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«Si le paysage politique était fort, je ne serais pas là. Je suis la conséquence de la faiblesse générale du système.» Cette phrase que Emmanuel Macron a adressée à Cécile Amar, grand reporter à l’Obs (France), peut s’appliquer, pas comme un fait, mais comme une alerte dans mon parti, l’Alliance pour la République (Apr), au pouvoir. Le parti va mal. Le dire, c’est une répétition, le constat étant palpable, visible, car apparent.
Le pouvoir peut corrompre des relations, créer des inimitiés, parfois celles dont on n’a pas besoin. Pour rappel, l’Apr, notre parti, est né d’une accumulation de frustrations, d’injustices et d’isolements subis par des hommes et des femmes qui se sont ensuite organisés pour résister, continuer à exister et aller à la conquête du pouvoir de manière démocratique. Un programme a été validé en 2012, Macky Sall élu Président.
Entre 2012 et aujourd’hui, des relations se sont altérées, de nouvelles sont nées et enfin certaines se sont fissurées. On n’a pas besoin d’une loupe pour constater les «objets» de la regrettable cassure. Macky Sall (s’) est isolé. Macky Sall (s’) est renfermé sur lui-même avec des privilégiés qui n’écoutent pas, donc n’entendent pas les voix discordantes, utiles, parce que nécessaires à la correction des erreurs et à la protection des relations.
Dans nombre de pays au monde, notamment en Afrique, les partis de gouvernement connaissent des défaillances, de sérieux dysfonctionnements et une carence de cohésion. Les méfiances naissent, les défiances font surface et les rebellions dans les partis sont monnaie courante. Aujourd’hui, notre formation se caractérise par son incapacité à se mettre en ordre et sa dangereuse propension à se diviser.
Cette posture nous fragilise et nous menace, car «dès lors que les structures partisanes traditionnelles montrent de la faiblesse, les personnages transgressifs ont beaucoup plus de liberté pour parvenir à leurs fins, pour mener à bien leur stratégie», a reconnu François Hollande en 2017, (in La Fabrique du Président : Enquête sur une ascension fulgurante, Cécile Amar, P 266).
Etouffer les avis contraires au profit d’«une idéologie mainstream», courant de pensée unique, direction à sens unique, management à «l’enfermé», rejeter la parole opposée, sanctionner ou marginaliser à tout bout de champ me semble contreproductif. On se tire des balles dans les pieds. On se crée des «courants» qui risquent d’emporter ce que nous avons encore comme force de résistance aux chocs.
Dans un échange dur que j’ai eu avec un ami sur Facebook, il m’a confié que le vrai débat qui mérite d’être posé, c’est la source des toutes ces frustrations qui engendrent les crises (à ne pas négliger) qui naissent. Il conclut que c’est «l’inaccessibilité du Président, de certains ministres et d’autres responsables nationaux ou régionaux». On ne communique pas dans le parti. Il y a un usage excessif des «instructions».
Le Président a ouvertement affirmé que ceux qui s’adressent à lui par les médias ne lui parlent pas, parce qu’il ne les écoute pas. Toute personne confrontée à une telle censure développe sa stratégie de résistance, souvent nuisible à l’image du parti. J’ai été déçu par le propos maladroit de Abdou Mbow, affirmant que Moustapha Diakhaté ne dispose pas d’un carnet de comité. Appliqué à tous, certains ministres ne le seraient pas.
Le tout-sanction n’arrange rien dans le parti. Cette «terreur» risque de creuser un vide émotionnel, senti ou imaginaire. La perception est qu’on s’en fiche des critiques qui sont parfois constructives. A mon avis, il faut écouter le bruit de ce silence de certains leaders du parti et de la coalition. Il faut oser constater les erreurs et les corriger. Il faut avoir le courage de s’autoréguler pour mieux avancer.
La vie politique, ce ne sont pas seulement des ruptures ou des rapports de forces. C’est une vie dans un groupe où chacun essaie de jouer sa partition : avec une forte mobilisation, avec un apport financier ou avec une bonne idée. Emmanuel Macron a, en partie, su tirer profit de la désorganisation de la classe politique française. Il nous faut donc éviter que nos erreurs fassent la force de l’opposition.
Je ne suis pas pour le désordre dans le parti. Ni pour l’exclusion. Il y a de nombreux frustrés à écouter et rassurer. Puis, consolider les liens par la «justice politique», aller à la conquête des indécis et même démarcher des opposants par des actes, des comportements et des propos agréables. Le tout ne fera que nous renforcer et nous permettre d’attirer d’éventuels nouveaux adhérents. Balle à terre donc !
Mamadou Lamine BA
Responsable de l’Apr
dans la Commune de Baghère,
Département de Goudomp.

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