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Pour efficacement lutter contre le terrorisme, Dr Bakary Sambe préconise une approche holistique qui va coupler prévention, intervention, intégration et réconciliation.

Le Sénégal a arrêté et jugé ses premiers présumés jihadistes cette année. L’imam Alioune Badara Ndao et Cie, qui attendent le verdict du Tribunal prévu le 19 juillet, risquent la main lourde de Dame justice. Sans spécifiquement citer cette affaire, Dr Bakary Sambe fait savoir que l’approche pénale n’est pas toujours la solution pour lutter contre les islamistes. «Prévenir une personne avec déjà des idées extrémistes, c’est plus difficile. Cette personne a pratiqué les armes et rejoint des groupes. Nous devons réfléchir déjà à des dispositifs, parce que la prison n’est pas la seule solution. Il faudrait aussi penser à la réintégration», a déclaré le directeur du centre de recherches Tim­buktu institute hier lors d’un séminaire post-Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité.
Jusque-là et il l’a rappelé, la solution militaire a montré ses limites. Les cas de l’Afghanistan, le Nord Mali et le Nigeria rappellent que les armes n’ont jamais tué une idéologie. Pour Dr Sambe, il faut une «approche holistique» qui va allier prévention, intervention, intégration et réconciliation. Une méthode qui mettra à contribution la famille, le gouvernement, la communauté et la société civile. Pour cela, le monde religieux est appelé à donner sa contribution, mais encore faudrait-il que l’Etat en fasse la demande. «C’est à l’Etat de bien formuler ses attentes par rapport aux hommes religieux puisqu’il est chargé de la sécurité publique. Un maître coranique peut être plus influent qu’un imam dans un quartier. Si on ne connaît pas ces détails, on peut travailler avec un homme qui veut juste de la notoriété et qui n’incarne rien du tout en termes de légitimité et de pouvoir d’influence», explique Ahmadou Makhtar Kanté, imam et chercheur.
Impliquer l’imam de la sorte nécessite, selon lui, de changer la perception d’une bonne partie de l’opinion à l’égard des religieux. Il dit : «L’imam est quelqu’un d’intelligent avec des choix. Il regarde la télé et est présent dans les réseaux sociaux. Il faut se débarrasser de cette idée faisant de l’imam quelqu’un qui est dans son coin avec son chapelet et le Coran. Il est dans le monde et a des opinions publiques et non publiques.» Cependant, «si vous réunissez des imams pour leur parler français alors que la plupart d’entre eux connaissent l’arabe et la langue locale de leur terroir, il y aura des problèmes», prévient M. Kanté.
«Il ne faut pas que l’imam attende que l’Etat lui dise cela. L’imam est responsable. Vous avez une responsabilité énorme et vous devez jouer ce rôle sans attendre l’Etat», corrige Dr Bakary Sambe, se tournant vers l’imam Kanté.

bgdiop@lequotidien.sn

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