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Le théâtre de masque a fait son intrusion au Sénégal par le canal de Kaddu Yarakh. Les acteurs comédiens de cette compagnie théâtrale ont bénéficié d’un atelier de formation en ce sens qui leur vaut d’aller samedi prochain vers une première prestation à travers ce genre théâtral avec comme thème le recyclage des déchets.

Parler de «théâtre de masque» au Sénégal relève d’un certain exotisme. Le public sénégalais n’a jamais eu l’occasion de déguster ce genre de spectacle. Mais le 20 janvier prochain, grâce à la compagnie Kaddu Yarakh dont les acteurs ont eu à bénéficier d’un atelier sur le théâtre de masque durant près d’une dizaine de jours, proposera un spectacle après avoir clôturé depuis dimanche dernier leur formation à Ngaparou. Cet atelier a été rendu possible par le Laboratoire international de recherche théâtrale et de la production, basé au Canada. Le directeur artistique, Carlos Garcia Estevez, et l’assistante directrice, Paige Allerton, ont fait le déplacement pour former les comédiens de Kaddu Yarakh. «Nous avons eu un contact avec le directeur artistique de Kaddu Yarakh, Mamadou Diol, qui nous a dit que ce serait bien de venir faire une formation aux artistes comédiens sur le théâtre masque. Cela nous a donc poussés à venir former les artistes d’ici à cet art», a confié Carlos Garcia Estevez. Il souhaite toutefois continuer à aider les comédiens de la compagnie à davantage «travailler la présence scénique». «On a amené la technique de jeu masqué qu’on appelle théâtre masque que l’on fait depuis 20 ans. On a renforcé le côté du jeu dramatique de ces artistes de Kaddu Yarakh», a-t-il poursuivi.
Afin de mettre en application ce qu’ils ont pu apprendre durant leur formation sur le théâtre de masque, les comédiens de Kaddu Yarakh se sont illustrés avec une pièce dénommée de Voice of abeys. Existant depuis la renaissance avec l’arrivée de la comédie Del arte en Italie, le théâtre de masque a été «bien assimilé» par ces comédiens qui, selon leur formateur, ont désormais une bonne maîtrise des techniques de sa mise en scène. «Ils ont maîtrisé l’expression corporelle. Il faut savoir lier la tête et le corps. C’est ce qu’on appelle l’acteur total. C’est un langage nouveau pour eux, mais ils se sont bien amusés», a commenté Carlos Garcia Estevez qui se réjouit du fait que les comédiens de Yarakh se soient illustrés de la meilleure manière avec des masques qu’ils ont eux-mêmes réalisés à partir de déchets récupérés.
Assistante directrice au niveau du Laboratoire international de recherche théâtrale et de la production basé au Canada, Paige Allerton a dit l’intérêt et la portée du théâtre masque sur le public. «Il faut changer des choses. Il y a quelque chose dans le masque qui déclenche quelque chose chez les comédiens et le public», souligne-t-elle, appréciant à sa juste valeur cet atelier. De son côté, Leyti Kane, vice-président chargé de l’organisation de l’Association Kaddu Yarakh, mentionne que cette formation a permis «aux acteurs comédiens de la compagnie théâtrale de renforcer leurs connaissances sur comment se comporter sur scène». «Cela été très bénéfique pour les acteurs comédiens qui en savent plus sur le jeu d’acteur et sur la délimitation de la scène», a-t-il insisté. Portant la marque du théâtre de l’opprimé, le théâtre forum et le théâtre de masque se différencient, selon Leyti Kane, dans le fait qu’«au niveau du théâtre masque, l’acteur ne peut pas être remplacé à cause du masque qu’il porte. A l’inverse du théâtre forum où l’acteur peut être remplacé.»

Le Manifesto poetico : Un cadre qui propose du théâtre pour et avec les gens
«Le but de Manifesto poetico est de faire du théâtre où l’espace et le corps sont la base de la narration et de la communication émotionnelle. Nous avons développé une façon de composer le théâtre qui utilise ce que nous appelons la dramaturgie spatiale. Nous recherchons une création constante de langages théâtraux incorporant des disciplines artistiques et scientifiques ainsi que des influences multiculturelles afin de faire du théâtre contemporain populaire qui met en scène le langage de la rue. Nous proposons du théâtre pour et avec les gens.
Manifesto poetico met cette recherche en pratique dans ses expositions originales, ses projets transpoétiques et son travail pédagogique. Manifesto poetico est le fruit de 20 ans de recherches et de productions réalisées à l’international par son leader artistique et fondateur Carlos Garcia Estévez. Il a été accueilli comme enseignant à l’Ecole Jacques Lecoq à Paris dans le Laboratoire d’études du mouvement (Lem) où il est un artiste associé et un co-contributeur à la recherche unique qui s’y déroule. Il a également joué et dirigé dans plus de 20 pays différents. Au cours de sa carrière, il a développé ses recherches sur des mises en scène multi-styles, des productions interdisciplinaires et un théâtre contemporain. Le succès de son travail et la réponse enthousiaste du public proviennent d’une réinvention du théâtre populaire traditionnel. Comme il l’a appris de Dario Fo, Carlos garde l’esprit du théâtre populaire afin de créer de nouveaux langages théâtraux contemporains qui s’adressent au public aujourd’hui. Il travaille en partenariat avec l’anthropologue et artiste interprète Paige Allerton, directrice adjointe de Manifesto poetico. Ils sont également soutenus par une équipe artistique internationale».
ambodji@lequotidien.sn

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