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Je vous entretenais la semaine dernière de la situation en Casamance qu’on peut résumer en quelques points. Premièrement : l’Armée a gagné la paix, mais les politiques n’ont pas encore gagné la paix. Deuxièmement, la paix ne viendra que quand le président de la République aura le courage politique d’offrir une porte de sortie honorable au Mfdc dont le combat n’a pas été vain, car nous ayant permis de repenser le contrat social national sénégalais. On est passé de Nation une et indivisible à Nation plurielle, mais indivisible, avec la fin de l’hégémonie islamo-wolof. Aujourd’hui, quand on cite les héros du Sénégal, on cite naturellement Lat Dior, Alboury Ndiaye et Aline Sitoé. Le «et Aline Sitoé» est fruit du combat du Mfdc et la reconnaissance de l’idée de Nation plurielle. Cette porte de sortie honorable est une condition sine qua non, malgré les investissements massifs qui sont essentiels dans le retour de la paix, mais qui ne sont pas une condition essentielle.
L’une des grandes idées du Mfdc était de créer le Gabou, une entité politique qui regrouperait Banjul, Bignona et Bissau. C’est une bonne idée que le Sénégal peut reprendre à son compte, mais sur le plan économique. La Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes) en avait déjà défini les contours lors de ses journées économiques du Sud (Ziguinchor, Sédhiou et Kolda) en invitant la Gambie et les deux Guinées. La meilleure intégration se fait par l’économie et la démocratie. En cela, le modèle de l’Union européenne est un excellent exemple. Il est communément admis que les démocraties préfèrent la coopération et le business à la tension et au conflit ; d’où l’adage «les démocraties ne se font pas la guerre». Le Sénégal a aidé la Gambie à revenir à la démocratie et veille sur la démocratie à Bissau. Après la démocratisation chez nos voisins, l’économie doit faire le reste. A la fin de la seconde guerre mondiale, après des siècles de conflit, les Européens décident de substituer l’économie à la guerre comme mode de régulation de leurs relations. Depuis, l’Europe vit la plus longue paix de son histoire. Un autre exemple pourrait être le Sénégal et la Gambie. Le Sénégal est la plus vieille démocratie du continent et la Gambie est redevenue une démocratie grâce au Sénégal, et la Guinée Bissau s’agrippe au train de la démocratie. Il est temps de substituer l’économie à la méfiance et à la tension comme mode de régulation de nos relations. Le pont de Farafegny va booster les échanges économiques non seulement entre le Nord et le Sud du Sénégal, mais aussi entre le Sénégal et la Guinée Bissau, dont Ziguinchor est devenue le second aéroport. La Casamance aussi est un pont naturel entre la Gambie et la Guinée Bissau. La Casamance étant notre avenir, donnons-nous les moyens de notre avenir en faisant de Diaobé un des plus grands marchés de la sous-région, une des plus grandes villes de la sous-région ! Ce que Dakar a été pour l’Afrique de l’Ouest pendant la colonisation, Diaobé doit l’être pour l’intégration sous régionale. Après Diamniadio, Diaobé doit être la priorité. Ce processus d’intégration par l’économie est déjà très avancé, avec la Senelec qui fournit de l’énergie à la Gambie et peut-être bientôt à la Guinée Bissau. Les démocraties ne se faisant pas la guerre, le Sénégal doit cultiver l’intégration économique avec ses voisins et dans cette nouvelle phase, l’investisseur sénégalais doit venir après l’ère des diplomates et des soldats qui, soit dit en passant, devront mettre autant d’énergie à protéger la forêt qu’à combattre le Mfdc pour éviter une «sahelisation» de la Casamance. Le prochain théâtre où l’Armée doit affronter le Mfdc devra être celui du reboisement. Quel noble et grand combat ! Pour ce combat, ce ne sera pas un face-à-face, mais la main dans la main.
Extrêmes droites de tous les pays
«Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !» Cette célèbre phrase de Karl Marx conclut le manifeste du Parti communiste et a été à l’origine d’une véritable internationale. Aujourd’hui, on semble assister à une sorte de «Extrêmes droites de tous les pays, unissez-vous !» contre la mondialisation. Cette percée des droites partout dans le monde (Etats-Unis, Brésil, Italie, Hongrie…) montre les limites d’une certaine conception de la mondialisation, notamment celle de Francis Fukuyama. En lieu et place d’une uniformisation, nous assistons à la résurgence des identités primaires. La question primaire de l’identité l’emporte sur l’universalisation de certaines valeurs. Dans son livre Le Lexus et l’olivier, Thomas L. Friedman définit la mondialisation comme un va-et-vient permanent entre ce qu’il y a de plus moderne (la Lexus) et ce qu’il y a de plus archaïque : l’olivier, l’arbre de la Bible. Nous avons été très loin dans ce qu’il y a de plus moderne avec les iPhone, Google, Facebook et WhatsApp, mais malheureusement ces outils de modernité n’ont pas réussi à effacer les identités primaires. Au contraire, ils en sont les vecteurs. Donc après des décennies d’ouverture triomphante, nous assistons au reflux avec Trump et son mur, Bolsonaro avec l’apologie de la torture, et Salvini et Orban qui rêvent d’une Europe fermée, avec une Méditerranée qui serait non plus un pont entre les Peuples, mais une frontière ou un cimetière pour les desperados de la terre.

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