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Ancien enseignant au Centre de formation professionnelle Horticole de Cambérène, Ibra Ndiaye avait tout au début sonné l’alerte quand la polémique s’était installée en 2014 au sujet de la réfection de la pelouse du stade Senghor. Cet ingénieur-paysagiste, formé en Belgique, a été très clair : «Si les normes ne sont pas respectées, la durée de la pelouse sera très réduite.» Les faits lui ont donné raison.

Trouvé au Centre de formation professionnelle Horticole de Cambérène, Ibra Ndiaye était très à l’aise au moment de répondre à nos questions. Et pour la simple raison, cet ingénieur-paysagiste avait sonné l’alerte en pleine polémique liée à la restauration de la pelouse du stade Senghor. «J’avais en effet alerté. Parce qu’il faut savoir que quand on installe une pelouse, il y a beaucoup de critères à respecter. Et si ce n’est pas fait, la durée de la pelouse sera très réduite», soutient-il. Avant de poursuivre : «Il ne faut pas attendre les grands événements pour se précipiter pour faire une pelouse. Parce que c’est vrai que le jour de l’événement, vous pouvez avoir une bonne pelouse mais après elle va se détériorer. Il faut savoir que la pelouse est une matière vivante qui nécessite de la fertilisation, des techniques culturales. Si vous ne le faites pas, c’est sûr que ça va se détruire.»

L’expertise locale oubliée
Poussant sa réflexion concernant les critères pour avoir «une bonne qualité de pelouse qui dure», l’ingénieur-paysagiste de préciser : «D’abord il faut connaître la nature du sol et à partir de là définir le profil d’installation. Et c’est en fonction de la nature du sol qu’on peut par exemple avoir une idée concernant la hauteur à respecter pour le décapage qui au moins doit être de 15 cm et pouvant atteindre 20 à 30 cm en fonction bien sûr de la nature du sol.»
Tout en soulignant ne pas vouloir se prononcer sur certains aspects techniques car n’ayant pas suivi les travaux, Ibra Ndiaye précise que les variétés de gazon les plus indiquées sont le Synodon-Paspalum. En clair, selon lui, si ces variétés ont été bien utilisées, on ne devait pas connaître une telle situation.
Notre interlocuteur a aussi beaucoup insisté sur l’entretien. «Si l’entretien ne suit pas, la durée de vie du gazon ne sera pas très longue. Parce que le gazon est une matière vivante qui nécessite un  entretien continu et il faut savoir comment l’entretenir. Mais si l’entretien ne suit pas, ça ne servira à rien.»

«Il faut maximum 6 mois pour avoir une pelouse de qualité»
Ibra Ndiaye a dans la foulée déploré la non-implication de l’expertise locale. «Moi je n’arrive pas à l’expliquer. Si on veut avoir une pelouse de qualité, il faut s’adresser aux professionnels et ici au Sénégal on a une bonne expertise locale. Mais les gens préfèrent se tourner vers l’extérieur. Chacun est libre de soumissionner, mais le maître d’ouvrage doit exiger que cette entreprise puisse être accompagnée par des gens compétents. Comme par exemple, concernant la pelouse du stade Senghor, je ne peux pas comprendre qu’on mette de côté Cheikh Ndiaye qui de tout temps a toujours géré cette pelouse. Si on le met de côté, je sais que ça ne donnera pas de résultat. L’entrepreneur souvent cherche à gagner le maximum possible. Il va bâcler les travaux et prendre son argent.»
En tout cas le constat est là : trois ans après, la pelouse du Senghor est à l’agonie. Quel remède pour la ressusciter ? Réponse du spécialiste : «Il faut maximum six mois pour avoir une pelouse de qualité.» En clair, il va falloir encore bricoler la «meilleure pelouse d’Afrique» contre le Burkina Faso en fin août. Triste constat !

ambodji@lequotidien.sn

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