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Au bout de treize (13) ans d’études, les élèves au Sénégal passent le Bac, seul sésame viable pour l’enseignement supérieur. C’est un moment on ne peut plus particulier, des parents anxieux voient à travers les résultats de leurs enfants leur propre succès ou échec, c’est selon. La communauté, qu’elle soit villageoise ou citadine, attend avec intérêt les résultats de ses dignes fils en qui ils espèrent un avenir radieux pour le bien-être de tous. En effet, un adage wolof le dit bien : «Un fils qui réussit est la propriété de tous, mais celui ou celle qui échoue est le bien exclusif de sa propre mère.» L’examen à ce stade devient une affaire de quartier, le regard lourd du voisin pèse sur les candidats et leurs parents. C’est ainsi que les bonnes dames rivalisent en fonction de leur émotivité ou de leur compétitivité. Le charlatan du coin est visité nuitamment pour des prières, les marabouts sont consultés, les mânes sont invoqués, les génies sont priés, le Prophète et Dieu le Tout-puissant constamment sollicités pour le succès de leurs enfants.
Le rationnel devient irrationnel et la peur gagne les cœurs. Un simple examen que passe avec brio un élève moyen et passable devient un enjeu au point de perturber la quiétude psychologique des candidats, de leurs parents et même des enseignants responsables de la préparation des candidats.
Cette situation est la porte ouverte à toutes les dérives : corruption, piston, triche et j’en passe pour faire passer des candidats sans mérite et se donner bonne mine à travers son entourage «infernal».
La mission et la vocation première du système éducatif c’est, outre le savoir théorique et savoir-faire pratique à inculquer aux élèves, de transmettre et de véhiculer les valeurs cardinales qui font de nous des homo-senegalensis imbus de notre culture, fiers de notre modus vivendi (manière d’être) caractérisé de «jub» (justesse) «fula» (respect de soi-même), «fayda» (le sens de l’honneur), de «jom» (de la dignité), «bagne gacce» (refus de toute situation honteuse) et j’en passe …
Cette fraude industrielle, cette tricherie à grande échelle qui portera pour longtemps le discrédit sur la fiabilité du Bac sénégalais, sur la qualité  des enseignements dispensés au Sénégal et sur la probité des examinateurs est de nature à insulter l’intelligence des Sénégalais et des acteurs que nous sommes.
C’est aussi une manifestation de la crise extrême des valeurs au Sénégal. En effet, le vol, le mensonge, la triche et la corruption ne sont-ils pas érigés en règle ? Certains, assez nombreux du reste, censés donner l’exemple, sont les premiers à se distinguer dans de basses besognes. Ils sont sportifs, chanteurs, politiciens, marabouts, enseignants… Dans de pareilles situations, que font les apprenants ? Ils singent, d’autant que l’impunité, le copinage et le «massala» sont les pratiques les plus courantes de notre société hypocrite. Il existe une foultitude d’expressions qui traduisent cet état d’esprit «affaire bi ay door la», «ay lidjenti là» etc.
Au nom de l’Eqpt (Education de qualité pour tous) et de la qualité tant recherchée dans le cadre des différents programme mis en œuvre par l’Etat dont notamment le Paquet (Programme pour l’amélioration de la qualité de l’équité et de la transparence), la Coalition nationale des Ong, Osc et syndicats lance un appel impératif et urgent pour que la lumière se fasse et que toutes les responsabilités soient situées afin que des mesures idoines et intelligentes soient prises pour plus jamais de fraudes ou fuites dans notre école.
Toute négligence aux préjudices et conséquences lourdes de la part des acteurs est à sanctionner.
Thierno Abasse DIALLO
Secrétaire général
Coalition nationale
éducation pour tous (Cnept)
Iday / Sénégal
abathiernodiallo@yahoo.fr

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