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Bamba Fall joue son avenir dans ce feuilleton judiciaire, au fond politique, entre Tanor et Khalifa Sall. Photo d’un jeune fougueux, passionné et parfois provocateur.

Costaud, mastodonte, visage rondelet, la mine souvent joviale, les traits de caractère du maire de la Médina illustrent éloquemment sa personnalité. La Fou­gue. Cheikh Ahmadou Bamba Fall à l’état civil ne transige pas avec ses principes. De tous les souteneurs de Khalifa Sall, ce quadra est le plus virulent envers la direction du Parti socialiste (Ps) et en particulier Ousmane Tanor Dieng. Ses déboires judiciaires semblent découler de la ténacité avec laquelle il défend le maire de Dakar. Pour les uns, le secrétaire général de la 2ème coordination de la Médina est un homme bourré de «piété» et de «générosité». Récemment, il avait organisé une journée de prières au cimetière musulman de Yoff et de Layène. Au Tribunal, des militants passionnés et outrés par son arrestation ont fondu en larmes pour celui qu’ils considèrent comme un «bienfaiteur» et les coups bas.
Militant dévoué, Bamba Fall fait partie de la génération de jeunes contestataires durant la période des vaches maigres, où le Ps se battait pour ne pas disparaître de la scène politique. C’était aux premières heures du régime de Wade. Le jeune émigré quitte la France pour s’installer au Sénégal. Avec Barthélemy Dias, Malick Noël Seck et autres, il caractérise la jeune garde aux dents de loup capable de contrarier le régime libéral. «Lorsque Macky Sall était le directeur de campagne du Président Wade (2007), on a fait face à lui. On a marché contre l’arrestation de Bara Tall. On a protesté contre l’arrestation arbitraire de Madiambal Diagne en accompagnant le Cored. On est descendu dans la rue dans le cadre de l’emprisonnement de Malick Noël Seck et de Barthélemy Dias. On a accompagné le mouvement Y’en a marre. On a fait face à Karim Wade au cimetière Saint-Lazare, à la mosquée omarienne. On a respiré les gaz lacrymogènes lors de la marche de l’Ascosen devant le siège de Walf. On a été battu par le police lorsque l’article 27 a été modifié devant la cathédrale de Dakar», confiait-il.

«Dama bari histoire»
Ses détracteurs lui reprochent une «arrogance» doublée d’une «impolitesse». Une étiquette qu’il ne rejette pas totalement, mais la nuance : «Je ne veux pas qu’on se moque de moi. J’étais un émigré. Je ne suis pas venu pour tendre la main. J’ai eu beaucoup de privilèges avant de revenir au Sénégal. Je n’ai jamais acheté un billet d’avion avec le budget de la mairie. J’ai offert mon salaire de maire aux imams de ma commune. J’ai tout obtenu de la Médina où j’ai étudié. Je veux transformer cette commune à l’image de ce qui se fait en Europe. Je ne suis pas venu pour m’enrichir. Je ne supporte pas, parce que je ne suis pas du même parti que les gens du pouvoir actuel, qu’on veuille bloquer mes projets. Je déteste l’injustice. Dama bari histoire. (Je suis belliqueux).»

Homme de confiance
Les jeunes ont souvent besoin de parrainage politique. Et Bam­ba Fall a choisi Khalifa Sall. En 2009, à la faveur de la victoire de la coalition Benno siggil Sene­gaal lors des Locales, il devient le 4ème adjoint au maire de la Médina, Me Biram Sassoum Sy. Preuve de confiance du maire : il a l’insigne honneur de disposer de la délégation de signature. Donc, maire avant l’heure ! C’est pourquoi à la mort de Me Sy en février 2014, il prend l’intérim à quatre mois des Locales. Une sorte d’avance sur ses adversaires puisqu’il deviendra titulaire et aux côtés de son mentor Khalifa Sall. Il laisse sur le carreau Seydou Guèye, secrétaire général du gouvernement, soutenu par Youssou Ndour, Eva Marie Coll Seck, Maïmouna Ndoye Seck qui militent tous dans la commune. Avec Bar­thélemy Dias et Idrissa Diallo, ils sont les visages de la fronde contre Ousmane Tanor Dieng. D’aucuns l’accusent de «faire chanter» Khalifa Sall avec ses positions tranchées vis-à-vis du parti. Au référendum du 20 mars, il est le premier à annoncer que le maire de Dakar votera «Non», et ce fameux 5 mars qui lui vaut aujourd’hui des allers-retours entre la police et le Tribunal, il était un héros des «nonistes» socialistes. Mais était-il le héraut de la violence ?

Jean-Baptiste Diouf : «Bamba Fall est un voyou, un bandit»
Depuis cette journée de saccage du Bureau politique, les regards des loyalistes du Ps se ruent vers lui. A l’époque, dans un entretien avec le journal EnQuête, le maire de Grand-Dakar, Jean-Baptiste Diouf, l’accusait : «Bamba Fall est un voyou, un bandit. C’est quelqu’un avec qui on ne doit pas vivre. Moi, j’ai fait l’objet de menaces et c’est lui qui m’a menacé. Mais il saura avec qui il a affaire. Si sa responsabilité est engagée dans ces événements, il sera poursuivi.» Celui qui revendique la construction d’une partie d’un mur de la Maison du parti semble, à l’image de Barthélemy Dias, payer sa défiance à Tanor. «Il cherche à atteindre Khalifa Sall en portant plainte contre nous. Si rester avec Khalifa est un crime, nous serons des criminels. En tout cas, nous irons aux Législatives dans le cadre de la coalition Taxawu Senegaal et Khalifa Sall sera notre candidat en 2019. Tanor a juste besoin de l’appareil Ps pour négocier des postes», charge Bamba Fall qui a démissionné du Bureau politique du Ps en juillet dernier. Afin de réaliser son rêve de porter le maire de Dakar au Palais présidentiel, il devra prier pour que le glaive de la justice ne s’abatte pas sur lui.
bgdiop@lequotidien.sn     

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