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Avec son appareil photo, Baba Diedhiou, de son vrai nom  El hadji Samba, donne une forme plus belle, plus originale au monde qui l’entoure. Ses œuvres marquent de façon indélébile la marche de la  société. «L’art me permet de m’exprimer, de donner des messages», a-t-il l’habitude de dire.  Ainsi, ce photographe qui est capable de voir avec son œil d’artiste ce que les autres ne parviennent pas à remarquer, traite des sujets d’actualité tels que l’immigration clandestine, la violence faite aux femmes, la mendicité des enfants ou l’initiation des femmes casamançaises au bois sacré. Il y a quelques jours, il a bouclé une exposition sur les marchands ambulants et autres conducteurs de «pousse-pousse».

C’est au premier étage de sa maison familiale, à Grand Dakar, que Baba Diédhiou a installé son magnifique musée. Un tableau autoportrait vous accueille à l’entrée. Le studio bien équipé, est rempli d’œuvres accrochées aux murs. Un lieu dans lequel les yeux, l’esprit et le cœur sont largement sollicités. Pourtant, c’est en tripotant et en jouant avec un appareil photo qu’il a appris. Persévérant et apprenant vite, Baba a un regard singulier. Ses œuvres sont des vecteurs d’humanisme.  Créer peut être douloureux. Et c’est pour avoir célébrer avec beaucoup d’énergie, d’originalité et de créativité la journée mondiale de la femme du 8 mars que Baba Diédhiou s’est estampillé de l’étiquette d’artiste féministe. «J’avais commencé à rendre hommage aux femmes depuis le mois de février. Je publiais jour par jour une photo de femme jusqu’au mois de mars. Et, le 8 mars, j’ai regroupé toutes les photos pour montrer que ce n’est pas facile d’être une femme. Je dis que la femme c’est le secret de la vie. Cependant, il y a des sites qui m’ont traité de photographe féministe. Chose que je déplore même si je n’ai fait aucune réaction», se remémore l’artiste. «Qui sur terre n’a pas été porté par (elle) ? Et pourtant, elle est harcelée, violée, tuée»,  a-t-il écrit sur un de ses photos où il rend hommage aux femmes. A côté de la photo de la femme abattue, l’artiste met sa propre photo où il est en larmes avec sa caméra à la main. Très expressif ! Une fois encore, lors d’une exposition à Bamako, au Mali, des hommes l’ont interpellé. Ils lui ont demandé de rendre hommage aux hommes aussi. Baba a alors fait une série de photos dénommée Goor gorlou. «Goor Goorlou veut dire l’art de se débrouiller. C’est une couche de la société qui gagne sa vie à travers de petits métiers», explique- t-il. Une série de photos qu’il a exposées au mois de juin dernier.  Il s’agit de photos de marchands ambulants, ou encore de conducteur de «pousse-pousse» (chariot de fortune), etc. Il célèbre le courage de ces gens perçus d’un mauvais œil bien que gagnant dignement leur vie à la sueur de leur front.

Artiste féministe
Baba Diédhiou est aussi las de voir ses concitoyens mourir en mer sur le chemin de l’Espagne ou de l’Italie. Quand il parle de l’émigration clandestine, on sent le chagrin à travers sa parole. «L’émigration clandestine, est pour moi une aventure incertaine. Dans la plupart de mes tableaux, je montre l’obscurité de l’immigration clandestine. Je montre carrément le danger qui existe dans la mer. L’émigration clandestine, c’est risquer sa vie. Personne ne doit penser à le faire», regrette l’artiste. Il est d’ailleurs en production sur un documentaire portant sur le sujet.
A l’initiative des femmes diolas du bois sacré, il a exposé chez Lulu l’année dernière. D’après l’explication du photographe, l’initiation des femmes diolas qui est le Niaka est une tradition qui ne se déroule pas régulièrement. La dernière édition date de 1963. Cette pratique culturelle est très importante chez les Diolas parce que toutes les femmes qui n’ont pas satisfait à ce rituel n’ont pas droit à la parole. C’est leur passage à l’âge d’adulte.

Esprit vif et créatif
Pour son ami Mouhamed  Khereba Traoré, artiste plasticien et professeur à l’école nationale des arts, avec qui il a fait une exposition chez Sunu wakeur, les tableaux de Baba sont le miroir de la société sénégalaise. «Baba est sage et talentueux. Avec son esprit vif, créatif, il voit ce que les gens ne voient pas», témoigne-t-il. En 2018, Baba a été sélectionné au festival du cinéma de Cotonou, au Bénin. A la même année, il a exposé en Belgique au Salon d’art de Libramont, puis en France au consulat du Sénégal de Lyon. L’art ne nourrit pas son homme et en plus de ses expositions nationales et internationales, Baba a diversifié ses activités. Il fait des shooting avec des artistes musiciens, confectionne des logos d’entreprise et des flyers, réalise des vidéos documentaires.

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