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En septembre 1958, en disant «Non» au Général de Gaulle, Sékou Touré fit entrer la Guinée dans l’histoire. Ses successeurs, des hommes médiocres, l’ont fait sortir de l’histoire et le troisième mandat de Alpha Condé est le parachèvement de la sortie de la Guinée de l’histoire. Non seulement la Guinée est sortie de l’histoire, mais elle-même sortie du présent et de l’actualité. Autant les élections et les tensions au Mali, en Côte d’Ivoire ou au Sénégal intéressent l’Afrique et le monde, autant les agitations politiques en Guinée relèvent d’un huis clos national. C’est pourquoi les Guinéens de Dakar, de Paris ou de Washington, qui manifestent dans ces capitales pour attirer l’attention de ce qu’on appelle l’opinion internationale, se trompent de stratégie et de combat en voulant braquer l’opinion internationale sur un pays qui a disparu des radars et qui n’intéresse personne. Le «Dadis show» avait sa place dans l’actualité parce qu’il nous faisait rigoler. C’était une tragi-comédie, alors que la mégalomanie et la paranoïa de Condé sont tragiques. Comme le dit bien le livre de Senen Andriamirado, Le héros et le tyran, Sékou Touré a été d’abord un héros africain avant de sombrer dans la tyrannie à cause des complots imaginaires. Condé aussi a été un héros pour sa constance dans l’opposition à tous les régimes, de Sékou Touré à Dadis, avant de devenir mégalomane et paranoïaque en ressuscitant l’imaginaire complot peul. L’alibi du complot peul est le seul dénominateur qu’il partage avec Sékou Touré. Sékou Touré avait une haute idée de la Guinée et de son rang sur le continent. Condé a une haute idée de sa personne. Avec Sékou Touré, la Guinée comptait sur l’échiquier continental et sa voix se faisait entendre, alors que maintenant la Guinée a disparu des radars pour être remplacée par les anecdotes et les excès de manque de retenue de Condé. C’est pourquoi la paranoïa de Condé sur le complot peul dépasse largement celle de Sékou Touré qui limitait ce complot à la Guinée, alors que Condé le transpose en Afrique de l’Ouest ; d’où son hostilité envers les Présidents Macky Sall et Embalo. Ce qui constitue un grand handicap pour la diplomatie du bon voisinage et la théorie senghorienne de l’Unité africaine par cercles concentriques. Organiser une cérémonie d’investiture en l’absence de ses principaux voisins est la meilleure preuve de l’isolement de la Guinée dans la sous-région et sa disparition des grands enjeux du continent, comme la lutte contre le terrorisme. La Guinée de Sékou Touré qui était à l’avant-garde politique en 1958 est devenue une «illusion de l’arrière» avec Condé et son 3e mandat, et qui sera naturellement tenté par un 4e, car il ne lui sera pas difficile de trouver un constitutionaliste pour dire que le 3e mandat est en fait un 1er mandat avec la nouvelle Constitution. C’est une hypothèse très sérieuse, car Condé peut difficilement concevoir un autre Guinéen occuper le haut du pavé. Avec cette mentalité, la seule solution est la Présidence à vie, entrecoupée d’élections qui ne sont que de simples formalités pour re-légitimer et donner un emballage légal à un pouvoir personnel.

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