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Le directeur de Timbuktu Institute déplore les «insuffisances» dans la gestion des conflits dans le Sahel particulièrement au Mali et dénonce leur instrumentalisation, qui est source de violences entre les communautés dogon et peule.

«Les solutions militaires n’ont pas été bonnes pour régler le problème au Mali.» Ce constat de Bakary Sambe, directeur de Timbuktu Institute, montre que les forces françaises n’ont pas pu éliminer les groupes terroristes, qui se sont multipliés au Nord, au Centre du Mali et ont débordé sur d’autres pays comme le Burkina Faso et le Niger. Il s’est aussi interrogé sur la «pertinence» de la présence des forces onusiennes, qui n’ont pas réglé cette problématique sécuritaire dans leur mission de stabilisation du pays. «Aujourd’hui, il y a un paradoxe : les populations constatent de plus en plus la présence des forces étrangères militaires mais elles vivent de moins à moins en sécurité. Ceci nous amène à un véritable fossé entre la conception internationale du conflit sahélien et les populations locales», déclare M. Sambe, qui s’exprimait lors du séminaire régional sur les Coopérations sécuritaires au Sahel à l’heure des conflits intercommunautaires. Ces conflits intercommunautaires dont l’une des causes, d’après le fondateur de Timbuktu Institute, découle de «l’instrumentalisation religieuse» par certains chefs de groupes armés au Sahel en l’occurrence Abou Walid al-Sahraoui, chef de l’Etat islamique au grand Sahara (Eigs), «qui avait compris qu’il suffisait désormais d’exploiter les conflits intercommunautaires, de leur mettre un habillage religieux pour attirer l’intervention occidentale». Ce n’est pas tout : il dénonce l’«instrumentalisation politique» de la lutte, qui a conduit  «les acteurs politiques, dans la faillite de la politique sécuritaire au Mali, à utiliser les milices dogons contre les présumés djihadistes peuls alors que ceux qu’on présente comme étant des groupes ethniques du Mali n’ont jamais eu de divergences ethniques».
Bakary Sambe a par ailleurs dénoncé ce qu’il appelle une «inégalité dans la gestion et dans le contrôle de l’information». Pour lui, les pays frappés par des attaques terroristes sont placés en zone rouge et «on conseille aux gens de rester chez eux mais en 2018, la France a eu plus d’attentats. Pourtant le Mali a été placé en zone rouge et Paris non et dans le discours des responsables politiques, on dit aux gens qu’il faut sortir, continuer à consommer, ne pas céder à la peur». Compte tenu de toute cette analyse de la situation dans le Sahel, il appelle à une «discussion beaucoup plus élargie» au prochain forum de Dakar sur la paix et sécurité entre les partenaires africains et occidentaux sur «la définition et la classification des faits». Mais aussi «servir de cadre de dialogue autour des nouvelles orientations de cette coopération sécuritaire pour la rendre beaucoup plus efficace».
Stagiaire

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