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Ce fut une pratique qui a fortement contribué à exposer le rap galsen. La Nuit du hip-hop, généralement organisée au Centre culturel français, a revu le jour samedi passé sur le même lieu. Cette fois-ci, 3 générations de rappeurs se sont succédé sur scène. Cela entrait dans le cadre de la célébration des 30 ans du mouvement galsen.

Evénement phare de la célébration des 30 ans du mouvement galsen, la Nuit du hip-hop a été le point de rencontre de 3 générations «d’artivistes» et d’activistes le samedi passé à l’Institut français de Dakar. De Sofiane Pindra en passant par Ker Gui, sans oublier Tayji Scin, ils étaient nombreux à braver les 19 degrés qu’affichait le thermomètre pour ressasser les souvenirs de la belle époque où cette musique urbaine enregistrait des ventes de disques record. Aidé en cela par les décibels libérés par les rappeurs sur scène, le public a oublié le grelottement de son corps, le temps d’un instant, pour apporter sa partition. Si sur scène le spectacle était naturellement garanti par les rappeurs, dans les gradins l’attention a été captée par des «sapeurs» qu’on pourrait qualifier de nouveau genre. En effet, alors que la tendance est aux vêtements prêt-du-corps, les jeans extra-larges ont été la chose la mieux partagée. Comme dans un carnaval, les défilés des amateurs de rap pur et dur était un spectacle dans le spectacle.
Sur la scène, c’est le dernier lauréat du Flow up qui a représenté la nouvelle génération. Tayji Scin, bien que n’ayant pas encore de produit sur le marché, a profité de cette célébration pour montrer son talent qui n’est plus à prouver. Le groupe Hardcore Side, dont les membres sont plus aguerris que le natif de Thiès, a confirmé son statut de «bête de scène». Le constat est identique du côté de Fuk N Kuk. Mais le clou du spectacle a été le passage de Matador. Avec ses 30 ans d’expérience, l’ex membre du BMG44 a fait un beau résumé historique du mouvement. Sur un beat afrotrap, il a prouvé que ce genre musical n’est pas que l’apanage des jeunes. D’ailleurs, des artistes qui se sont succédé sur scène, Matador a rendu la meilleure copie. Avant de céder la place à Ker Gui et Nix. Il faut rappeler qu’il y a plus d’une décennie que la Nuit du hip-hop n’avait plus été organisée.
Il est bien beau de fêter 30 ans, mais une musique qui a fait plus d’un quart de siècle avec un seul disque d’or ne se porte pas bien. Et ça, les acteurs en ont conscience. Pour le producteur Sofiane Pindra, «il faut de la solidarité pour s’en sortir. On n’a plus de marché, même si on a de bons produits qui sortent. Il n’y a plus un seul distributeur au Sénégal. Il faut qu’on en parle. Je me rappelle avoir vendu 50 mille cassettes». Thiaat de Ker Gui préfère voir le verre à moitié plein. «30 ans et un disque d’or, c’est déjà énorme pour une musique qui a dû batiller ferme contre le mbalax, les tares de la société et la réticence du 3ème âge, contre le fait qu’il n’y ait jamais eu un bureau qui nous accompagne, contre l’absence de politique pour ces millions d’acteurs. Dans le monde, il n’y a pas de cas de hip-hop qui a changé un régime. C’est pourquoi le hip-hop galsen est incomparable. C’est pourquoi on doit marquer ces 30 ans. Malheureusement, la presse n’a pas joué sa partition. On devrait occuper toutes les unes parce qu’il a fait beaucoup pour ce pays», a-t-il dit.
mgaye@lequotidien.sn

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