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C’est ce samedi que le chef autoproclamé du mouvement irrédentiste casamançais Salif Sadio a décidé de sortir à nouveau de son mutisme pour, dit-il, faire le point sur l’évolution du processus de paix et notamment l’état d’avancement des négociations entre l’Etat et le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc). Une énième communication qui prendra cette fois-ci les contours d’un forum populaire avec comme cadre la localité de Koundioughor et comme meneur le chef d’état-major autoproclamé du Mfdc, Salif Sadio himself. Une rencontre qui a déjà fini de susciter moult interrogations dans la partie sud du pays.

Salif Sadio a décidé de sortir du bois pour tenir ce samedi les Assises de Koundioughor. Depuis qu’il s’est autoproclamé chef d’état-major général d’Atika, il a toujours imprimé sa propre cadence, déroulé son propre agenda, organisé ses propres sorties médiatiques et choisi à sa guise ses propres interlocuteurs. Et ce sera d’ailleurs le cas ce samedi où Salif Sadio entend s’adresser aux populations casamançaises à Koundioughor, en plein cœur du Fogny, sa zone naturelle. «Le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance organise une rencontre populaire le 27 avril 2019 à Koundioughor, commune d’Oulampane, pour informer les populations concernant le processus des négociations en cours. A cette occasion, le Mfdc invite les populations, ses sympathisants et tous ceux qui s’intéressent à la question à venir massivement assister à la rencontre», relate le communiqué rendu public ce jeudi par le chef rebelle. Un événement inédit qui suscite déjà les spéculations les plus diverses un peu partout en Casamance. Tant les populations voire les acteurs sont toujours prompts ici à scruter dans les moindres détails tous les actes posés par l’homme fort d’Atika, jadis présenté comme l’ennemi public n° 1.

«Ce ne sera que du folklore»
C’est d’ailleurs le cas avec le président du Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (Grpc) qui applaudit des deux mains cette initiative de Salif Sadio qui est, dit-il, orientée vers le processus de paix en Casamance. Toutefois, Robert Sagna et le Grpc ont déploré le fait que le chef autoproclamé d’Atika soit à chaque fois absent de toute initiative concourant à faire avancer le processus de paix. Et pour cet enseignant qui préfère garder l’anonymat, cette rencontre de Koundioughor s’apparente plus à une tribune qui permettra à Salif Sadio de faire son énième show. «Cette rencontre ne suffira pas à installer la paix définitive en Casamance. Ce ne sera que du folklore», martèle-t-il. Tout le contraire de Seyni Badji, acteur de paix et de développement basé dans le Diouloulou qui, lui, apprécie beaucoup cette initiative du chef rebelle. A l’en croire d’ailleurs, les derniers discours de Salif Sadio par rapport au processus de paix ont beaucoup évolué. «Et une dynamique, plus elle va vers une convergence, plus elle paye», croit savoir M. Badji. Qui dit attendre de toute façon les conclusions de ces assises pour y voir plus clair.
Pourquoi ce subit engagement du chef rebelle dans le processus de paix ? A-t-il fini de prendre conscience que son combat pour l’indépendance de la Casamance ne peut plus prospérer ? Pourquoi opter pour un forum populaire en guise de communication ? A quelques heures de la rencontre de Koundioughor, autant dire de manière générale que les populations ziguinchoroises rencontrées sont plus que sensibles à toute action en faveur de la paix, mais autant certaines se montrent sceptiques par rapport à cette dernière initiative du chef rebelle. C’est pourquoi d’aucuns espèrent voir, après plus de 35 ans de conflit armé en Casa­mance où les chemins de la paix ont été toujours tortueux, Salif Sadio mettre à profit ces assises pour déposer les armes et franchir un nouveau cap vers une paix définitive en Casa­mance. Mais a-t-il pour cela besoin de la caution des populations casamançaises ? Wait and see !
Annoncée depuis des années, la paix définitive tarde encore et toujours à se concrétiser en Casamance, où la forte aspiration des populations à la paix est plus que jamais manifeste. Il faut admettre néanmoins que le conflit a positivement évolué. D’ailleurs, aux affrontements violents notés entre l’Armée et le Mfdc a succédé une nouvelle tendance marquée par une absence d’accrochages entre les deux protagonistes et une baisse d’intensité par rapport aux braquages des dernières années. Toutefois, l’absence de leader soutenu par toutes les factions du Mfdc, le problème de leadership entre les responsables de la rébellion ne permettent pas aujourd’hui au mouvement irrédentiste de s’unir pour parler d’une seule voix. Malgré sa volonté d’aller à des négociations qui traînent. Aujourd’hui, un autre jour se lève ?
imane@lequotidien.sn

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