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Les taux de croissance du Pib étaient toujours en hausse constante depuis 2014. Cette dynamique vient d’être interrompue avec la publication des chiffres de 2016, qui sont donnés à la baisse. La révélation jette une ombre inquiétante sur les prévisions de croissance de 2017 et 2018, qui pourraient aussi être sévèrement retoquées.

Les débats sur les chiffres du taux de croissance ne semblent pas disposés à prendre fin de sitôt. L’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) a revu à la baisse les taux qui avaient été annoncés jusqu’à ce jour, à savoir 6,5%. Les statisticiens de l’Etat ont retoqué le chiffre à 6,2%, soit une chute de 4 dixièmes de point. Insignifiant à l’échelle humaine, mais si important en termes de données de production pour un pays.
Bien sûr, les techniciens ne présentent pas les chiffres comme étant à la baisse. Dans les «Résultats des comptes nationaux rénovés» que vient de publier l’Ansd pour 2016, en présentant le chiffre du taux de croissance, les techniciens déclarent que «cette progression de l’activité économique s’explique par le dynamisme du secteur tertiaire (6,4% contre 3,3% en 2015). Toutefois, elle a été amoindrie par le léger ralentissement des secteurs primaire (5,4% après 10,4% en 2015) et secondaire (4,9% contre 9,8% en 2015)».
Néanmoins, ces chiffres de l’Ansd sont très instructifs. D’abord, étant des chiffres consolidés, donc définitifs, ils pourraient être difficilement remis en cause, ensuite, ils viennent comme un signal d’alarme pour les pouvoirs publics. Depuis que le Plan Sénégal émergent (Pse) a été mis en œuvre, c’est la première fois que le pays connaît des taux de croissance en dents de scie. Depuis 2014, la croissance du Sénégal est en hausse régulière, au point que pour l’année écoulée, les données tablent sur 6,8%, pour enfin, au cours de cette année, dépasser les 7%. Or, le document de l’Ansd montre que le Pib de l’année 2016 était en baisse par rapport au taux de l’année qui l’a précédé, et qui était, selon leurs calculs, de 6,4%. L’ironie est que, en leur temps, les services du ministère de l’Economie, des finances et du plan avaient arrêté leurs prévisions au modeste niveau de 6,3%.
Comme c’est indiqué plus haut, cette baisse s’explique dans le document, par les contre-performances des secteurs primaires (agriculture) et du secteur secondaire (industrie). Le paradoxe est que, s’agissant du secteur de l’agriculture, depuis l’arrivée du ministre Papa Abdoulaye Seck, le Sénégal n’a jamais affiché des chiffres aussi triomphalistes en ce qui concerne ses productions. Malheu­reusement, c’est aussi la période où l’on note une grande extension des zones d’insécurité alimentaire. Certains diront que les deux n’ont pas nécessairement de relation de cause à effet, mais…
Interrogées sur les corrections apportées par l’Ansd, des personnes proches du Fmi n’ont pas trouvé d’explication, indiquant que le gouvernement du Sénégal n’a pas encore communiqué sur cette baisse loin d’être anodine. Quant aux services du ministère de l’Economie, des finances et du plan, elles ont été obligées de constater que «les chiffres de l’Ansd sont bien plus fiables que ceux de la Dpee, qui elle ne fait que de la prévision». Tout ce monde a dû convenir que cette correction des chiffres de 2016 pouvait avoir pour conséquence, de revoir également à la baisse les taux jusqu’ici pérorés, pour 2017 et 2018. Or, depuis 2014, le Sénégal a convenu avec le monde entier que pour que les effets du Pse puissent être ressentis par toutes les couches de la population, la croissance du Pib doit se stabiliser sur plus de 7% pendant un minimum de dix ans.
mgueye@lequotidien.sn

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