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Après le rapport Felwine Sarr/Bénédicte Savoy, l’on attendait l’effectivité des premières restitutions. La loi qui doit officialiser cette opération est en cours d’étude au Parlement fran­çais. Seulement, Marie Cécile Zinsou, qui dirige la Fondation Zinsou, émet des réserves sur le choix des objets à restituer puisque la France accepte de rendre des tuniques de soldats mais retient un objet de haute valeur, la statue du Dieu Gou.

Le Président français avait décidé de restituer «sans tarder» 26 œuvres réclamées par les autorités du Bénin, prises de guerre de l’Armée française en 1892. C’est chose faite et c’est Marie Cécile Zinsou, présidente de la fondation du même nomp qui annonce que la liste des objets a été rendue publique. «La liste des 26 œuvres qui doivent rentrer au Bénin est enfin publiée !!! La voici en images et avec les numéros d’inventaire si vous voulez les voir plus en détail sur le site internet du Musée du Quai Branly Jacques Chirac», a annoncé Marie-Cécile Zinsou, présidente de la Fondation Zinsou sur sa page Facebook dans l’après-midi de ce 8 septembre. Sur cette liste extraite de l’annexe du projet de loi n°3221 relatif à la restitution de biens culturels à la République du Bénin et à la République du Sénégal et qui est dans le circuit parlementaire en France, figurent des objets de haute valeur. Seulement, la Présidente de la Fondation Zinsou a émis des réserves sur les choix opérés par la France. «Pourquoi le Dieu Gou ne retourne-t-il pas au Bénin ?», s’interroge en effet Mme Zinsou. «Pas certaine que la France ait une réponse claire et nette à cette question. La statue a été saisie pendant l’expédition coloniale, elle a été rapportée par Eugène Fonssagrives, on peut donc logiquement se demander pourquoi une œuvre de cette importance ne fait pas partie de la sélection des 26 œuvres. Nous pourrions renoncer à une tunique, un pantalon ou un sac en cuir en échange de cette œuvre qui aurait nettement plus d’impact sur les jeunes générations en quête de leur histoire…», proteste la spécialiste béninoise.
Il faut dire que parmi les objets que la France compte restituer, figurent une tunique et un pantalon de soldat, un métier à tisser et un sac en cuir. Si des œuvres d’importance majeure figurent dans le lot comme les trônes des rois Glélé et Gezho, des portes de palais royaux, l’absence de cette statuette du Dieu Gou renseigne peut-être sur le jeu trouble que la France s’apprête à jouer aux pays africains concernés par ces restitutions. Le Sénégal qui est aussi concerné par ces restitutions devrait ainsi faire preuve de vigilance pour éviter de se retrouver dans cette situation. Pour le Benin, la restitution concerne dans un premier temps 26 objets du patrimoine béninois pillés lors du sac du palais des rois d’Abomey par des troupes coloniales françaises en 1892 et conservés au Musée du quai Branly-Jacques-Chirac à Paris. Au Sénégal, le premier objet sur la liste est le sabre de El Hadji Omar que l’ancien Premier ministre français Edouard Philippe avait symboliquement remis en novembre 2019 au Président sénégalais Macky Sall lors d’une visite à Dakar.
C’est après avoir pris connaissance du rapport élaboré par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy à la fin de 2018 que le Président Macron avait pris l’engagement de restituer aux pays africains des objets d’art africains qui ont échoué dans des musées occidentaux. Les conclusions du rapport Sarr- Savoy ont été par la suite critiquées par certains experts européens notamment ceux du Musée du Quai Branly qui, à lui seul, renferme 70 000 des 90 000 œuvres recensés par le rapport.

Dieu de la guerre, du fer et de la modernité
La statue du Dieu Gou a été forgée vers 1860 par l’artisan d’art Akati Ekplekendo. Elle était un des fétiches de la cour royale d’Abomey, alors capitale du Dahomey. En tant qu’objet matériel, sa particularité vient en partie de sa taille d’1,79m : c’est la plus grande statue connue de l’art africain précolonial. Mais surtout de ses matériaux mêmes : elle fut fabriquée avec des plaques de métal, des rivets et des boulons récupérés sur l’épave d’un bateau à vapeur européen qui avait fait naufrage quelques décennies auparavant sur la côte. On ne sait rien de ce navire, mais tout porte à croire qu’il venait s’approvisionner en esclaves captifs auprès des rois du Dahomey. La statue du Dieu Gou servait à vénérer ce dieu de la guerre, du fer et de la modernité. Les «amazones», célèbres femmes-soldats du Dahomey, lui chantaient d’ailleurs des hymnes effrénés. En cas de conflit, elle était parfois transportée sur les champs de bataille pour soutenir les combattants. Ironie de l’histoire, c’est sur le lieu d’une cuisante défaite contre le corps expéditionnaire français -constitué de tirailleurs sénégalais et commandé par un officier métis- qu’elle fût découverte et saisie en 1892. Ainsi, dès sa conception, le fétiche conservé au Louvre incarne l’art fécond du recyclage, incorporant dans sa cuirasse l’histoire complexe de l’esclavage et du colonialisme, le vaudou, la politique et la modernité technique.
La Fabrique culturelle

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