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Dans une précédente contribution nous revenions sur l’oubli dont sont victimes des personnages qui ont marqué notre histoire.
Il me plaît ici de revenir sur l’une de ces figures historiques : Baïdy Kathié Pam.
Il y a 130 ans que disparaissait, à la fleur de l’âge, ce jeune non moins valeureux fuutanke, exécuté par la force d’occupation coloniale française. Son tort ? Le refus de la soumission.
En effet, recruté avec d’autres jeunes du pays pour aller combattre Abdoul Bokar, le seul résistant qui continuait encore à tenir tête à la puissance coloniale française, il prit vite conscience de l’absurdité de la mission et essaya de sensibiliser ses compagnons. Son comportement fut alors rapporté au Commandant Abel Jandet qui était à la tête de l’expédition. Convoqué pour s’expliquer, il abattit, dans un geste désespéré, le malheureux Jandet. Posant ainsi un acte héroïque difficile à égaler. Il fut alors condamné à mort et exécuté, pour l’exemple, le 10 septembre 1890 sur la place publique de Podor.
Cependant, il semblerait que la volonté des colons à en finir avec ce jeune téméraire qui a eu l’audace de s’opposer à leur dessein, aurait conduit à la négation du corps de ce brave fils du Sénégal et du Fuuta.
Cette pratique qui consiste à effacer toute trace de passage sur terre de l’ennemi vaincu est assez fréquente dans l’histoire et les exemples foisonnent. Le jeune ajoor Jeeri Joor Ndella, le grand résistant malinké Samory Touré, ou encore le bouillant Premier ministre congolais Patrice Lumumba ont tous connu la même fin tragique. Les fouilles dans un cimetière de la capitale burkinabè n’ont permis, jusque-là, à retrouver qu’un T-shirt qui aurait appartenu à Thomas Sankara, le leader de la révolution du Faso. Les cas de ben Laden, Kadhafi ou d’al-Baghdadi sont là pour allonger la liste. Le but était d’éviter que leurs tombeaux ne deviennent des lieux de pèlerinage ; ce qui pourrait susciter quelques velléités de rééditer leurs exploits.
Pour revenir à Baïdy Kathié, il est regrettable de constater que l’objectif de ses bourreaux de l’effacer de nos consciences a largement été atteint si l’on sait que très peu sont ceux qui connaissent son existence. Sa vie fut éphémère mais très accomplie. Il est plus qu’urgent de le réhabiliter, lui et toutes ces figures qui ont fait notre histoire.
Pour avoir récemment proposé à un de nos étudiants un sujet de mémoire de Master 21 portant sur lui et mené cette recherche jusqu’au bout, nous nous sentons, pour notre part, fier et très honoré d’apporter notre petite contribution à cette entreprise ô combien gratifiante.
Baïdy Kathié et les autres ne méritent pas le sort qui est le leur aujourd’hui ; leurs histoires doivent être exhumées et transmises pour servir d’exemples à notre jeunesse en panne de repères.
Cheick SAKHO
Enseignant-chercheur (Ucad)

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