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Le durcissement du front social montre à suffisance les errances et les errements d’un pouvoir qui rappelle un peu le récit de ce personnage célèbre. A la différence de celui-ci qui voulait y parvenir à tout prix, le pouvoir s’est recélé dans sa litanie de promesses du Yokkuté au Yaakaar pour parvenir à ses fins. Ici nous ne pouvons pas dire qu’il n’a pas compris le prince. Les échéances électorales s’approchent et leur diktat est cruel pour un pouvoir qui au départ ne «se souciait» guère de sa réélection. Ce quinquennat-septennat se termine sans commune mesure par une panique jamais vue ailleurs dans une démocratie comme nous aimons bien se le revendiquer. Mais pourquoi cette débandade quand les forces sociales réclament leurs droits et demandent la juste application du programme qui a suscité la confiance de 2012 ?
L’oubli du slogan phare «la patrie avant le parti ; la gouvernance sobre et vertueuse» : La rupture a eu lieu, mais c’est entre le pouvoir et le Peuple. Il est des moments dans l’histoire où le brin de chaos perceptible est un passage ténébreux au cours duquel toutes obscurités se dévoilent avant la réverbération. C’est ce que nous vivons en ce moment. «Les nerfs sont tendus et on est fatigué» ; ce passage a fait le buzz dans une vidéo récente, mais au-delà de l’événement qui a eu lieu dans un vol, c’est un Sénégalais qui l’a proféré. Etait-ce un signe ? En observant la scène politique loin de chez moi, j’ai un recul qui me permet d’avoir cette analyse. D’aucuns la trouveront partisane, c’est vrai on ne peut parler de son pays sans prendre parti.
Au lendemain de 2012, je fus nourri d’enthousiasme à l’idée de congédier le clientélisme ploutocrate qui naquit en 2000. La raison est celle-ci. Ma naïveté m’a fait croire à ces slogans : «La patrie avant le parti» ; «La gouvernance sobre et vertueuse», en quoi je trouvais une sorte de renouvellement de l’engagement politique. Que nenni de tout cela !
Les institutions financières s’alarment déjà du niveau d’endettement du Sénégal. La cause : on nous fait croire à un Sénégal capable de tamponner les Dragons asiatiques. Le front social se durcit et pour cause, l’oubli des populations au profit d’un maintien au pouvoir en mettant à l’écart les potentiels et sérieux opposants. On dirait qu’il fallait cette étincelle, alors que la sonnette d’alarme s’est déclenchée depuis fort longtemps pour raviver la flamme des fronts sociaux avant-gardistes. Le paradigme du Nouveau type de sénégalais est une belle trouvaille, mais ceux qui les portent en ont-ils conscience dans sa capacité à révolutionner la manière de faire la politique au Sénégal ? Pourquoi l’élite pensante n’en fait pas un sujet fondamental d’une révolution culturelle typée sénégalaise ? Ou son appropriation par la classe politique ? 
«Ce ne sont pas les devoirs qui ôtent à un homme son indépendance, ce sont ses engagements».Les promesses non tenues ont fini par exacerber l’idée d’engagement, de convictions politiques pour un idéal de société. Effet positif : au moins le débat politique peut se relever face à ces manquements. Chimère de chimère ! Si un pouvoir, quand des organisations de la société civile montent au créneau pour sonner l’alerte, sort ses griffes, c’est qu’il y a problèmes : Le pouvoir se trompe de bataille. Celle-ci est ailleurs sur le même terrain que ces organisations. Pas de diversion ! Quand on gouverne, on n’organise pas des marches, on agit. Le pouvoir ne sachant plus quoi faire se terre dans l’escalade de la violence verbale à coups de menaces et de chantages – Yakham et compagnie à qui colle bien cette image du corbeau fabuleux en faisant les piètres rutilants auprès d’un chef aux abois. Ma conviction est qu’un pouvoir fort face à une opposition forte ne peut que faire avancer notre pays, mais surtout hisser le niveau du débat sur les enjeux et défis centraux de notre société. Le pouvoir actuel en a-t-il peur au point d’annoncer la couleur dès le départ : «Réduire l’opposition à néant ?» C’est l’impression que tout un chacun peut être tenté d’avoir à la lecture des feuilletons politico-judiciaires et des marches interdites. Le pouvoir a les mains ligotées par une oligarchie de parvenus dont la survie réside dans des actes laudatifs ou va-t’en guerre envers ou pour le chef.
La voie vers le «compromis dynamique» entre politique et populations. L’occasion pour le Peuple de montrer qu’il est le seul maître à bord. A chaque fois que notre fondement de société est en phase d’être bousculé, le Peuple s’est toujours montré à la hauteur en sanctionnant de façon nette. De Tunis au Caire, le sirocco a déjà transporté le sable des ergs et libéré un relent de chaleur populaire libératrice. Par l’effet de la force de Coriolis, le détournement de ce mouvement éolien nous laisse penser à la direction vers le sud Sahara à la rencontre de l’harmattan, un vent chaud. Ça va chauffer. Comme une alluvion ballottée entre les méandres et affluents, n’attendant qu’une chose : être charriée dans la zone dépressionnaire pour y gagner le lit du fleuve sur lequel elle peut commencer sa sédimentation, la marche se poursuit au pas cadencé. C’est une marche vers la vraie rupture.
L’émergence, nous la voulons. La gestion vertueuse, nous la voulons. Mais commençons par construire des hommes pour l’émergence de ces valeurs.
La rupture réside dans cet acte citoyen dans lequel l’engagement est réciproque et respecté. Ce processus dont l’aboutissement est le conditionnement de nos dirigeants à ramer dans le même sens que les aspirations du Peuple, nous pouvons le mettre en marche. Il est long et truffé d’embuches. Les forces d’anéantissement de cette capacité de discernement des masses sont toujours là, se dressent en court-circuit, sérieusement obstruant la libération des énergies en synergie. Leur objectif : créer des mouvements asynchrones qui tiennent en otage les aspirations de tout un chacun.
Au stade actuel, seul un esprit obtus ne peut voir vers quoi tendent ces aspirations. Point de prétexte ! Vous parliez de rupture. Résolvez la question de l’éleveur qui souffre de la concurrence déloyale du lait en poudre importé ! Résolvez le problème du malade qui a besoin de dialyse, de radiothérapie ! Résolvez la stabilité de l’écosystème pour la reproduction de nos espèces halieutiques ! Résolvez notre système éducatif où l’année académique en cours est celle passée ! Résolvez le problème de la femme rurale qui monte sur une charrette pour aller accoucher à 10 km ! Résolvez les flous juridiques et comptables des fonds politiques !
Pour finir, rappelons ces paroles sacrées : «Au commencement était le verbe.» Nos vaillants compatriotes du Sénégal des abysses souffrent par la carence de l’action du verbe. La renaissance commencera par-là : le respect des engagements pris. Toutes ces vagues déterminées et enthousiastes des Sénégalais résistants n’échouent pas en vain devant la surdité ou l’oubli sélectifs, elles érodent et dépiautent inexorablement la trahison et le mensonge qui sont devenus le blason d’un règne. Il n’est pas trop tard pour maculer la fin de règne de la vraie {fausse} gouvernance vertueuse qui nous a été vendue. 

Oswald SARR
oswald.sarr@gmail.co

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