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(Envoyé spécial à Banjul) – Après son retour triomphal à Banjul jeudi dernier, le Président Adama Barrow prend les rênes d’un pays exsangue. Il devra se retrousser les manches pour relancer l’économie, lutter contre la corruption, l’impunité et régler surtout l’emploi des jeunes attirés par le mirage occidental. Quel programme ! En conférence de presse ce matin, le Président Barrow déclinera les grands axes de sa présidence.

En Gambie, le 3ème président de la République est très attendu sur les urgences sur lesquelles croule son pays qui s’était presque replié sur lui-même à cause de la politique de son prédécesseur. Adama Barrow arrive en messie dans un pays où l’économie est exsangue. Le tourisme, principale rentrée de devises, n’attire plus depuis que Yahya Jammeh avait déclaré que la Gambie est devenue une République islamique. Désor­mais, aucune alternative ne s’offre à la jeunesse dont la plupart rêvent de partir. De Banjul à Serrekunda, en passant par Westfield, les jeunes Gambiens croisent les doigts et prient le Tout-puissant pour que leur espoir ne soit pas déçu. «Aujour­d’hui, notre économie est basée essentiellement sur l’endettement. Cela signifie que nous allons devoir faire entrer de l’argent dans les caisses de l’Etat. Ensuite, il faudra utiliser cet argent pour soutenir le secteur social et en premier lieu la santé et l’éducation. Mais nous avons un avantage : nous allons mettre en place un système basé sur la responsabilité, la transparence, la bonne gouvernance et le respect des droits fondamentaux. Je pense que cela va encourager les investisseurs à revenir dans le pays. En rétablissant l’Etat de droit, nous espérons aussi renouer des partenariats avec l’Union européenne, les Etats-Unis et tous les acteurs de la coopération internationale», confie Halifa Sallah, porte-parole de la coalition qui a remporté l’élection présidentielle. D’ailleurs ce lundi, des ex­perts du ministère de l’Edu­ca­tion de base, du moyen et du secondaire vont rencontrer à Dakar des agents de la Banque mondiale, souffle Alpha Bah, agent de ce ministère. «Dans ce secteur, nous avons besoin d’être épaulés. Voyez-vous, toutes nos écoles datent presque de l’époque coloniale. Rien n’a été fait», confie M. Bah.
En tout cas, l’ancien patron d’une agence immobilière et actuel président de la Répu­blique gambienne est averti. Et pour cause, il est à la tête d’un pays où 60% de la population souffrent de pauvreté, d’après le Pnud, et où le revenu par jour et par habitant est de 1,25 dollar. La Gambie est présentement classée comme étant le 172e sur 187 pays en matière de développement humain. En attendant, l’émigration clandestine est la seule alternative des jeunes pour fuir la pauvreté et aider la famille. A la cathédrale Sainte Marie de Banjul, Honoré Diatta pleure son parent : «Francis voulait partir en Europe. Il avait pris le ‘’back-way’’, c’est-à-dire les pirogues et on vient de nous annoncer (mardi 24 janvier) qu’il est mort dans le désert libyen.» Combien de jeunes à l’image de Francis ont péri en cherchant à atteindre «l’eldorado». A l’Office international des migrations gambien (Gid), les chiffres avancés par les responsables font froid dans le dos. Le nombre de Gambiens qui auraient clandestinement atteint les côtes italiennes seraient de l’ordre de 3 725. D’autres pensent qu’il faut se marier avec des Blancs d’un âge très avancé pour s’en sortir. Maïmouna Njie, rencontrée dans un hôtel de la place, témoigne : «Je sors avec ce vieux de 65 ans. Nous nous aimons et nous allons nous marier. Je suis l’aînée de ma famille. L’écart d’âge n’est pas important. Il a juste 30 années de plus.»
Enfoncée dans le Sénégal, la Gambie a des atouts pour faire revenir les partenaires au développement. Parmi ces atouts, le retour à la démocratie qui a permis cette alternance. Et les Gambiens comptent sur l’intelligence du nouveau régime pour sortir de cette situation. «Le Président ne doit pas décevoir l’espoir qu’il a tant suscité. Nous croyons en lui. C’est pourquoi nous avons voté pour lui. Nous sommes nés avec le régime de Jammeh, c’est le seul qu’on connaissait et il fallait qu’on change. Les membres de la coalition ne doivent pas se quereller pour des postes. Ils doivent redorer le blason terni de la Gambie pour assurer le développement du pays. C’est cette mission que le Peuple leur a assigné», avance Dembo Kanteh.
Par ailleurs, l’indépendance de la justice est devenue une légitime aspiration grâce à la transition qui a failli capoter à cause des agissements de M. Jammeh. Lequel avait saboté le fonctionnement de la Cour suprême par ses pratiques peu républicaines. «Elle ne doit pas être une justice au service de quelqu’un. Il n’y a présentement que 4 juges gambiens. Les autres ont été renvoyés par le Président Jammeh. Les conditions de travail sont très difficiles. Nous percevons des salaires très petits. Les Gambiens souhaitent une lutte contre la corruption», confie Cheikh Cessay qui capitalise 30 années de service à la Cour suprême. D’autres comme Aïssatou Seydi redoutent qu’elle s’amplifie. Elle argumente : «Jammeh avait réussi à diminuer la corruption, mais nous avons peur qu’avec le nouveau régime, elle n’augmente parce que, figurez-vous, la majorité des personnes qui composent cette coalition sont des affairistes. Chacun voudra privilégier son business. Conséquence, c’est le pays qui va en pâtir.» Un Président averti…

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