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Babacar Niang est un sculpteur de renommée, qui fait le tour du monde. Dans cet entretien, il raconte son quotidien, ses rapports avec Senghor et le géant Ousmane Sow.

sculpteur-niangBabacar Niang, artiste-sculpteur : «J’ai formé 100 sculpteurs éparpillés dans le monde»

Qui est véritablement Babacar Niang ?
Je crois que c’est difficile de se présenter soi-même. Mais, je peux dire que je suis une personne modeste, qui a formé beaucoup de sculpteurs. Et j’ai commencé la sculpture en 1976. Aujourd’hui, avec les montées et les descentes, j’en suis arrivé à un résultat de plus de 100 sculpteurs qui sont éparpillés dans le monde. De plus en plus, je pars dans les symposiums internationaux pour faire valoir pas ce que je sais faire, mais ce que les Sénégalais savent faire en particulier, l’Africain sait faire en général. Je ne suis donc qu’un artiste simple.

Vous avez formé 100 sculpteurs à travers le monde ?
Oui j’en ai formé. J’ai formé plus d’une centaine de sculpteurs qui sont éparpillés dans le monde et la majorité vit de cet art. Je n’ai aucun doute pour ça et je me réjouis quand même d’avoir montré la voie à certaines personnes qui auraient pu rater leur vie…

Même si l’artiste ne compte pas, dites-nous combien d’œuvres vous avez déjà réalisé à travers le monde ?
Mes œuvres réalisées à la main, si vraiment on devait me les payer, je devrais être très riche en ce moment. J’ai déjà réalisé plus de 2000 œuvres à la main. Et parmi ces œuvres, il y a l’œuvre, qui se trouve au niveau de la Faculté de  médecine de Dakar. C’est moi, qui l’ai réalisée en plus de celle qui se trouve à la Régie du chemin de fer, et tant d’autres choses. Dans ce que je vous ai envoyé il y a même le portrait de quelques personnalités, il y a Goudiaby, il y a… Je pense bien. Donc la liste reste exhaustive. Je suis certain que je l’ai déjà atteint ces 2000 œuvres en tout cas de petites et grandes.

Vous pouvez revenir un peu sur cette œuvre que vous avez faite au niveau de la Faculté de médecine de Dakar. Qu’est-ce que ça représente ?
Oui ça représente un enfant dans une famille, qui était parti en voyage et qui est revenu. Et donc cette rencontre familiale s’est fêtée. Ce qui montre que généralement ici au niveau du Sénégal les gens fêtent, au niveau de l’Afrique même je veux dire hein, ils aiment fêter les cérémonies de voyage, les cérémonies de… Donc voilà pourquoi, j’ai voulu symboliser la paix en un mot dans cette rencontre de famille et même dans l’œuvre de la Faculté de médecine en bas il y a une pique qui sort comme ça et de cette pique j’ai fait sortir l’enfant qui est venu de voyage. Mais c’est pour dire que lui était sorti, revenu en trouvant son papa fumeur, donc j’ai essayé de symboliser tout ceci. Et derrière il y a la carte de l’Afrique, du Sénégal, également il y a des femmes-sœurs qui sont en train d’échanger secrètement leur message secret.

Vous avez fait l’Armée avant de commencer à faire de l’art, comment cela s’est fait ?
Non plutôt j’ai été d’abord artiste avant d’aller dans l’Armée, parce que j’ai commencé en 1976 à sculpter, à modeler, ensuite je me suis retrouvé en 1979 dans l’Armée, et en 1981, j’étais parti participer à la guerre au Tchad où j’ai fait 9  mois, bien sûr avec des missions excessivement dures mais je ne vais pas vous détailler ça. Ce sont de mauvais souvenirs en tout cas. Puisque même dans l’Armée, il y a des moments comme le samedi où je faisais mon art. Donc là je vis dans l’art aussi, donc l’art c’est quelque chose qui est en moi, voilà. Mais, je suis d’abord artiste avant d’être militaire et je suis redevenu l’artiste que j’étais mais avec des performances beaucoup plus élevées qu’au commencement.

Quand vous étiez dans l’Armée, ce que vous faisiez comme art c’était pour représenter un peu l’horreur que vous voyiez ou ce n’était pas du tout dans ce sens ?
Non souvent quand on vit l’horreur, c’est parce qu’on la loge dans un coin. Mais quand on se dit voilà l’horreur passe à travers le regard et pas question de l’héberger dans un coin. On peut s’en souvenir mais on ne doit pas forcément vivre ça. C’est la raison pour laquelle je me suis apaisé facilement dans ma vie et j’ai pris comme référence une continuité de l’art et pour moi il fallait que je le fasse. L’art, c’est déjà l’imagination et la création, donc voilà j’ai adopté mes idées positives bien sûr que chacun en a des négatives mais c’est de faire dominer les idées positives aux négatives et c’est ce que j’ai fait pour pouvoir maintenir la corde artistique que me tendait le destin.

Alors vous dites l’art ça représente pour vous beaucoup de choses mais qu’est-ce que cela représente pour vous et surtout la sculpture ?
Il y a certaines personnes qui disent que la sculpture, c’est la hantise de la représentation du corps humain et de sa beauté qui guident l’artiste mais quand on y est et quand on y vieillit aussi on peut trouver une autre explication et moi mon explication c’est que je suis en train, moi qui fais la sculpture, de parler à un public, un public qui est profane. Géné­rale­ment en majorité il y a le «profanisme», qui marche dans le domaine artistique et c’est la raison pour laquelle souvent les gens ne respectent pas les artistes. Et pourtant dans la culture il y a le culte de l’opinion d’autrui. Malheureu­se­ment, nous n’en tenons pas compte. Donc ici l’artiste tel que moi par exemple comme je vis la sculpture, c’est toujours un assemblage de leçons à donner au public qui vous fait face au public profane qui vous fait face. Certaines personnes disent que celui qui sculpte, c’est un homme de l’enfer, il y a des gens qui le disent, mais c’est de la croyance, la croyance peut être une évidence mais souvent elle n’est pas forcée de l’être. Et l’artiste, il a déjà vraiment des idées très fortes dans sa tête, suivies des actions quand même de volonté qui donnent le résultat que vous voyez. Voilà pourquoi j’ai l’habitude de dire il faut finir l’œuvre dans la tête avant de venir dans les gestes. Voilà comment je vois la sculpture. C’est dur on peut dire que c’est très dur parce que le fait de dégrossir, manger, généralement quand je vois la pièce je vois mon idée qui est prisonnière dedans, que je dois libérer. Donc je vois le bloc, je vois comme mon idée est bloquée dans le bloc que je dois débloquer. Donc je débloque l’idée dans le bloc où elle est bloquée. Et voilà après ça nous donne ce que tout le monde connait, la visibilité des choses, la situation des uns et des autres et qui n’avaient pas compris au commencement, comment l’artiste devait s’y prendre.

C’est vrai qu’il y  a de la sculpture différente, une façon de faire du modelage et du vernissage. Vous êtes dans quel registre ?
J’ai commencé par le modelage, qui s’agit de prendre l’argile, de faire des formes, des trucs comme ça. Mais, la sculpture proprement dite, c’est le fait de voir un bloc et puis de dégrossir à la main. C’est pourquoi on dit la sculpture dans le vrai sens. On a tendance à appeler même les modeleurs des sculpteurs mais ils ne sont pas souvent des modeleurs. Parce que les sculpteurs sont différents des modeleurs, le sculpteur travaille dans une forme de soustraction permanente c’est de dégrossir, et le modeleur, il travaille dans une forme d’addition, il additionne toujours pour avoir ce qu’il veut.

Est-ce que dans la sculpture vous êtes dans la représentation humaine où vous faites des œuvres fictives ?
Moi, j’ai tellement fait de vierge Marie que j’aime beaucoup d’ailleurs parce que je l’adore et quand j’ai vu pour la première fois la vierge Marie, j’ai vu une clarté lumineuse qui se dégageait en elle et depuis lors je j’ai aimée. J’ai même sculpté des croix dans un pays ou beaucoup de gens me diront n’importe quoi. J’en ai rencontré d’ailleurs mais ce n’est pas important parce que, je me dis que je libère ce que j’ai dans ma tête et les autres je ne vais pas les édicter de ce qu’ils vont libérer de leur tête. Mais je fais du personnage comme ça, je fais de l’abstraction, je sculpte tout en un mot je fais toutes les sculptures.

D’ailleurs je comptais en parler avec vous : vous dites que vous sculptez la vierge Marie, c’est un peu paradoxal que  Babacar Niang fasse des œuvres religieuses chrétiennes…
Moi quand j’ai été en France par exemple, il y a un moment on m’a fait visiter les plus grandes églises, j’ai été là-bas, j’ai vu comment les gens priaient. Et encore la situation s’est renversée quand je suis parti en Asie où j’étais le seul noir, il n’y avait que des Coréens, des Chinois, des Trucs comme ça et on priait chez Bouddha. J’ai enlevé mes chaussures comme tout le monde, j’ai montré que nous aussi on peut respecter la religion des autres. Moi je crois que quand on respecte sa religion, pour respecter sa religion il faut d’abord commencer à respecter la religion de l’autre. Mais en commençant par respecter la religion de celui qui te dit je ne crois absolument en rien ma religion, c’est de ne croire en rien. Après maintenant, c’est la porte d’entrée on pourra accepter la religion des autres et ne jamais dire que ma religion est meilleure que la religion de l’autre. C’est très important pour un être humain d’abord pour vivre en paix et ensuite pour ne pas se faire trop d’ennemis. Mais le plus important c’est ce que tu es en train de faire c’est vrai en toi. Je dis toujours la vérité, c’est la vérité, mais la vraie vérité c’est celle qui sort de l’intérieur qui s’extériorise. Mais, une vérité colorée n’est pas une vérité, parce que quand ce qui se trouve dans le cœur arrive il va bousculer cette vérité qu’on prétendait voir ou vivre.

M. Babacar Niang on vous surnomme croque cailloux. Est-ce que cette appellation vous correspond vraiment, comment appréciez-vous ?
Oui c’est rigolo mais il y a mes amis, je suis tombé sur un symposium en France, les Lapidials qui avaient comme nom casse-cailloux quand ils ont vu croque-cailloux alors ils ont dit mais c’est fini hein (rires). Là ce n’est pas possible. Ce nom m’est arrivé comme ça, comme ceci j’ai rencontré un artiste qui est venu à Dakar et qui voulait voir des sculpteurs, il a dépassé beaucoup de sculpteurs et quand il m’a vu travailler, il me salue et me dit toi je veux vraiment qu’on travaille, il s’appelle Michel… Alors moi j’ai travaillé avec lui pendant tout ce temps qu’il est resté à Dakar un mois environ, il est reparti. Quand il me voyait travailler comme ça sans relâche, il dit oui. Je l’ai vu de mes yeux croquer les cailloux et là maintenant je le surnomme croque-cailloux, c’est comme ça que c’est arrivé, mine de rien. Je suis devenu croque-cailloux et maintenant les gens m’appellent croque-cailloux un peu partout.

Alors à Dakar où est ce qu’on peut trouver exactement vos œuvres, il se dit que vos œuvres sont sur la Corniche mais pourquoi cet endroit spécifique sur la Corniche ou est-ce que il y a d’autres également où vous avez des œuvres?
Non là maintenant je travaille surtout sur les commandes et les symposiums, d’ailleurs je m’apprête à partir encore dans les symposiums. Parce que quand vous êtes à Dakar, vous êtes au Sénégal comme vous comprenez que les gens ne vivent pas l’art pour dire la vérité. Ceux qui vont dans les expositions et manifestations d’artistes que ce soient les autorités ou je ne sais pas moi les accompagnateurs tout comme ça. Ce sont des gens qui sont souvent forcés d’y aller pour sauvegarder leur réputation au niveau  de l’entourage ; qui sont là qui parlent, qui montrent qu’ils connaissent qu’ils s’y connaissent. Mais souvent ça les étouffe hein. Alors là l’artiste qui le comprend, il voyage il va faire valoir ses œuvres ailleurs et c’est beaucoup plus facile. Car généralement quand les Européens, les Américains disent que voilà c’est un artiste tout ça il y a maintenant le pays qui accepte que c’est un artiste. Donc c’est pourquoi il y a une fuite de talent artistique comme une fuite des autres talents différents, le secteur après avoir constaté ce dont je viens de dire qui est diamétralement opposé avec le désir que l’artiste veut ou la personne a envie de vivre.

Est-ce que ça veut dire que vous préférez aller vous exporter que de rester au Sénégal pour vous faire connaitre c’est ce que ça veut dire ?
Les gens sont en train de parler comme ça, vous savez je le dis très honnêtement, moi je suis resté très longtemps ici d’abord et j’ai formé beaucoup de gens, des gosses même qui ont grandi, qui ont voyagé après j’ai commencé à voyager. C’est une façon même de vous arnaquer par la parole hein qui symbolise beaucoup de choses dont Senghor parlait et pour vous faire comprendre que oui vous devez aimer votre patrie avant tout ça or qu’eux- mêmes ils ne vont pas le faire. Donc moi je crois qu’il faut aimer l’Afrique d’abord et quand on aime l’Afrique on aimera forcément son pays. Aimer la peau noire faire en sorte que partout où vous êtes-vous ne faites pas de conneries qu’on collera sur une autre peau noire en disant ce sont les noirs il faut savoir que chaque noir a un flambeau de liberté, de paix, d’apporter une création nouvelle, d’apporter des idées pertinentes pour l’avancée de ce monde. Donc je crois que ça n’a rien n’à voir, j’ai fait un choix pas tardivement tout en sachant bien avant que si je reste là à tailler des pierres, les trucs comme ça, les gens ne vont jamais s’intéresser à ça comme ça. Donc si je vous dis que ce que la vierge Marie m’a donné c’est beaucoup parce que la vierge Marie m’a donné beaucoup et je m’en réjouis, j’ai le courage de le dire partout. Et je dis encore, je répète que demain si on me commande des vierges Marie je vais en faire. Des croix même j’en ai fait il y a des jours ou chaque fois je faisais des croix et les gens me disent on dirait que vous n’êtes pas un musulman. Mais,  ici il y a beaucoup de musulmans qui sont là et puis leur cœur n’est pas propre il faut avoir une propreté intérieure c’est ça qui fait le bon musulman, c’est ça qui fait aussi le bon catholique. Mais c’est ça qui fait la bonne personne en un mot qui ne croit en rien sans le bon cœur.

Alors vous, vous faites beaucoup allusion à la vierge Marie, lorsque ça vous arrive de tailler la vierge Marie vous la taillez de la même façon ou suivant vos inspirations ?
Non ! On me donne la photo de la vierge et je fais de la même façon comme votre portrait, je peux faire ça avec les verres tout ça je peux faire ça. Donc je le fais mais ce qu’il faut seulement retenir, c’est que je le fais de bon cœur comme je fais les autres œuvres. Je mets la même volonté que je mets pour les autres œuvres dans ces petites œuvres de vierge Marie parce que c’est demain, aujourd’hui c’est une rencontre d’idées, de technique, d’efforts physiques, d’idées artistiques comme si j’ai pu dire. Mais, c’est demain quand les artistes ne seront plus là que les gens vont se dire bon tiens voilà cet artiste là ce qu’il a fait, il a fait ceci en ce moment le problème d’argent n’existera même plus, parce que ça va dépasser tout ça. Donc voilà pourquoi nous vivons avec amour et vraiment avec joie, les œuvres des artistes contemporains, des artistes qui ne sont plus là, qui nous ont laissé vraiment des choses incroyables. Donc on ne peut pas dire l’artiste avant il n’avait pas ceci ou n’avait pas cela, ce qui compte c’est qu’il y avait des artistes qui n’avaient absolument rien mais leurs œuvres sont comme des milliards là en ce moment.

Vous exposez très peu, sinon rarement à Dakar, pourquoi ?
Mais parce que d’abord les expos en pierre il faut me dire en tant que journaliste où est-ce que vous avez entendu faire ça. D’abord les expos en pierre moi j’en ai connu 2, mais le Rotary était venu près de moi et on a fait une exposition et ensemble ils en avaient fait une avec un artiste qui est décédé qui s’appelait Lamine Guèye. En ce moment c’était à l’hôtel Teranga. Bon depuis lors il n’y a pas un journaliste qui peut te dire voilà moi je suis parti couvrir une exposition de pierre des trucs comme ça, sauf peut-être en 1999-1998. Et cette exposition il y avait les détenus, les artistes en général même les gens pensent que vraiment la pierre celui qui fait ça c’est un Satan, c’est vraiment un peu dans la tête d’une majorité de Sénégalais.

Quel est le lien entre celui qui fait la pierre et  Satan ?
Oui parce que, avant on disait que ce sont les gens taillés par Dieu et alors une majorité de la population venait pour prier auprès de ces dieux-là. Et Dieu a dit qu’il avait banni ces gens-là. Donc si vraiment, il y a une espèce de continuité quelconque les gens vont vous mettre dans la même loge. C’est la raison pour laquelle ceux qui vivent mieux dans cet art se sont ceux qui partent à l’extérieur. Il faut partir à l’extérieur pour vivre mais ce n’est pas au Sénégal en tout cas pour celui qui réfléchit, celui qui n’est pas malade mentalement qui sait d’ores et déjà que l’art ne marche pas en majorité il faut dire.

Je reviens là où vous vous situez sur la Corniche en liaison avec la maison du Président-poète, qui est là, est ce que ce choix est fortuit ou voulu ?
Là vous touchez encore un autre domaine parce que moi je suis un Senghorien donc j’ai aimé Senghor c’est vrai que j’ai raté le train senghorien. Mais, j’ai eu la chance de capter sa langue, c’est-à-dire sa vocalité, une sonorité positive de Senghor. D’ailleurs, c’est ce qui m’a valu d’être un imitateur de Senghor. Et je m’en réjouis, mais je vous dit au commencement il y avait beaucoup de gens qui appréciaient tout ça mais au fil du temps il y a des Senghoriens même qui sont frustrés. Et c’est la raison pour laquelle même quand on m’appelle des fois. J’avais dit que je ne vais plus participer à ces choses-là mais je travaille toujours personnellement sur Senghor. Parce qu’il ne m’a pas seulement permis de revoir ma grammaire et mon vocabulaire mais on m’a canalisé dans une position d’admirateur amoureux de la parole et des rythmes et c’est ce qui m’a valu d’écrire, de faire de la poésie que j’adore, j’ai dit que j’aime la poésie, car la poésie a ses mots et ses mots ont une fondement de beauté rythmique et de sens profond qui s’extériorise pour que le connaisseur y décèle la grande particularité et la joie. C’est comme ça que je suis parvenu à écrire les poèmes et je sens la beauté même des mots. J’aime cette langue française parce que je me suis dit qu’on peut tourner, on peut danser dans cette langue, on peut y faire extraire le fond positif des mots. D’ailleurs, j’ai fait l’éloge de la langue française en disant je ne me poserai pas des questions sur cette belle langue aux yeux bleus à la peau douce et très propre. Je veux dire cette belle langue française que nous partageons et qui dans l’enceinte métissée a su valider le talent des plus incroyables personnes, oui cette belle langue française qui, dans son fond sonore, nous appelle à sa beauté rythmique et son élégance saisissante. Enfin cette belle langue française qui nous réunit ici comme ailleurs comment voulez-vous qu’elle ne soit autre que belle dans sa forme comme dans son fond. Et même j’ai continué en disant en partant de l’amour qui me lie à elle j’ai continué un truc que je ne peux pas dire ici (rires). Mais quelque fois j’ai dit dans cette même vision sur la belle blonde. Voilà pourquoi j’ai dit que la Francophonie doit être le privilège des rapprochements de relations et des correspondances tout en montrant leur diversité élargie remarquée dans la volonté de chaque personne. Ça je l’ai dit et je suis allé jusqu’à dire que le français ignorant la noblesse de sa langue n’a peut-être pas eu le temps de se poser des questions sur les pièces jointes pour constituer sa composition et dont la vastitude nous cache encore et encore certains morceaux qui font ses éloges. Donc c’est pour vous dire que c’est tellement vaste, c’est une mer qui ne tourne pas. Moi je me réjouis quand même d’approcher Senghor, de battre même pour que ses œuvres ne disparaissent pas. Je ne me sers pas de Senghor mais je sers Senghor et c’est le contraire pour de nombreuses personnes qui se servent de Senghor mais qui ne servent pas Senghor.

Vous avez fait publier vos poèmes ?
Non j’en ai parce que quand j’ai proposé à un qui pouvait le faire bien sûr Amou Lamine Sall vous le connaissez bien il me dit oui vraiment tu as un don. Mais ces œuvres ont fini dans ses tiroirs. Et pourtant moi j’avais quand même gardé les originaux pour pouvoir quand même les faire en France mais je suis de toute façon sur cette lancée je vais faire ça. J’aime vraiment la poésie même à partir de ce que j’ai écrit, j’ai écrit. Oui à partir de j’ai écrit, j’ai écrit sur les bancs verts où sentent ta douceur la voix des temps. J’ai écrit dans les vallées grises aux vielles pierres noires. J’ai écrit dans le silence nocturne qui monte. (…) J’ai été dans le crépuscule des journées d’espoir. Donc vous voyez j’ai fait pas mal de choses et je le dois à Senghor. Quand j’ai vu que beaucoup de gens étaient là, ils veulent même enterrer les œuvres de Senghor je me suis rabattu encore sur mon chemin personnel et je continue mon amour sur Senghor, mon amour pour la langue française et je continue ou je vais peut-être terminer la nature pourrait prévoir ça. Mais moi je crois que ce serait positif quand même.

Vous avez fait énormément d’œuvres. Alors lorsqu’on dit par exemple que vous êtes sur les traces de Ousmane Sow le regretté, comment vous le prenez ?
Je l’ai tout à l’heure dit je l’ai souligné en disant qu’il y a le modeleur, donc lui faisait du modelage. Que la terre lui soit légère, mais je ne veux pas trop parler de ce domaine parce que j’y connais beaucoup de choses et que certaines personnes avec qui s’entrainait le grand Sow ne peuvent peut être imaginer de quoi je parle mais bon je préfère quand même rester sur ma ligne de conduite et essayer de conduire mon troupeau d’idées.

Vous évitez de parler d’Ousmane Sow ou de son œuvre ?
Non pas de son œuvre il a fait de très belles choses c’est normal. Mais ce que je vais brosser un peu, c’est regrettable pour de grandes personnalités je dis en un mot de grandes personnalités africaines qui ne parviennent pas dans leur domaine à ouvrir des structures de continuité. C’est regrettable pour l’Afrique. Parce que avec le cas que vous venez de me dire, c’est une crevaison qui ne va jamais avoir des roues encore de secours. Et ça je l’avais vu depuis longtemps, moi je suis en train d’imaginer ce qu’il faudra faire si la vie me le permet et effectivement je ne souhaite pas avoir l’âge que certaines personnes avaient avant de mourir bien sûr. C’est-à-dire être très âgé et ne pas pouvoir réaliser cette brèche de continuité pour les générations à venir parce que quel que soit Alpha on va livrer le flambeau à ceux qui vont venir. Parce qu’on arrivera à un moment où on ne pourra rien faire. Mais on pourra se régaler de ces idées qui ont été produites par ces propres volontés pour les générations à venir et moi je pars de ce domaine, bon que la terre lui soit légère je pense que c’est le plus regrettable de ces personnalités artistiques.

C’est une façon de dire qu’Ousmane Sow ça a été toute une bibliothèque brulée qui est partie et que rien n’est restée ?
Sachant que la chance de l’artiste c’est que les œuvres demeurent et je ne vais pas dire tout ça qu’il est parti la bibliothèque a brulé non ce proverbe épargne certaines personnes. Les artistes qui font une création qui vont pour des pérennités ne sont pas concernés et lui il a fait quelque chose, qui sera certainement traité toujours pour que ses œuvres vivent plus longtemps, je ne vais pas dire qu’il a disparu avec tout ça. Le moins qu’on puisse dire c’est la continuité de ses œuvres est… S’il avait des élèves, un endroit où travaillait pour continuer cette grande marque qui s’appellera Sow.

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