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Né et grandi dans le milieu de la balle orange, Lamine Savané vit et respire le basket ; bien qu’étant aussi dans le foot avec ses responsabilités à Aspire. Chef des Opérations à la Basketball Africa League (Bal), il décrypte, avec Le Quotidien, la prestation des Lions au tournoi de Kigali.

Quel bilan tirez-vous de la participation des Lions du basket au tournoi de Kigali, avec trois victoires en autant de sorties ?
On a découvert une équipe en gestation avec beaucoup de nouveaux éléments qui étaient dans leur première compétition internationale, en tous cas de ce niveau-là. On a aussi vu un nouveau coach qui est en train de bâtir son équipe et qui dans ce processus est en train de mettre son empreinte sur son groupe, par rapport à sa vision du jeu que l’équipe doit produire et dans une démarche aussi de découvrir les joueurs qu’il a à sa disposition.
Au niveau du résultat, le bilan sur les trois matchs pour autant de victoires ne peut être que positif, pour une entrée en matière aussi bien pour les joueurs dont je parlais tout à l’heure que pour l’entraîneur. C’est un bilan extrêmement positif.

D’autant plus que les conditions n’étaient pas réunies avec seulement une journée de préparation avant d’entamer la compétition, mais aussi l’absence de certains cadres…
Absolument ! C’est aussi un élément qu’il faut souligner. Le coach était en mode commando. Il n’a pas eu le temps d’étudier les joueurs en live, il a dû se baser sur ce qu’il a pu visionner et essayer de connaître leur jeu, leur profil. Et tout cela sans entraînement. Parce que c’est juste à la veille qu’ils ont pu avoir une séance rapidement et pas avec tous les joueurs au complet. Boniface a dû surtout se baser sur le travail qu’il a fait en amont pour pouvoir coacher cette équipe et l’amener à trois victoires en trois matchs.

Kenya, Mozambique puis l’Angola. Est-ce que ce sont les adversaires qui étaient moins bons ; ou est-ce que c’est la qualité de jeu du Sénégal qui a fait la différence ?
Toutes les équipes ont joué à leur niveau réel. On a remarqué que l’Angola, pour ces quatre à cinq dernières années, connaît quelques difficultés. Ils essaient de faire tourner leur effectif, d’amener de nouveaux joueurs et semblent avoir des difficultés à trouver des joueurs qui étaient de la trempe de ceux qui étaient des générations précédentes. Quand même, ils arrivent à jouer un jeu très organisé, mais on voit, de toute évidence, que l’adresse qu’il y avait dans cette équipe, n’y est plus. Donc, elle est beaucoup plus prenable pour une équipe renforcée comme le Sénégal qui joue sur ses qualités athlétiques, sa taille et sur le jeu intérieur et extérieur.

L’Angola a quand même mis 80 points au moins durant ses deux premiers matchs contre le Mozam­bique, puis le Kenya et a été bloquée seulement à 50 points contre le Sénégal. Comment expliquez-vous cela ?
C’est la confirmation de l’intensité de la défense que le Sénégal met sur les équipes depuis le début. Et encore une fois, c’est une bonne compréhension de ses joueurs, de la part du coach Boniface et de leur capacité de jouer sur leur taille, leur qualité athlétique pour vraiment contester, mettre une pression assez importante sur l’équipe adverse. Et on a vu que les Lions ont pu faire suffoquer toutes ces trois équipes. Aucune des équipes n’a d’ailleurs marqué 60 points. Dans un tournoi de basket, en tous cas au niveau africain, quand on limite l’équipe adverse à moins de 60 points et qu’on peut aller au-dessus de 70 points, on s’en sort très bien.

Il y a eu beaucoup de nouveaux joueurs. Comment avez-vous trouvé leur intégration ?
C’est un aspect qui m’a beaucoup plu. J’ai été très impressionné par tous ces jeunes. Ils n’ont pas eu tous le même temps de jeu et n’ont pas pu tous dérouler autant qu’ils auraient voulu, j’en suis sûr. Mais ceux qui ont un temps de jeu conséquent, on les a vus nous surprendre et nous impressionner. Chez certains d’entre eux que nous suivons dans leurs clubs respectifs, on a vu qu’ils ont joué dans leur registre habituel. Venir dans cette équipe du Sénégal, porter le maillot de cette équipe pour la première fois, ce n’est pas évident dans une compétition de ce niveau. En plus, dans un contexte très particulier de Covid, devoir voyager, être en quarantaine, jouer sans public, moi je leur tire mon chapeau parce qu’ils ont su, chacun à sa manière, participer et certains vraiment nous ont surpris.

Malheureusement, il y a l’absence au dernier moment de Maurice Ndour, testé positif au Covid-19. N’est-ce pas la fausse note ?
Pas exactement. Parce que cela a permis au coach Boniface de donner plus de temps de jeu à d’autres joueurs. On sait tous ce que Maurice Ndour va nous emmener dans l’équipe. C’est une valeur sûre de cette équipe. C’est un des leaders techniques du groupe. On le sait depuis la dernière Coupe du monde. Finalement, son absence a été un mal pour un bien parce qu’on a vu des jeunes qui ont montré qu’ils pouvaient pallier l’absence de certains cadres.

Une manière de dire que «Coach Boniface» a du pain sur la planche pour composer son prochain groupe avec le retour des cadres…
Oui et non ! Un coach, je crois que son souhait le plus ardent, c’est d’avoir ce des problèmes de ce genre, d’avoir trop de joueurs de qualité à sa disposition et de devoir faire des choix. Je crois que Boniface aura assez de temps pour étudier son groupe selon les adversaires. Et certains joueurs répondront au besoin de l’équipe plus que d’autres. C’est comme cela que ça se passe dans les sélections.

Malgré le bilan positif, il y a certainement des choses à améliorer dans l’équipe. A quel niveau selon vous ?
A mon avis, la défense a été très bonne. On a su vraiment limiter les équipes adverses et les mettre en difficulté. Il faudra tout de même la renforcer. Je mettrais un petit accent sur le rebond défensif ; on doit le maîtriser encore un peu plus. Ensuite, je pense qu’on gagnerait à limiter nos pertes de balles à 12, 14 au maximum par match. Cela nous permettrait d’être à l’abri des retours des équipes adverses. Il y a aussi le secteur des arrières. C’est une faiblesse pour cette équipe du Sénégal depuis longtemps. C’est bien de voir de nouveaux joueurs. Il y en a d’autres nouveaux qui certainement rejoindront l’équipe à un moment ou un autre. Je pense à Karim Mané du côté du Canada, au jeune qui est à Barcelone, Brancou Badio. Ce sont des jeunes qui ont leur place dans cette sélection. Il y a aussi l’adresse aux lancers francs. Il y a un gros travail à faire à ce niveau-là. Pour des joueurs de ce niveau, on n’a pas été au rendez-vous. On peut ambitionner de tirer à 70% en tant qu’équipe. Et cela, il faudrait que les joueurs s’y mettent individuellement et travaillent. Après cela, je crois qu’on sera en très bonne position d’être ambitieux dans le reste de la compétition des qualifications, mais surtout pour l’Afrobasket en 2021.

La prochaine fenêtre est annoncée pour février 2021. Est-ce que le basket sénégalais ne gagnerait pas à abriter ce rendez-vous ?
Vous savez, avec le Covid, tout est compliqué. Il faudrait d’abord que l’Etat soit dans les dispositions d’accueillir la compétition. On voit que dans d’autres sports cela est en train d’être fait. Donc, on croise les doigts. Sinon, aussi bien pour la Fiba que le monde du basket en général, les deux meilleures salles sur le continent sont Dakar Arena et Kigali Arena. Ce serait fantastique qu’on puisse abriter la fenêtre de février à Dakar et qu’on puisse relancer un peu le basket du point de vue local, renouer avec les compétitions internationales avec l’engouement qu’on avait vu lorsqu’on a organisé l’Afrobasket féminin à domicile.

Vous êtes membre de la Basketball Africa League (Bal). De report en report, la première édition a encore été repoussée à 2021. Comment vivez-vous cette période marquée par beaucoup d’incertitudes ?
Tout le monde était déçu. Aussi bien les équipes que nous-mêmes qui y travaillons depuis des mois. Mais la réalité est qu’on avait des contraintes liées au Covid, à tout ce qui est logistique, de pouvoir bouger plus de 400 personnes, le matériel entre autres qu’on devait amener à Kigali, pour organiser une très belle fête du basket. Mais ce n’est que partie remise. On continue à travailler et on va voir qu’elle sera la prochaine fenêtre qui sera la bonne afin qu’on puisse enfin se lancer et donner un peu plus à ce basket africain, rajouter une compétition de plus, faire un niveau et un show comme on a vraiment l’intention de le faire.

A Dakar ou toujours à Kigali ?
Ce sont les deux bons choix. Mais encore une fois, il va falloir qu’on étudie la situation de près. Pour l’instant, c’est Kigali qui avait été retenue, à moins que quelque chose change, je pense que c’est là-bas que cela se fera. Mais toujours est-il que l’essentiel c’est qu’on puisse lancer la compétition et dans les meilleures conditions possibles.

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