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Les Ghanéens s’apprêtent à se rendre aux urnes le mercredi 7 décembre pour élire un nouveau Président ou réélire John Dramani Mahama pour un second mandat excluant celui au cours duquel il achevait le mandat de John Attah Mills décédé en fonction en 2012. Les parlementaires seront également élus. 15.7 millions d’électeurs inscrits devraient voter dans 29 000 bureaux de vote.
Cette élection est particulière en un certain sens, car les campagnes électorales ont tourné autour  des  débats d’idées et étaient  intenses. Par ricochet,  des partis considérés comme de petits partis ont progressivement gagné du terrain. En d’autres termes, l’espace politique devient de plus en plus ouvert de jour en jour. Ce sera l’élection la plus âprement disputée de ces derniers temps, en particulier entre les deux principaux partis politiques, le parti au pouvoir, à savoir le Congrès démocratique national (Ndc) et un des partis de l’opposition, le Npp, dont le candidat  Nana Addo Danquah Akufo-Addo en est à sa troisième participation à la course aux élections présidentielles gha­néen­nes. D‘autres partis politiques comme le Parti populaire progressiste (Ppp), le Parti national démocrate (Npd), le Parti  de la Convention du Peuple  (Cpp) et la Convention nationale du peuple (Pnc) sont également en lice. On note aussi un candidat indépendant, M. Jacob Osei Yeboah.
La candidature de Nana Konadu Agyemang Rawlings, l’épouse de l’ancien Président Jerry Rawlings, qui est la candidate du Npd, est particulièrement intéressante. Ce n’est cependant pas la première fois qu’elle participe aux joutes électorales. Son message est clair et simple : «Il est temps que les femmes gouvernent le Ghana.» Aucune femme n’a jamais gouverné le Ghana depuis l’indépendance du pays en 1957. «Les femmes ont un rôle vital à jouer dans la promotion de la paix dans la famille, dans un pays et dans le monde en général», a-t-elle affirmé. «Je donnerai aux femmes et aux enfants les moyens de les rendre autonomes grâce à une mobilisation efficace».
Le candidat du Ppp, Dr Papa Kwesi Nduom, fait résonner le mantra du changement et de la lutte contre la corruption «la corruption sera considérée comme un crime qui porte atteinte à la vie quand je serai élu Président du Ghana», a-t-il déclaré. «C’est pourquoi nous nous engageons à un leadership incorruptible et créerons des emplois pour les Ghanéens. J’emploie déjà des Ghanéens avec mon propre argent, imaginez donc ce que je peux faire avec les finances de l’Etat, quand je disposerai  de toutes les ressources de l’Etat pour m’appuyer.» Ce message n’est pas tout à fait différent de ceux des deux autres candidats, M. Edward Mahama du Pnc et M. Ivor Kobina Greenstreet du Rpc, notamment en ce qui concerne la création d’emplois et la réduction des déchets.
Le Président sortant, John Mahama, compte sur ses réalisations dans le domaine du développement des infrastructures pour remporter la victoire. Des projets tels que l’échangeur de Kwame Nkrumah, l’échangeur de Kasoa, les blocs de l’E-école, les routes, l’eau, les hôpitaux et la fourniture d’électricité dans les zones rurales sont devenus des points de référence durant son magistère. Mais ses adversaires promettent de faire mieux avec encore plus de transparence et de responsabilité.
L‘Afrique devrait être fière de la qualité des échanges dans ces campagnes. Comme on l’a souligné, la campagne a été largement fondée sur le débat d’idées et des efforts ont été faits pour creuser dans le passé des candidats pour vérifier la force de leurs tremplins moraux pour la Présidence. Des efforts concertés pour désaccentuer le tribalisme ont été notés ; L’appartenance religieuse n’a pratiquement pas fait l’objet de débat au cours de cette campagne.
Il convient de noter que le Ghana est le tout premier pays d’Afrique de l’Ouest à devenir indépendant après avoir connu une agitation des temps modernes. Le Liberia, devenu indépendant en 1847, n’a jamais été vraiment colonisé. Il convient également de souligner que c’est la collaboration entre le premier Président démocratiquement élu du Ghana, le Dr Kwame Nkrumah, à travers son parti, le Cpp et son homologue guinéen, le Président Sekou Touré dont le pays est devenu indépendant en 1958, qui a influencé en grande partie l’indépendance des autres pays francophones d’Afrique de l’Ouest au début des années 1960. En ce qui concerne la politique et/ou l’agitation pour l’autonomie dans les années 1950, l’Afrique de l’Ouest représentait un bastion en Afrique et le Ghana en a été la principale lumière.
La rapidité et la facilité avec laquelle le Ghana a continué à consolider sa démocratie et à élargir l’espace public sont admirables. Le rôle que la société civile a continué de jouer dans la démocratie et le développement national du Ghana est également digne d’émulation. Avec la découverte du pétrole au Ghana au cours de la dernière décennie, des groupes de la Société civile de ce pays ont travaillé en tandem avec les agences gouvernementales pour assurer l’équité et la justice, la transparence et d’autres formes de meilleures pratiques mondiales et tirer des leçons des pays qui ont gaspillé les produits des ressources naturelles.
L’histoire  du Ghana et de son expérience démocratique mérite d’être racontée. Il y a une histoire intéressante derrière la croissance de la démocratie au Ghana, qui souligne l’impératif de consolider la culture démocratique avec ses libertés inhérentes et la stabilité, pour orienter le développement.
Bien que le Ghana ne puisse pas être considéré comme une grande économie en Afrique aujourd’hui, en dépit de la récente découverte de pétrole dans ce pays, il est nécessaire de promouvoir le rôle de la Société civile dans la croissance de la démocratie et de la stabilité politique au Ghana. L’inclusion de la Société civile dans le développement politique et économique devrait être imitée par d’autres pays d’Afrique, en dépit des chocs économiques internes occasionnés par les récentes dynamiques économiques régionales et mondiales, y compris les faibles prix des produits de base.
Les Ghanéens, à l’instar de beaucoup d’Africains, ont été témoins des conséquences brutales des régimes militaires, avec notamment un ralentissement économique qui a frappé les couches sociales défavorisées et qui a engendré d’innombrables conséquences sociales. Mais, comme au Nigeria et dans d’autres pays africains, la Société civile s’est fortement impliquée dans le retour et la consolidation de la culture démocratique dans ce pays. La seule différence est qu’au Ghana, la présence de la Société civile a été mieux ressentie dans la lutte contre les excès des politiciens, depuis le retour à la démocratie. De plus, la démocratie a été capitalisée pour enregistrer des gains éco­nomiques significatifs au cours de la dernière décennie.
La gestion efficace et consensuelle du processus électoral, la promotion de la transparence et la confiance renouvelée dans les institutions démocratiques existantes, ont contribué dans une large mesure au renforcement de la démocratie au Ghana, ainsi que le profil croissant de la magistrature que l’Etat a fortement contribué à protéger et isoler des influences extérieures. Ceci est renforcé par la capacité des acteurs à accepter les règles qui régissent la quête de mandats électoraux.
Le consensus est devenu au fil des ans la marque du processus politique au Ghana. La résolution consensuelle de toutes les questions relatives aux élections, a grandement contribué à désamorcer les tensions qui ont caractérisé les élections dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest. Le pays a démontré sa capacité à mener à bien des intérêts sociétaux divergents qui avaient le potentiel de polariser le pays selon des critères ethniques et religieux, comme c’est le cas dans de nombreux pays de la région. Tout cela a servi à consolider la démocratie dans ce pays.
Ainsi, les enjeux sont très élevés, à la fois pour les gladiateurs politiques et pour le pays en général. Les sept candidats à l’élection présidentielle ont signé jeudi dernier une déclaration de paix à l’hôtel Movenpick Am­bassador à Accra. Connue sous le nom de «Déclaration d’Accra», cette cérémonie a été supervisée par le juge en chef, Mme Georgina Theodora Wood. L’événement a été organisé  par le Conseil national de la paix (Cnp) et la Chambre nationale des chefs (Cns) avec l’aval de nombreuses organisations internationales, dont la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Union africaine  (Ua) et les Nations-Unies (Onu).
La présidente de la Com­mission électorale, Mme Charlotte Kesson-Smith Osei, a confirmé que son équipe est préparée pour accomplir les tâches qui lui sont dévolues  et lui a demandé d’exercer «la neutralité, la civilité et le patriotisme dans tout ce qu’elle accomplit avant, pendant et après les élections». Selon Mme Osei, la Commission a déployé plus de 148 000 personnes, tandis que 64 000 agents de sécurité, plus de 400 observateurs internationaux et 10 000 observateurs locaux seront présents sur le terrain lors des élections.

Paddy EZEALA
Spécialiste en communication et développement
Accra-GHANA
paddyezeala@yahoo.co.uk

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