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Après avoir dirigé la Gambie d’une main de fer, Yahya Jammeh a été contraint à l’exil en Guinée Equatoriale, mettant fin à plusieurs jours d’incertitude à Banjul.

Yahya Jammeh a été sorti de Banjul grâce à une longue chaîne de solidarité d’autocrates, composés de Mouhamed Ould Abdel Aziz, de Alpha Condé et aussi de Théodore Obiang Nguema Mbasogo qui est entré dans la danse vers la fin du bal. L’ex-chef de l’Etat gambien coule depuis dimanche sa retraite forcée à Malabo qui est sa destination (provisoire ?), après une escale à Conakry dans la nuit du samedi au dimanche. Mais les négociateurs étaient obligés de supporter les humeurs de «Big man» qui a tout fait pour retarder son départ du pouvoir. Sûre de sa stratégie diplomatico-militaire, la Cedeao a laissé l’horloge tourner pour permettre à la mission de dernière chance, menée par Alpha Condé, s’achever dans le bon sens. Louvoiement. Exi­gences ubuesques. Gain de temps. «Il a présenté un certain nombre de doléances à la conférence des chefs d’Etat de la Cedeao, à l’Ua et à l’Onu. Il a souhaité avoir une amnistie pour lui, son parti, ses collaborateurs, les membres de son cabinet et tous ses proches. Comment identifier tout ce monde ? Il a dit qu’il ne veut pas qu’il y ait une chasse aux sorcières et que les droits de ceux qui l’ont soutenu soient garantis et que ces biens ne soient pas saisis. Il a voulu aussi résider dans son village (Kanilai), mais les chefs d’Etat ont souhaité qu’il puisse quitter dans un premier temps. Il veut avoir le droit de revenir en Gambie», détaille Marcel Alain de Souza, président de la Commission de la Cedeao. Mais les négociations se poursuivent et le protocole d’accord sera soumis à la Cedeao, à l’Ua et à l’Onu. «Ces doléances seront soumises à la conférence des chefs d’Etat. On verra comment lui assurer une retraite paisible», avance le Béninois.
Finalement, Jammeh est parti avec plusieurs membres de sa famille, de ses ex-collaborateurs et des membres de son parti. Après son départ de Banjul pour rallier la Guinée Equatoriale, un autre avion est venu chercher une centaine de ses hommes de confiance pour les acheminer au Tchad. Une destination provisoire. «Il peut changer de destination éventuellement», avance M. Souza.  C’est le soulagement. «Le fait qu’il soit parti montre qu’il n’est pas belliqueux parce qu’il pouvait se dire que j’ai des mercenaires, des armes et organiser des guérillas», se félicite le patron de la Cedeao. Jusqu’au bout, elle a tentait de lui assurer une amnistie en convoquant le Parlement gambien. «La Cedeao est tentée de voter une loi lui accordant l’amnistie, mais nous n’avions pas atteint le quorum. Les députés étaient réfugiés à Dakar ou dans leur village», regrette le diplomate béninois. Lequel ne promet pas une impunité à Jammeh. Il dit : «Il y aura des gens qui vont porter plainte. Ils iront à La Haye, ou ailleurs. Les droits de l’Homme, il les a bafoués et on ne peut pas interdire à des gens de porter plainte.» Loin de la Gambie, Jammeh sera épié par la Cedeao s’il s’immisce dans la gestion de son successeur. «Il lui revient de respecter le principe de la démocratie, mais s’il crée des problèmes au sein de la population, il en répondra. C’est un simple citoyen», prévient le patron de la Cedeao.
Aujourd’hui, la Cedeao concentre ses actions sur le retour de Adama Barrow à Banjul. Mais il va encore rester à Dakar pour permettre aux militaires de sécuriser le pays. «Nous sommes certains qu’il y a des dépôts d’armes. Nous allons assigner cette mission à l’E­comig qui va chercher les armes partout. Il faut sécuriser Banjul et l’ensemble du pays avant que le Président Barrow, qui souhaite le plus rapidement possible retourner à Banjul, n’arrive. Cela nécessitera qu’on mette l’accent sur la sécurité, la défense et l’unité nationale pour éviter une chasse aux sorcières. Adama Barrow s’est engagé à mettre en place un climat de paix et de sécurité.» Et les troupes vont être stationnées en Gambie pour accompagner Barrow dans sa mission. «Elles seront immobilisées pour s’assurer que le calme est suffisamment revenu et qu’il n’y ait pas d’actes de sabotage», annonce Marcel Alain de Souza. Quelles leçons tirer de cette opération ? «L’Afrique peut régler ses problèmes de démocratie sans aide ni appui extérieur. En une semaine, une logistique et une stratégie ont été mises au point pour mettre la pression. Si nous n’avions pas stoppé l’avancée des troupes, elles auraient pris en main l’ensemble de Banjul et tous ceux qui travaillent avec Jammeh», analyse De Souza. Il avance que la Cedeao multipliera une telle opération en cas de besoin dans n’importe quel pays : «La Cedeao va faire le même traitement si cela se passe dans un autre pays.» Le 19 février, jour de l’indépendance de la Gambie, tous les chefs d’Etat de la Cedeao seront à Banjul pour soutenir Adama Barrow.
bsakho@lequotidien.sn

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