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Décédé dans un accident ce 12 août, Dj Arafat avait signé en 2016 chez Universal. Retour sur le parcours de cet artiste ivoirien qui écrasait tout sur son passage.

Abidjan, capitale du divertissement, accueillait la toute première cérémonie des «Awards du coupé-décalé». Tapis rouge, paillettes, tenues bling-bling et champagne étaient de rigueur pour célébrer le rassemblement des artistes de ce genre musical, né en Côte d’Ivoire. Le «coupé-décalé», musique au rythme endiablé et utilisant souvent des sons électroniques, est né voilà 16 ans, en 2003, dans les boîtes de nuit ivoiriennes avant de se disséminer dans toute l’Afrique. Et Dj Arafat (non, son surnom n’est pas tout à fait un hommage à Yasser Arafat, mais, enfant, il avait beaucoup d’amis libanais, du coup ses proches lui ont attribué ce petit nom) de tout rafler sur son passage. Mais qui était ce jeune artiste ivoirien qui cumulait déjà plus de dix ans de carrière, riche en sons et en polémiques ? En 2016, il était l’un des dix artistes africains à avoir signé chez Universal.

Une machine à tubes née
Il faut savoir que Dj Arafat avait autant de surnoms que de tubes, ainsi, il n’était pas rare que ses proches ou ses fans l’appelassent Dj Arafat 3 500 volts d’animation, Arafat muana (en français : l’enfant Arafat) ou encore Yôrôbô 5 500 volts, Zeus d’Afrique… De son vrai nom Didier Huon, Dj Arafat était le fils de Tina Glamour, une artiste ivoirienne prolifique, au style sexy assumé. Baigné dans cet univers musical, c’est tout naturellement, après un passage à vide, qu’il devient disc-jockey au Shan­gaï, une disco­thèque. C’est la crise et la jeunesse ivoirienne en perte de repères veut s’évader, s’amuser, frimer, alors des jeunes inventent une danse inspirée de la ville d’Akoupé, région d’où sont originaires certains des fondateurs du mouvement. Mais l’une des origines du «coupé-décalé», c’est aussi les arnaques ivoiriennes, les «brouteurs» (ces arnaqueurs qui utilisent le Net) : «On coupe (on arnaque), on décale (on disparaît)», expliquait le journaliste Usher Aliman, auteur de Douk Saga, l’histoire interdite du «coupé-décalé». Dj Arafat a sorti un single hommage à Jonathan aux côtés de ses comparses Douk Saga, Roland le Benguiste, Mulukuku Dj. C’était une période très faste pour le groupe, la jet-set, les tubes se sont enchaînés, jusqu’à la mort en 2006 de Douk Saga. C’est la première période du «coupé-décalé» selon les puristes du genre.
Le «coupé-décalé» est appelé à se muer en mouvement musical dans lequel la créativité des artistes transparaît… Ils inventent leurs propres concepts. On estime qu’il y a plus de 150 mouvements différents, avec des noms bien inventifs empruntés à l’actualité ivoirienne, voire internationale : la «grippe aviaire», le «Guantanamo», «le Kpangor»… Après le succès de cet album, Dj Arafat a émigré, s’est installé en France et a sorti un 2e album intitulé Femmes.
Connu pour ses multiples dérives, Dj Arafat s’est employé à se faire une réputation de mégalo dans son pays, la Côte d’Ivoire. Ainsi, il s’en est pris régulièrement à ses collègues artistes, dont son principal rival, Serge Beynaud, mais aussi à son producteur David Monsoh. Les échanges ont été vifs, mais c’est le stimulant créatif de l’enfant terrible du «coupé-décalé». A l’époque, il était plus que jamais demandé, remplissait les salles de concert, s’exportait et collaborait avec d’autres artistes tels que Fally Ipupa du Congo.
En 2014, il avait annoncé sa signature chez Universal sur le label de Maître Gims. Il était alors l’un des dix artistes africains à figurer sur une major mondiale.
Enfin, avec dix albums sortis, Dj Arafat avait gagné ses lettres de noblesse en collaborant avec des artistes de tout le continent. Et en Côte d’Ivoire, il s’était affiché aux côtés de jeunes rappeurs, comme le groupe Kiff No Beat, ici, avec un single «Approchez, regardez», tube de l’été 2016. Avec ses différentes récompenses engrangées au cours de la première cérémonie des Awards du «coupé-décalé» et son titre officiel, il savait qu’il était attendu au tournant dans une période très inspirante. Aujourd’hui, la musique afro-urbaine pleure un de ses leaders.
lepoint.fr

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