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Après près d’un an de détention préventive, le rappeur Ngaka Blindé et Khadim Thiam hument enfin l’air de la liberté. Poursuivis pour contrefaçon, falsification et altération de signe monétaire et complicité de ces chefs, ils ont bénéficié de la liberté provisoire et seront édifiés sur leur sort le 27 décembre prochain.

Liberté provisoire pour Ngaka Blindé. La décision du juge est accueillie par des cris de joie des amis, parents et fans du rappeur. En bénéficiant de cette liberté provisoire sollicitée, le rappeur et son présumé complice, Khadim Thiam, peuvent espérer décrocher une relaxe après plus d’un an de détention, le 27 décembre, date du délibéré. Ils comparaissaient pour contrefaçon, falsification et altération de signes monétaires et complicité. Des faits qu’ils ont unanimement rejetés.
Le rappeur a été arrêté par la police à bord de sa voiture, en compagnie de 4 autres personnes en possession de faux billets de banque d’une valeur de 5 360 000 francs. Interpellé, le rappeur a indiqué que ces billets ont été confectionnés par Khadim Thiam. Une descente effectuée au domicile de ce dernier a permis de trouver une autre somme de 360 000 francs et deux coupures de billets de 5000 et 500 francs. Ils ont été ainsi arrêtés avant d’être déférés pour ces motifs, objet de leur comparution devant la barre du Tribunal correctionnel.
Dans sa version des faits hier, Khadim Thiam explique que Ngaaka Blindé l’avait sollicité pour la confection de faux billets en vue du tournage de son clip. Selon l’étudiant en Master 2 en Sciences Eco, le rappeur voulait faire une simulation avec ces faux billets. «C’est ainsi que j’ai téléchargé un billet de banque sur Google avant de l’imprimer sur un papier A4 et ensuite, j’ai fait plusieurs copies», avoue-t-il. Ensuite, la situation l’a échappé. «Je n’avais aucune idée du montant de ces coupures de billets. C’est ma maman qui m’a dit que la police est à mes trousses. C’est quand je me suis rendu au commissariat pour m’enquérir de la situation que j’ai été retenu», informe-t-il.
Agé de 25 ans, le rappeur, qui a été arrêté dans la nuit du 18 au 19 décembre 2017, avait composé un chant intitulé «argent-maison-femme-maman». Il devait en faire un clip. Après concertation avec son staff, ils ont mis en place un synopsis. Il devait être dans une baignoire, couvert de billets de banque. Quand le staff a approuvé le scénario, il a sollicité l’aide de Khadim Thiam pour la fabrication de faux billets. «C’est le 18 décembre (2017) que j’ai reçu l’enveloppe des faux billets et je l’ai mise au niveau du tableau de bord de ma voiture. Accom­pagné de 3 personnes du staff, on est partis récupérer chez Idrissa Ndiaye pour ensuite rallier la cité Mixta, notre lieu de rencontre, avant de partir à Saly où devait se faire le tournage», explique le rappeur. Le voyage avorte. «A ma grande surprise, j’ai été interpellé par la police qui m’a embarqué manu-militari. Ce qui est sûr, c’est qu’on m’a dénoncé car je suis venu à l’intérieur du commissariat avec cette enveloppe dont j’ignorais le montant des faux billets avant mon arrestation», a-t-il ajouté. A la question de savoir pourquoi, il n’a pas cherché une autorisation de la banque centrale pour la confection des faux billets, le rappeur dit qu’il ne savait pas qu’il fallait une autorisation. «D’ailleurs, dit-il, j’ai fait dix vidéos mais je n’ai jamais cherché une autorisation.» Selon lui, il n’a jamais eu l’intention de mettre en circulation ces billets.
Mais, l’agent judiciaire de l’Etat n’est pas convaincu par sa défense. Il a réclamé 50 millions F Cfa au rappeur et demandé une lutte plus hardie contre ce fléau. «La meilleure façon d’appauvrir un pays, c’est de développer le faux monnayage, qui sape la confiance de la monnaie et peut même faire fuir les investisseurs. Aujourd’hui, il y a un lien étroit entre le faux monnayage et les crimes organisés tels que le terrorisme. Pour les besoins d’un tournage, ils n’avaient pas besoin d’autant de billets. Et comme ils reconnaissent tous avoir confectionné de faux billets, ils tombent sur le coup de la loi», a demandé l’Aje. Cette demande horrifie la défense, qui a plaidé la relaxe des prévenus. Me Barro argumente : «On a tendance à freiner les créativités, on n’encourage pas les créativités dans ce pays. Si le pays va mal, c’est à cause de l’Etat qui protège les bandits et réprime ceux qui n’ont rien fait.» Après le réquisitoire du Parquet qui a requis l’application de la loi, le rappeur et son ami seront fixés sur leur sort le 27 décembre prochain.
justin@lequotidien.sn

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