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La destruction du bâtiment central du marché Sandaga est au cœur d’un combat initié par un groupe d’architectes sénégalais réunis autour du Collectif «Sauver Sandaga». Ils ont reçu le soutien de l’artiste peintre, Viyé Diba, qui estime que Sandaga est un symbole fort de l’identité urbaine de Dakar.

Le combat pour la préservation du bâtiment du marché Sandaga a été engagé par un groupe d’architectes sénégalais réunis au sein du Collectif «Sauver Sandaga». Mais dans leur combat, ils bénéficient du soutien de certaines personnalités du monde de l’art. Parmi elles, l’universitaire et artiste peintre, Viyé Diba. L’artiste, qui a marqué son adhésion au combat en prenant part à la conférence de presse organisée par les architectes Jean Charles Tall, Annie Jouga, Mamadou Berthé et Cie il y a quelques jours. «L’architecture et la ville sont au cœur de mes préoccupations en tant qu’artiste. Tout mon travail tourne autour de la ville et de son évolution», explique-t-il non sans dire que «la ville est un organisme vivant et les bâtiments et tout ce qui tourne autour de ces édifices participent à la multiplicité du langage urbain». L’artiste qui embrasse le combat des architectes, donne de solides arguments contre la destruction de ce bâtiment vieux d’un demi-siècle. «Le changement dans la ville, s’il n’est pas articulé, ça fait cacophonie. On ne peut pas lire l’orientation et le projet qui est derrière. Je crois que si on observe très bien, vous avez beaucoup de bâtiments qui portent au plan esthétique, les marques de notre histoire. Et à côté de ces édifices, les projets que nous avons jusqu’à présent vus, procèdent d’une nouvelle problématique de rentabilité, de modernité. Est-ce que la modernité, c’est transplanter la pensée des autres ?», argumente celui qui trouve que la destruction du marché Sandaga lui ferait «perdre son authenticité et sa valeur» pour paraphraser l’architecte Mamadou Berthé, membre dudit collectif.

Identité urbaine de Dakar
Sandaga est un symbole fort de l’identité urbaine de Dakar. Devenu une source d’inspiration pour des artistes comme le cinéaste Djibril Diop Mambéty, l’artiste visuel Viyé Diba  rappelle également le leadership de Dakar grâce à la Biennale de l’art africain contemporain. «Est-ce que nous avons le droit par rapport à ce leadership affirmé, par rapport à la Biennale de rendre anonyme notre capitale ? On ne peut identifier cette capitale du point de de vue de son attractivité et détruire ce qui fait le charme de Dakar. Il faut savoir que Dakar est la capitale de toute l’Afrique de l’Ouest», insiste Viyé Diba. L’artiste évoque également le projet cher à l’ancien Président Abdoulaye Wade, les sept merveilles de Dakar avec le Grand Théâtre et le Musée des Civilisations noires. «L’architec­ture est une prise de parole dans la durée. Les bâtiments parlent et tout le processus qui est derrière remonte à la surface. Vous voyez ce qui se passe aux allées du Centenaire, imaginez que des sénégalais veuillent faire des magasins à la place Tienanmen. Le symbolique est très fort. Personne n’aurait pensé que là où nos soldats défilent pour fêter notre indépendance, allait devenir la porte d’entrée de la Chine», ajoute l’artiste qui trouve que ce sujet d’articulation mérite réflexion. «C’est à nous de réfléchir sur ce que nous voulons faire de notre histoire. Qu’est-ce que nous allons laisser pour permettre à la jeunesse de comprendre les articulations qui se passent», indique Viyé Diba qui jette un coup d’œil  sur l’évolution du plateau pour dire qu’il y a une pression sur les autochtones. «Si on détruit une urbanisation et un certain nombre d’articulations entre le bâtiment et son entourage, le bâtiment qu’on va mettre là-bas, quel est son apport esthétique ? Ça crée une nouvelle problématique esthétique, il y aura une rupture entre l’environnement et le bâtiment. Donc il devrait y avoir une fluidité entre le bâtiment et tous les éléments qui le portent, c’est ça une cohérence en matière de développement urbanistique», fait remarquer l’artiste.

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