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Je me permets une petite incursion dans le foot qui n’est pas ma passion. Ma culture en la matière est fort squelettique. Donc, je vais me prononcer sur l’accueil des Lions en me fondant sur le sens de l’histoire et surtout dans l’histoire, ce qui fait bouger les Peuples, c’est-à-dire ce déclic qui permet de mobiliser les énergies individuelles vers un projet collectif rendant l’impossible à portée de main. En 1940, après la débâcle française face aux troupes nazies et face au désespoir général devant l’inégalité du combat entre l’Alle­magne et l’île d’Angleterre, Churchill refuse de capituler car, dira-t-il plus tard, «les Nations qui capitulent ne se relèvent jamais, alors que celles qui tombent les armes à la main se relèvent toujours». Après la défaite du Caire, le Sénégal avait deux choix : baisser les bras et capituler ou se redresser. Le Peuple de Dakar qui a accueilli spontanément les Lions, très surpris, a tranché. Le Peuple estime que les Lions qui sont tombés les armes à la main doivent se relever et a tendu la main aux Lions pour les relever.
Le Sénégal s’est déjà relevé et n’a pas de temps à perdre pour préparer la prochaine bataille. Oublions les deux désillusions du Caire (1986 et 2019) et concentrons notre énergie sur les prochaines batailles ! «Je n’ai pas besoin d’espoir pour entreprendre ni de réussite pour persévérer», disait Guillaume d’Orange. C’est aussi valable pour les grandes Nations. Quand une Nation a comme leitmotiv cette sagesse profonde de Guillaume d’Orange, elle ne compte pas sur la chance pour gagner, mais sur la volonté inébranlable qui pousse à toujours se relever, quelle que soit la déception. L’émergence, c’est avant tout de la volonté, mais aussi une confiance en soi. Avoir un Sénégalais à la tête de l’Equipe et qu’il aille plus loin que la plupart des sorciers blancs est une excellente chose pour notre fierté nationale. Le Sénégal et l’Algérie, les rares équipes qui n’ont pas fait le choix des sorciers blancs, sont les premiers. Cela veut dire qu’on gagnerait plus à croire en nous-mêmes. Un coach qui réussit à nous ramener en finale, 17 ans après, a quand même du mérite. Aliou Cissé est victime de la haine de soi qui fait que dans l’économie, comme dans le sport, on opte toujours pour la préférence étrangère.
Cette haine de soi qui rend acceptable qu’on puisse payer le double à un sorcier blanc qui ne fait aucun résultat et que pour un Sénégalais qui fait des résultats, on traîne les pieds pour qu’il ait la moitié. Si le Sénégal parvient à maintenir l’ardeur patriotique de ces dernières semaines, on aura gagné plus que la Coupe. Cette ardeur patriotique peut déplacer des montagnes. Et on en a beaucoup à déplacer. Cette frénésie patriotique montre que les Sénégalais aiment leur pays et croient en leur pays, malgré le «harcèlement paradoxal» ambiant et quotidien comme le «Sénégal dou dem» ou «affairou Sénégalais la». Le harcèlement paradoxal, ce Sénégal bashing s’explique par le contraste entre la passion pour le pays, la grande ambition qu’on nourrit pour le pays et l’absence d’exemplarité des élites. Face à la défaite, le coach, en parlant à ses hommes, s’est comporté en chef et un grand chef, comme dit Napoléon, est «un marchand d’espérance». Les Sénégalais qui sont sortis pour spontanément accueillir les Lions sont acheteurs de cette espérance, préférable aux discours des Cassandres sur la malédiction. Les Lions n’ont pas la chance, mais ils ont aujourd’hui quelque chose de supérieur à la chance : la volonté.

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