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Sa marche et son arrestation jeudi n’ont pas pu empêcher à l’Assemblée nationale de voter la loi sur le parrainage. Idrissa Seck, libéré tôt le matin hier, a perdu toute foi en la justice et au Parlement et compte, par conséquent, attaquer «l’article 57 du projet de réforme du Code électoral» devant la Cedeao. Le leader de Rewmi qualifie, Macky Sall de «triple violeur de la Constitution» et affirme être «l’héritier de Wade», comme Khalifa Sall, «l’héritier de Senghor».

«Si vous confiez votre fille à quelqu’un qui la viole, il n’est plus digne de confiance»
«J’ai participé à cette marche pour protester contre la triple violation orchestrée par le Président Macky Sall. Il a violé la Constitution en son article 103 puisqu’elle dit que la forme républicaine de l’Etat, les modalités d’élection, la durée et le nombre de mandats du président de la République ne sont pas susceptibles de révision. Le parrainage est une nouveauté ajoutée au mode d’élection du chef de l’Etat. Introduire une loi qui touche à la forme républicaine, c’est violer la Constitution. Le parrainage, c’est un détail, le président de la République a violé la Constitution dont il est le gardien. Si vous confiez votre fille à quelqu’un qui la viole, il n’est plus digne de confiance. La deuxième violation de la Constitution, c’est que l’alinéa 7 de l’article 103 dit de façon explicite que même l’article qui garantit l’intangibilité à ses trois domaines (forme républicaine de l’Etat, mode d’élection du Président, nombre et durée de ses mandats) n’est pas susceptible de révision. Il se protège lui-même de la possibilité de révision. Donc, subordonner la présentation à l’élection présidentielle au parrainage est en contradiction avec l’existence et la participation des partis politiques consacrés par la Constitution. La troisième violation de la Constitution, c’est le refus au Peuple sénégalais de marcher librement au lieu de l’encadrer.»

«Les institutions judiciaires et le Parlement ne sont plus dignes de ma confiance»
«Malgré l’existence de très bons magistrats, honnêtes, rigoureux qui souffrent de leur magistrature, force est de constater que les institutions judiciaires, le Parlement, se sont prosternés devant l’Exécutif. Du coup, elles ne sont plus dignes de ma confiance. Ce qui me reste comme voie de recours, c’est la saisie des juridictions extérieures. C’est pour cela que j’ai pris l’initiative de consulter les autres partis de l’opposition et la société civile pour leur dire : ‘’Faisons bloc et allons déposer un recours auprès de la Cedeao.’’ Non pas sous l’angle de violation de la Constitution, mais de la rupture d’égalité des citoyens devant un certain nombre de droits. Et je m’appuie sur une jurisprudence. Vous savez que l’article 57 du projet de réforme du Code électoral prévoit désormais que tout Sénégalais qui veut présenter sa candidature à l’élection présidentielle doit aussi être un électeur. C’est très subtil, mais ajouter à la condition de nationalité celle d’électeur est contraire aux droits de chaque citoyen de participer à la gestion des affaires publiques. C’est introduire une discrimination entre les citoyens inscrits sur les listes électorales et ceux qui ont la liberté de ne pas le faire. Le vote n’est pas obligatoire au Sénégal. C’est un droit qui est distinct de celui d’être candidat à la Présidentielle. En vertu de quoi on discriminerait ceux qui ne veulent pas figurer sur la liste électorale. Je vais l’attaquer à la Cedeao. L’introduction de cette loi peut conduire à son annulation. Ces violations constitutionnelles feront l’objet de procédures de déclaration d’inconstitutionnalité, notamment devant les juridictions sous régionales. Mais s’ils ne sont pas partants, nous allons le faire au sein de notre parti. J’ai demandé à Déthié Fall de s’en ouvrir aux autres formations de l’opposition. J’ai bon espoir que la Cedeao annulera la loi anticonstitutionnelle de Macky Sall.»

«Il se peut que je devienne un jour Président et je ne veux pas hériter d’un pays dans le chaos»
«Les foyers religieux l’ont prié de privilégier le dialogue, mais il ne les a pas écoutés. Je ne veux pas que le pays s’embrase, car il se peut que je devienne un jour le président de la République et je ne veux pas hériter d’un pays dans le chaos. Macky Sall ne vaut pas qu’on casse les biens publics. Ce qu’il faut faire, c’est l’enlever de la tête du pays. Les jeunes Burkinabè ont réussi à faire partir leur président de la République. Il fait tout pour s’agripper au pouvoir et installer une dynastie Faye-Sall. Je lui ai demandé d’arrêter de dire : ‘’C’est moi le président de la République.’’ C’est comme s’il n’y croyait toujours pas. Il se croit dans l’arène alors qu’un lutteur n’est pas en mesure de régler les problèmes des Sénégalais. Macky Sall est un peureux. Entre les deux tours, il s’est affolé et a demandé à Abdoulaye Wade de veiller sur sa sécurité. Ce dernier lui a envoyé dix éléments du Gign et dix éléments de la Bip.»

«Je suis l’héritier de Wade»
«Au Sénégal, il y a deux hommes politiques qui connaissent très bien le pays. Il s’agit de Léopold Sédar Senghor et de Abdoulaye Wade. Abdou Diouf n’était pas un homme politique, mais un fonctionnaire. Mamadou Dia et Amath Dansokho connaissent bien le pays, mais le premier président de la République et le «Pape du Sopi» sortent du lot. Aujourd’hui, leurs héritiers sont là : Khalifa Ababacar Sall est l’héritier du fondateur du Parti socialiste, et moi, je suis l’héritier de Abdoulaye Wade.»

«Mon arrestation ne s’est pas passée dans de bonnes conditions»
«Je pense que mes consignes n’ont pas été totalement respectées. J’avais souhaité qu’on organise notre marche dans des conditions de paix et de tranquillité. On aurait pu démontrer à la face du monde la maturité démocratique du Peuple sénégalais. Il nous faut arriver à cela. Nos forces de défense et de sécurité ne sont pas nos ennemis. Nous n’avons qu’un seul adversaire, c’est Macky Sall. Et cette adversité, il faut la conduire avec pédagogie pour qu’il puisse comprendre que le pays ne lui appartient pas… Mon arrestation ne s’est pas passée dans de bonnes conditions. Quand le commissaire de la Médina a décidé de m’arrêter, j’ai demandé à Vieux Sandjiry (Ndlr : son garde du corps) de retourner m’attendre et que j’allais progresser seul vers l’Assemblée nationale. J’ai marché seul et j’ai été arrêté et mis dans la fourgonnette que ses éléments ont gazée jusqu’à ce que le chauffeur perde ses moyens. Il a été remplacé par un autre. Le commissaire du commissariat du 4ème m’a confié que le premier chauffeur a commis une faute en se frottant les yeux. Le commissaire m’a fait savoir que sur le remède contre le gaz lacrymogène, c’est de pleurer et laisser les larmes nettoyer la substance nocive. Le commissaire et ses hommes m’ont bien traité durant le temps que j’ai été gardé dans le commissariat.
Stagiaire

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