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Le Pr Abdou Sylla est l’auteur d’ouvrages majeurs sur l’art sénégalais. Pourtant, ses recherches restent peu connues. Raison pour laquelle ses amis et collègues de la section sénégalaise de l’Association internationale des critiques d’art (Aica) qu’il a présidée de 1992 à 2015 ont souhaité lui rendre hommage. Une façon d’honorer un trésor vivant.

Le Pr Abdou Sylla est l’un des premiers critiques d’art du pays. Désormais à la retraite, l’enseignant et auteur de plusieurs ouvrages sur l’art a été honoré par ses pairs de la section sénégalaise de l’Association internationale des critiques d’art (Aica) le samedi dernier au Musée Théodore Monod. Selon le critique Aliou Ndiaye, cet hommage est justifié. Pionnier dans l’étude des arts au Sénégal, le Pr Sylla reste «un peu inconnu des Sénégalais», regrette-t-il. Pour­tant, «c’est quelqu’un qui a abattu un travail gigantesque», constate M. Ndiaye. En effet, c’est en 1979 que le Pr Sylla a achevé sa première thèse de doctorat sur l’art africain ancien. Par la suite, raconte le professeur Sylla, l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan) qu’il avait intégré comme chercheur obtient un financement qui permet d’éditer les résultats de la recherche menée dans le cadre de cette thèse. C’est ainsi qu’il publie en 199O un ouvrage intitulé Création et imitation dans l’art africain traditionnel. «Le doctorat d’Etat, je l’ai achevé en 1994 et j’en ai tiré un ouvrage qui reprend le premier chapitre de ma thèse et que j’ai intitulé Art plastique et Etat au Sénégal», paru en 1998. Evoquant les théories développées dans cet ouvrage, il explique que si aujourd’hui les arts plastiques sont très dynamiques dans le pays, les années 1980 à 1995 ont été des moments ou l’Etat s’est désengagé des questions artistiques. «Au début, entre 1960 et 1980, jusqu’en 1995, c’est l’Etat qui finançait les arts. Après le départ de Senghor, Abdou Diouf a un peu essayé. Après, on a laissé les arts à eux-mêmes. Mais les artistes ont vite compris qu’il ne fallait pas tout attendre de l’Etat et ils se sont débrouillés pour trouver des financements. Depuis lors, ils ont commencé à sortir et à aller exposer à l’étranger», explique l’ancien Professeur d’esthétique.

Critique d’art, un travail de médiation
Revenant sur le rôle du critique d’art, Aliou Ndiaye explique qu’un critique d’art est un théoricien qui apporte un regard d’analyse, d’observation et d’interprétation sur le travail artistique. «Que ça soit une œuvre d’art visuelle, théâtrale ou cinématographique, c’est d’abord un exercice d’observation et d’interprétation sur un travail artistique. C’est une façon de prolonger la lecture de l’œuvre par des interprétations qui sont liées à des théories sur la philosophie de l’art que l’on appelle esthétique, ou des théories sur l’anthropologie de l’art ou comment les individus vivent avec les objets, les rapports entre les œuvres et les individus dans leur vécu quotidien», explique le critique. Dans cet exercice, poursuit-il, les critiques font un travail de médiation. «Il s’agit de s’intéresser au travail d’un artiste, de voir comment ce travail répond à ces critères esthétiques et par rapport à la trajectoire de l’artiste. Ou dans une certaine approche de l’anthropologie de l’art, qu’est-ce que cette œuvre dit, veut dire ou a la prétention de dire ? Nos relations avec les artistes sont très saines, on regarde ce qu’ils font et on essaie d’expliquer, de faire ce travail de médiation entre l’artiste et le grand public qui ne comprend pas souvent ce que l’artiste veut dire. On essaie de trouver des mots simples, des passerelles pour que ce message de l’artiste arrive au public.»

A la tête de l’Aica de 1992 à 2015
De 1992 à 2015, le Pr Sylla a présidé aux destinées de l’Aica avant de passer le témoin. Ses amis et parents de l’association qui ont tenu à lui rendre hommage de son vivant saluent son rôle de précurseur. «Il a formé beaucoup de personnes. Il a donné à beaucoup de personnes cette envie d’être critique d’art», souligne Aliou Ndiaye. Mais le Pr Sylla a également beaucoup contribué à développer le secteur de l’éducation. «Il a travaillé sur l’école, l’éducation et ce qu’il faut pour renouveler les curricula», explique M. Ndiaye. L’hommage au Pr Sylla qui s’est fait en présence de plusieurs invités du monde des arts et de la culture consacre ainsi un trésor vivant.

mamewoury@lequotidien.sn

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