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Au quatrième jour de son procès pour corruption, l’ancien patron mondial de l’athlétisme, Lamine Diack, a assumé avoir échelonné les sanctions d’athlètes russes dopés, afin de faciliter la négociation de contrats de sponsoring avec des entreprises du pays. Et dans la même foulée «sauver la santé financière» de l’Iaaf.

Depuis lundi, le Sénégalais de 87 ans est jugé avec cinq autres personnes, dont seulement deux répondent présent, pour avoir permis de retarder des procédures disciplinaires contre des athlètes russes soupçonnés de dopage sanguin, fin 2011. Le tout sur fond de négociations avec un sponsor et un diffuseur russes, la banque d’Etat VTB et la chaîne RTR, avant les Mondiaux de Moscou-2013.
Fin 2011, grâce à une nouvelle arme de détection, le passeport biologique, le département antidopage de l’Iaaf dispose d’une liste de 23 athlètes russes soupçonnés de dopage sanguin.
A la barre, Lamine Diack, vêtu d’un long boubou blanc, se justifie. «Qui a pris la décision qu’il fallait étaler les sanctions disciplinaires ?» «C’est moi, tout le monde a dit ‘casse-cou président’», expose-t-il, rejoignant la version d’un de ses co-prévenus, l’ancien chef de l’antidopage à l’Iaaf, Gabriel Dollé, qui a reconnu lundi avoir appliqué les consignes.
«C’était principalement pour la santé financière de l’Iaaf», ajoute Diack-père, «prêt à faire ce compromis» car la révélation d’un si grand nombre de cas aurait provoqué un scandale et pesé sur des négociations avec des sponsors.
S’il est clair sur ce point, Lamine Diack, dont le discours est parfois décousu, l’est moins sur des aspects plus sulfureux du dossier. Ainsi, durant l’enquête qui a duré près de cinq ans, il a aussi concédé avoir obtenu en Russie un financement d’1,5 million de dollars, sollicité auprès de l’ancien patron de la Fédération russe d’athlétisme (Araf), Valentin Balakhnitchev, pour mener campagne dans son pays contre le sortant Abdoulaye Wade à la Présidentielle de 2012.
Le pacte aurait été scellé fin 2011 lors d’un voyage à Moscou, où Lamine Diack avait été décoré par le Président russe de l’époque, Dmitri Medvedev. Et finalement, Abdoulaye Wade a été battu par l’actuel Président du Sénégal, Macky Sall.
Quand la présidente de la 32e chambre, Rose-Marie Hunault, l’interroge sur ce volet, Lamine Diack se fait flou. «Ce sont eux», les Russes, «qui m’ont demandé si je voulais être candidat», élude-t-il, en concédant avoir évoqué la somme d‘ «1,5 million de dollars» devant le ministre des Sports de l’époque, Vitali Moutko.

«Je n’ai jamais reçu de l’argent pour financer la politique ou une quelconque campagne»
Sous ce chapitre concernant la campagne présidentielle au Sénégal, Lamine Diack dément les accusations selon lesquelles il a demandé de l’argent aux Russes pour faire la politique. «Je n’ai jamais reçu de l’argent de qui ce soit pour financer la politique ou une quelconque campagne. Si j’avais besoin d’argent, j’allais demander à Poutine que je connais depuis longtemps», s’est-il défendu.

Pas au courant du paiement par des athlètes russes de pots-de-vin
De même, Lamine Diack assure ne pas avoir été au courant du paiement par des athlètes russes de pots-de-vin, pour un total évalué à 3,45 millions d’euros, en échange d’une «protection totale» contre d’éventuelles sanctions.
Le retard pris dans les sanctions a permis à plusieurs athlètes russes de participer aux Jo de Londres-2012 malgré des passeports biologiques anormaux. Certains y ont même été médaillés, avant d’être déchus pour dopage.
Cela ne figurait pas au scenario, assure Lamine Diack, à qui Valentin Balakhnitchev aurait assuré qu’aucun des Russes concernés ne monterait sur un podium. Ainsi, Lamine Diack met-il en avant le cas de la marathonienne Liliya Shobukhova, qui a «couru et abandonné» à Londres. «L’idée que quelqu’un participe pour ne pas gagner, c’est truquer les résultats, ce n’est pas le sport !», lui fait remarquer la juge.

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