les attaques du leader de Pastef dépassent désormais le régime de Macky Sall. Opposants, journalistes, acteurs politiques toutes appartenances confondues, le député non inscrit «casse tout» comme dirait le duo Ndiolé-Pape Diouf. Après avoir tourné en dérision le Plan décennal de gestion des inondations du Président Sall, traité les députés de la majorité «d’escrocs et de blanchisseurs de corruption», le candidat arrivé 3ème lors de la dernière Présidentielle s’attaque à l’autre opposition, «intéressée par le titre du chef de l’opposition» qui, d’après la majorité présente au dialogue politique, devrait revenir à Idrissa Seck.
«Personne n’est mon chef dans cette opposition. D’ail­leurs, ma démarche n’est pas la même que beaucoup d’opposants. Personne ne parle en mon nom. Ce chef de l’opposition sera chef de qui ? De l’opposition de Macky Sall ou de l’opposition à Macky Sall ?», s’est interrogé le leader des Patriotes lors de son face à face avec la presse la semaine dernière. La survenance des inondations, au-delà d’être un drame social pour les sinistrés, a permis à l’opposition de sortir de son hibernation depuis la période du Covid-19. Ousmane Sonko a saisi la balle au rebond pour se présenter comme le seul challenger de Macky Sall. En tirant sur l’opposition présente au dialogue, le député accrédite la thèse selon laquelle Idrissa Seck, Khalifa Sall, Mamadou Diop Decroix, Malick Gakou, Pape Diop ou le Pds sont en train de «dealer» avec le pouvoir. Et cela devrait passer par le statut du chef de l’opposition, d’après Sonko.

Réplique de Thierno Bocoum et Déthié Faye
C’en était trop pour Thierno Bocoum, qui a décidé de ranger sa timidité au placard pour en découdre avec le patron des Patriotes sur le ring médiatique. «Certains cherchent à reléguer le débat au second plan, faute de pouvoir faire partie des leaders éligibles, d’autres veulent réfréner sa mise en œuvre de peur que ce soit une corde de plus à l’arc d’un opposant politique autre qu’eux-mêmes. (…) Ceux qui disent ne pas en faire une priorité, en font la priorité de leurs prises de parole et de leurs argumentaires, laissant en rade plusieurs autres questions brûlantes de l’heure», a répliqué le président du mouvement Agir et ex-responsable de Rewmi dans un communiqué.
L’affront a été tel que les Non-alignés présents au dialogue politique n’ont pas digéré la sortie du leader de Pastef qui déclare que «ce n’est pas par des deals qu’on accède au pouvoir». Déthié Faye, l’un des représentants du pôle des Non-alignés, a déclaré dans le journal Les Echos, du vendredi dernier : «La Constitution que les Sénégalais ont votée, même si je ne l’ai pas votée, s’impose à tout le monde (…) Alors, si nous sommes républicains, cela signifie que dès l’instant que la Constitution parle du Statut de l’opposition et son chef, il faut bien élaborer une législation qui définisse qu’est-ce que l’opposition ? Quels sont ses droits ? Ses obligations ? C’est quoi le chef de file de l’opposition ? Sur quels critères on doit le choisir ? Au plan du rang protocolaire, par exemple, quel sera son rang ?» Une volée de bois vert que Ousmane Sonko ne pouvait laisser passer sans réagir. Seul contre tous, le théoricien de l’Anti-système en a rajouté une couche dans le Sud du pays, le week-end dernier. Et là, il est devenu un tout petit peu plus explicite. «Il y a des hommes politiques qui veulent jouer sur les émotions des Sénégalais. Ils veulent qu’on laisse ce régime dans ses déboires. On n’attendra pas que la situation du pays empire, on va critiquer. Ceux qui disent le contraire sont des hypocrites», a-t-il attaqué à Ziguin­chor.
Avant d’ajouter : «La plupart des opposants ne s’opposent qu’à Ousmane Sonko. Ils ne se prononcent jamais sur les questions de l’heure : le problème foncier, les ressources naturelles… Ils sont des opposants de Macky Sall, qui les a financés pour qu’ils attaquent l’opposition.» Sur Rfm hier, Moussa Diaw, enseignant en Sciences politiques à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, a expliqué qu’avec l’instauration du Dialogue national, Macky Sall a réussi à casser l’opposition en plusieurs blocs. Sonko, «très offensif», selon les termes de l’analyste politique, profite de cette situation pour tenter d’engranger un maximum d’électorat. Mais un autre détracteur inattendu s’est dressé sur le chemin du député.

Bougane Guèye Dany : «Sonko a une mémoire trop courte»
Bougane Guèye Dany qui a distribué quelques vivres et du matériel à des sinistrés touchés par les inondations, a critiqué hier la «mémoire trop courte» du leader de Pastef. Selon le patron du groupe de presse D-Médias, Sonko, lors de sa tournée à Ziguinchor, a lancé à son endroit : «Un politicien de circonstance qui croit qu’avec ses milliards, il pouvait s’engager à la Présidentielle et la gagner, n’a même pas pu avoir des parrainages. (…)»
La réplique du journaliste et homme d’affaires n’a pas été tendre. «Frappé par la Corona-prétention et le paludisme de la mémoire courte, Ousmane Sonko a certainement oublié qu’il est à l’origine de la suspension du signal de Sen Tv au soir du 31 décembre 2019. Seule­ment, la meilleure interrogation est de se demander pourquoi et comment de tels propos envieux ? Pourquoi ne peut-il pas offrir cinq litres de carburant aux populations sinistrées (plutôt) que de verser dans le concert de la parole sans retourner sept fois sa langue. Ce qui est sûr, c’est que le chien aboie et la caravane passe. Dans le chaud désert, il risque de suer face aux actions du/des «milliardaires» qui travaillent à offrir de l’ombre à ceux qui en ont besoin», contre-attaque Bougane Guèye Dany.
Quoi qu’il en soit, Ousmane Sonko semble se complaire dans des situations où il se met à dos quasiment tous les acteurs politiques. N’avait-il pas théorisé qu’on devrait fusiller les quatre présidents qui ont dirigé le Sénégal à ce jour ?

Sonko : «On n’est pas gênés d’être seuls»
Pourtant, en pleine campagne électorale, il était allé solliciter en vain un ndigel électoral chez Wade. Une contradiction qui l’avait contraint à redéfinir son fameux «Système». Présent sur le terrain médiatique, Ousmane Sonko est présentement le seul opposant qui mette au défi Macky Sall. Et il se retrouve seul. Lors de sa conférence de presse de la semaine dernière, il a en profité pour brocarder sans les citer, les Abdoul Mbaye, Bougane Guèye Dany, qui avaient préféré Idrissa Seck en 2019 alors qu’ils avaient à peu près le même discours que lui.
«Chaque jour, des gens issus d’autres partis nous rejoignent. On n’est pas gênés d’être seuls. Nous avons théorisé un nouveau système. Tous ceux qui étaient de l’autre système ne seront pas avec nous. Lors de la Présidentielle, certains ont pensé que Pastef allait disparaître après l’échéance. Il y a des opposants qui en apparence avaient le même discours que nous, mais ont choisi d’aller vers la grande coalition (Idy2019, Ndlr). Pour eux, nous allions avoir 1%. Le Peuple a tranché et notre coalition continue de grandir.» Grandir ? Les prochaines Locales seront peut-être un baromètre.

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