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«Gouverner c’est prévoir, mais défendre c’est prévenir», nous dit Henry Kissinger. En implantant un camp militaire à Goudiry, l’Etat du Sénégal met le curseur sécuritaire au-delà du «prévoir», pour le poser sur le «prévenir». Rien qu’en regardant une carte, on comprend facilement que le camp de Goudiry a vocation à servir de verrou au cas où nous serions amenés à mener la guerre de l’Est, au cas où le Mali s’effondrerait de nouveau et qu’il n’y aurait pas l’Armée française pour stopper les hordes jihadistes. Les opérations Serval et Barkhane ont donné au Sénégal un sursis stratégique. L’Etat qui n’avait pas compris que l’intervention française était un sursis stratégique a tardé à prendre conscience que les menaces futures viendraient de l’Est. Mais avec le camp de Goudiry, l’Etat a enfin ouvert les yeux. Mieux vaut tard que jamais ! Le Sénégal s’en est très bien sorti avec les guerres du Sud (Casamance, Gambie, Guinée Bissau), mais doit se préparer à celles de l’Est, avec ses deux acteurs sur la scène internationale (le diplomate et le soldat).
Ce jeudi, le Président Macky Sall va faire le diplomate à Bamako pour aider à trouver une solution politique à la crise. Mais auparavant, il fait son devoir de chef des Armées en ordonnant la construction du camp militaire à Goudiry. Gouverner c’est prévoir. Prévoir pour le Sénégal, c’est tout faire diplomatiquement et militairement pour éviter l’effondrement du Mali qui est notre dernier rempart face aux hordes jihadistes qui n’ont jamais caché leur intention de marcher vers l’Atlantique. Prévenir c’est se préparer à affronter ce scénario catastrophe. Le Sénégal est à peu près dans la même situation que l’Angleterre au début de la seconde Guerre mondiale. Churchill, qui avait compris que la France était le dernier rempart contre les hordes nazies, a tout fait sur le plan militaire (corps expéditionnaire) et sur le plan politique (proposition d’union entre les deux pays) pour éviter l’effondrement de la France. Après la débâcle de Dunkerque, il s’est donné les moyens militaires de résister à la machine de guerre nazie. Aujourd’hui, éviter l’effondrement du Mali est le premier problème de sécurité nationale du Sénégal, car cela entre dans le cadre d’une logique de défense préventive qui veut qu’on n’attende pas les jihadistes à nos frontières, mais les contenir au Mali, c’est-à-dire aider les Maliens à les contenir.
Aider le Mali, c’est renforcer notre propre sécurité, ce n’est pas de l’altruisme sécuritaire. L’expression «Quand la case du voisin brûle, il faut l’aider à éteindre l’incendie» n’a jamais eu autant de sens pour nous. La case du Mali se consume militairement et politiquement, apportons des seaux d’eau pour aider à éteindre l’incendie, mais cherchons aussi à circonscrire l’incendie en nous préparant aux guerres de l’Est ! Dans le Sud, l’Armée est en train de gérer une violence résiduelle, mais la marche vers la paix est irréversible. Cette paix qui fera de la Casamance, de la Gambie et de la Guinée Bissau une zone de coprospérité. La guerre du Sud a été gagnée, celle du Nord n’a pas eu lieu et n’aura pas lieu grâce au pétrole et au gaz qui nous lient à la Mauritanie. Préparons celle de l’Est, et le camp de Goudiry est un grand pas dans la bonne direction, car c’est la preuve que l’hypothèse de la guerre de l’Est a dépassé le stade de spéculation stratégique pour devenir une menace.

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