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Les populations de Dodel sont en colère contre leur Conseil municipal qui aurait attribué 10 mille ha à une société marocaine. Désespérées, elles ont déversé leur amertume dans la rue.

Les populations de Dodel, située dans le département de Podor, sont foncièrement contre l’attribution de 10 mille ha au groupe marocain Afri-parteners pour une durée de 40 ans. Cette situation a soulevé l’ire des habitants de cette localité du Fouta qui ont battu le macadam pour protester contre l’accaparement de leur terre qui «risque de tuer» une vingtaine de villages. Et ils mettent en garde les autorités sur les risques de voir les évènements de Fanaye se reproduire dans cette commune. La colère est surtout dirigée contre le Conseil municipal de Dodel qui a, lors de sa délibération du 24 mars 2017, affecté 10 mille ha à cette multinationale marocaine pour la culture de riz haut de gamme destiné à l’exportation. Une décision prise, selon les populations des 20 villages de cette commune, par l’instance délibérative, constituée essentiellement «de paysans peu au fait des enjeux des conséquences de leurs actes et de politiciens qui représentent plus les partis qui les ont investis que les populations au nom desquelles ils sont censés décider et surtout mus par leurs intérêts personnels». Leur réquisitoire est sans appel : «Ce projet dont la réalisation serait synonyme de catastrophe dans cette partie nord de notre pays a été accepté contre l’engagement de la société à financer des projets des communes de Dodel et Démette pour 2 milliards de francs Cfa, d’installer une usine de décorticage de riz, de donner des emplois non qualifiés aux habitants, et d’aménager 2 mille ha pour les populations avec une garantie de prise en charge des frais d’irrigation.» Cette contrepartie est jugée dérisoire par les Dodelois, vu  le  manque à supporter pour «une vingtaine de villages qui risquent de perdre toutes leurs zones, cultures et réserves foncières et dont l’existence serait même menacée».
Aujourd’hui, les villageois s’organisent pour éviter «l’accaparement» de leurs terres. Après avoir constitué un Collectif de défense de leurs droits, ils ont commencé à s’opposer aux équipes envoyées par la société marocaine pour effectuer les levées topographiques. «Parallè­lement à ces actions, le collectif a décidé de désavouer le Conseil municipal et de s’opposer par tous les moyens légaux à l’aboutissement du projet», expliquent les marcheurs. Lesquels mettent en garde les autorités contre les conséquences si le «projet se concrétisait». Amadou Sakho, porte-parole des populations «spoliées»,  mais «décidées» à en découdre avec les Marocains, avance : «Les autorités administratives régionales qui appuient ce projet pour avoir influencé la délibération du Conseil municipal sur instruction des plus hautes autorités de ce pays ne privilégient pas les intérêts de l’Etat dont la politique agricole est en porte-à-faux avec les objectifs du projet marocain dont la production serait destinée à l’exportation. J’invite les autorités à rectifier le tir et surtout d’éviter de tomber dans le piège des agroindustriels dont les agissements pourraient inéluctablement conduire vers un Fanaye bis, car les populations n’accepteront pas de se faire dépouiller de presque toutes leurs réserves foncières.»
ndiongue@lequotidien.sn  

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