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Abdoulaye Diop, ministre de la Culture et de la communication.

Formation, structuration et financement, voilà l’essentiel des doléances que les acteurs culturels de la région de Matam ont présenté au ministre de la Culture et de la communication ce samedi. C’était à l’occasion des rencontres décentralisées avec l’ensemble des directeurs de centre culturel du pays.

Matam a été la capitale culturelle du pays ce week-end. Pendant trois jours, le ministre de la Culture et de la communication, Abdoulaye Diop, dans le cadre des rencontres décentralisées, a réuni l’ensemble des directeurs de son département pour une rencontre d’échanges avec les directeurs de centre culturel du pays dans la ville de Matam. Selon le ministre, ces rencontres ont été initiées «pour être plus proche du monde des arts et de la culture». L’occasion a ainsi été saisie par le ministre pour rencontrer les acteurs culturels de la région. Au sortir de cette rencontre, le ministre a fait promesse qu’en 2020, la région sera équipée d’un studio d’enregistrement, une des doléances fortes émises par les acteurs culturelles. «Les artistes ont besoin d’être accompagnés et je me suis déjà engagé à mettre en place un studio d’enregistrement pour tous les jeunes artistes». A Matam, les problèmes d’organisation sont réels. En attestent les financements du Fonds de développement des cultures urbaines (Fdcu). A ce jour, seule la structure Massafou Entertainment a pu bénéficier d’un financement de 12,8 millions du Fdcu. Un financement qui a permis de mettre en place la Maison des cultures urbaines de Matam (Mcum). «Ça montre qu’il faut les organiser, les former à mettre en place des structures éligibles», souligne le ministre.

Déficit de formation et de financement
Devant Abdoulaye Diop, les acteurs ont surtout insisté sur le déficit de financement et de formation. Mais aussi d’organisation. C’est le cas de la fédération des Bambado, des joueurs de Xalam. Ils sont plus de 500 dans toute la région mais devant le ministre, ils ont dénoncé leur mise à l’écart des programmes officiels de financement. La même chose est dénoncée par les acteurs du théâtre populaire. Pour eux, il est nécessaire d’avoir des formations en mise en scène et écriture dramatique. Matam, qui a gagné le Prix Douta Seck au Fesnac 2005, ne compte aujourd’hui que deux personnes formées dans ces domaines.
Mama Sarr est à la tête d’un orchestre. Mais selon lui, monter un spectacle relève de la gageure dans la mesure où les musiciens ne disposent pas d’instruments. Ni guitare, ni batterie, ni aucun autre instrument de musique n’existe au centre culturel régional. «D’autres viennent ici pour s’approprier nos cultures alors que nous avons tous les talents ici», s’insurge Lassana, un jeune danseur qui représente la région depuis 6 ans dans les compétitions nationales. «Matam a les mêmes potentialités que les autres régions», insiste Massafou. Mais le secteur de la culture manque de dynamisme. Hormis le Festival de Thilogne, aucune autre manifestation culturelle majeure n’existe.
Amadou Dia, directeur du Festival de Ourossogui, pointe la responsabilité des collectivités locales. Selon le promoteur, ces dernières ignorent royalement que la culture est une compétence transférée. Un plaidoyer auquel le ministre a répondu en annonçant des concertations avec son homologue des collectivités territoriales. «J’aurais prochainement cette discussion avec mon collègue des collectivités territoriales pour prendre en compte cette compétence transférée dans l’ensemble des mairies et conseils départementaux. Il y a certains départements et certaines municipalités qui ne font rien mais il faut juste rappeler aux gens que c’est une compétence transférée et qu’au-delà du ministère de la Culture, au-delà des différends fonds que le Président a mis à la disposition du monde des arts et de la culture, il est important aujourd’hui que chacun joue sa partition.» Abdoulaye cite d’ailleurs l’exemple de sa municipalité, Sédhiou, où dit-il, chaque année, la somme d’un million de francs Cfa est allouée au secteur de la Culture.

Vulgariser l’histoire du Sénégal
Ces discussions avec les acteurs interviennent au lendemain de la parution des premiers tomes de l’Histoire général du Sénégal (Hgs). Malgré le concert de protestations qui a accompagné cette parution, Abdoulaye Diop estime qu’il revient aux acteurs culturels, notamment ceux du théâtre populaire, de contribuer à faire connaitre cette histoire. «Nous venons d’avoir l’Histoire générale du Sénégal, une bonne partie de cette histoire concerne le Fouta et il est important que les artistes essaient d’adapter cela au niveau de leurs productions, théâtrales entre autres», souligne le ministre.
Au total, la concertation avec les acteurs a été un moment important de ces journées décentralisées, en permettant notamment de revoir le dispositif de gestion de la politique culturelle du pays. «Ici, c’est une région traditionnelle de forte renommée et il était important de discuter avec les acteurs, et voir le dispositif organisationnel à adapter pour chaque région afin que nous les assistions et les aidions», souligne Abdoulaye Diop.
Pour le ministre, ces rencontres ont permis de mettre le doigt sur les problèmes qui existent au niveau de l’organisation et de la structuration et qui empêchent les acteurs culturels de capter tous ces fonds initiés pour le monde des arts et de la culture. Par la suite, l’Association des usagers du fleuve de Matam a offert un spectacle de course de pirogues au ministre avant qu’une soirée culturelle ne vienne clôturer ces moments d’échanges.

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