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Les gardiens de but spécialistes du jeu au pied sont à la mode. Les tacticiens courent après cette spécificité très prisée. Mandiaty Fall, ancien international et préparateur des gardiens, décortique cette tendance qui permet des sorties de balle propres et fluides. Entretien.

Cela fait longtemps qu’on ne vous entend plus. Qu’est-ce que vous devenez ?
Depuis la fin de l’aventure avec le Tout Puissant Mazembé avec Lamine (Ndiaye, actuel coach de Horoya), je peux dire que je suis en stand-by pour le moment. Je suis à la maison, je fais des réflexions. Je suis l’actualité du football, l’Equipe nationale, le championnat local. Je n’ai pas vraiment des activités. J’ai le temps de me reposer et de réfléchir.

Alors, ancien gardien de but et préparateur, comment voyez-vous l’évolution du poste avec surtout cette tendance liée aux spécialistes du jeu au pied.
Il est vrai que par rapport à l’évolution de ce poste, on peut aujourd’hui parler de gardiens spécialistes du jeu au pied ou «gardien libéro». C’est-à-dire ces gardiens en position avancée et qui ne sont pas trop loin de leur défense. Ils peuvent ainsi poser le jeu et sortir le ballon tranquillement, sans crainte, ni panique. Ce n’est pas comme avant où dès qu’il y a un danger, on a tendance à balancer. Mais ce n’est pas tous les gardiens et toutes les équipes qui jouent de cette façon. Cela dépend de la qualité des défenseurs au niveau tactique et technique. Et aussi de la philosophie de jeu de l’entraîneur.

Avec votre expérience, pouvez-vous citer un pays ou une équipe proche de ce style de gardiens ?
Par rapport à cette évolution du jeu des gardiens de but, disons que c’est propre aux gardiens brésiliens. Cela peut être lié à leur formation de départ, à savoir ils étaient souvent des joueurs de champ avant d’être reconvertis en gardien de but. Il y a des équipes qui utilisent le même système avec leur gardien, mais ce n’est pas souvent la même chose. On peut donner en exemple Liverpool et Manchester City qui n’ont pas le même style concernant leur sortie de balle. Tout dépend de l’organisation, du système de jeu de l’équipe.

Les nouvelles dispositions concernant les relations entre le gardien et les joueurs ont aussi favorisé la naissance de cette spécificité de gardiens ?
En effet, avant, il fallait que le défenseur sorte de la surface pour que le gardien lui donne le ballon. Ce n’est plus le cas. Il peut rentrer dans la surface et être servi par son gardien. Ce qui fait que le pressing devient de plus en plus dans la surface de réparation. Il ne faut penser que c’est quelque chose de simple. Il faut voir comment les équipes parviennent à maîtriser leur sortie de balle ; quand ça passe c’est une bonne chose. Mais quand ça échoue, les dégâts sont là.

De votre temps, on avait surtout droit à des relances à la main ou de longs dégagements…
Exactement, comme je l’ai dit tantôt, les nouvelles règles ont changé les habitudes. A notre époque, le gardien avait la possibilité de récupérer le ballon avec la main quand son défenseur le lui donne. Ce n’est plus le cas. C’est interdit maintenant. Ce qui ne veut pas dire que les gardiens de l’époque restaient dans leur but. On n’hésitait pas aussi à sortir pour suppléer les défenseurs, récupérer des ballons et dégager. Ce n’est plus la même chose. A l’époque, quand il y avait danger, il fallait l’écarter. Maintenant, on ne dégage pas n’importe comment, on conserve plutôt la balle du pied avant de la donner à son partenaire mais proprement.

Là il faut être précis techniquement tant chez les gardiens que chez les défenseurs ?
Ah oui ! Il faut que les joueurs soient techniques, le gardien également et par rapport à l’organisation du jeu. Il y a des équipes qui n’osent pas mettre leur gardien dans cette situation préférant lui demander de dégager le ballon. Parce que conscientes des limites de leur portier au niveau du jeu au pied. Ces gardiens qui utilisent le jeu de pied savent aussi qu’ils peuvent faire confiance à leur défense. La confiance doit être mutuelle. Sinon s’aventurer à utiliser un tel système de jeu s’avère risqué.

Comment jugez-vous le jeu au pied des gardiens de l’Equipe nationale, à savoir Edouard Mendy et Alfred Gomis ?
Je crois que les deux sont bons. Ils n’ont pas de problème sur le jeu de pied. Ils sont en train de faire de bonnes choses. Il y a de la qualité. On doit prier pour qu’ils continuent à être en forme au niveau de leur club. C’est cela le plus important. Cela va faciliter le choix du staff technique. Je crois qu’on n’a plus ce problème de gardien de but. A partir de là, je crois qu’il faudra faire un choix par rapport à la forme du moment.

Comment appréciez-vous les gardiens locaux ?
C’est un peu difficile pour eux à partir du moment où ils ont du mal à sortir du lot lors des compétitions. Il faut continuer à travailler sur le plan local. C’est à ce niveau qu’il faut davantage mettre l’accent pour leur permettre de s’améliorer avant de penser à intégrer l’Equipe nationale où aller à l’extérieur. Ils ont des qualités certes, mais encore loin du niveau de l’Equipe nationale.

Justement, vous aviez en son temps émis l’idée de mettre sur pied au niveau national un centre pour les gardiens de but. Où est-ce que vous en êtes avec ce projet ?
C’est un projet qui a longtemps été dans ma tête. Ce n’est pas nouveau. Je continue à aider les jeunes. Mais il me manque un terrain. Tout dernièrement, j’étais au niveau de l’école Maristes pour aider mais ce n’était lié au projet en question. Mon souhait, c’est de travailler sur les manquements au niveau des gardiens locaux. J’ai travaillé des années avec les gardiens de l’Equipe nationale. Je crois que j’étais le seul à l’époque, en tant qu’entraineur des gardiens, à utiliser des locaux au niveau de l’Equipe nationale.

Quel commentaire faites-vous sur l’Amicale des préparateurs de gardiens de but qui vient juste d’être installée ?
Je viens de l’apprendre. J’ai vu la composition du bureau et je crois qu’ils sont une dizaine de gardiens que j’ai eus en Equipe nationale.
Qu’est-ce qui explique votre absence au sein de l’Amicale ?
Je n’étais pas au courant, comme je viens de vous le dire.
Qu’est-ce que cette Amicale peut apporter aux gardiens sénégalais ?
Ça peut aider à réfléchir, à mettre une politique en place, à travailler. C’est bien de s’organiser. Et surtout voir les manquements au niveau des gardiens locaux. Cela va permettre de diagnostiquer et connaître le niveau de nos gardiens locaux.
Un mot pour vos amis sportifs, les acteurs du foot qui n’avaient plus de vos nouvelles…
C’est pour leur dire que je suis encore là (rire). Je suis rentré et prêt à retourner sur le terrain, dans un club ou ailleurs pour faire profiter mon expérience.

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