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Créé en 1956 par le magazine sportif France Football, le Ballon d’or est une récompense attribuée au meilleur footballeur de l’année. Le 2 décembre dernier, il a été décerné à l’Argentin Lionel Messi ; Virgil Van Dijk et Cristiano Ronaldo ayant complété le podium. Mais paradoxalement, ce sacre a suscité de vives polémiques au sein de la classe sportive en général et du monde du football en particulier. Certains ont même crié au complot suite à l’absence de Sadio Mané au podium. Si d’aucuns se disent scandalisés, d’autres pensent que Mané a été victime de la couleur de sa peau. Ces critiques multiples et variées, émanant des voix autorisées du ballon rond (Habib Bèye Canal+ sport, Gilles Verdez Rfi, Dr Mohamed Gandour, consultant à Rts) méritent d’être analysées objectivement, si l’on veut vraiment servir le football et les amateurs.
En effet, nombreux sont ceux qui pensent que Lionel Messi ne méritait pas d’être élu, prétextant que ses performances globales en 2019 (club et sélection) ne militent pas en sa faveur. A l’opposé, ceux qui adulent Messi estiment que son élection ne souffre d’aucune contestation, en ce sens qu’il est le meilleur joueur du monde
A mon avis, il serait difficile de trancher le débat dans la mesure où les critères d’éligibilité ou d’élimination restent flous et manquent totalement d’objectivité. Sur la base du critère carrière du joueur, la désignation de Messi ne peut être discutée. Et c’est là où se situe la source de toutes les contradictions et polémiques ayant entaché le Ballon d’or 2019.
Pour m’inscrire dans la polémique, je dirai de prime abord qu’il y a bel et bien contradiction quand on veut récompenser le joueur de l’année 2019, tout en mettant sur la balance ce que le joueur a réalisé de 2006 à 2019, c’est-à-dire sa carrière. Ensuite, Lionel Messi ne doit son sacre qu’à sa carrière, car son palmarès en 2019 est loin d’être satisfaisant comparativement à celui de ses concurrents. Certes il a remporté des titres individuels (meilleur buteur du championnat d’Espagne, soulier d’or), et un titre collectif qu’est la Liga avec 87 points, mais cela reste insuffisant, étant entendu que le Ballon d’or tend à promouvoir l’excellence.
Aussi devons-nous mentionner que Messi a été incapable de faire passer d’un cap son club ou sa sélection nationale. En d’autres termes, il n’a pas pu empêcher les échecs quelquefois lamentables de son équipe. J’en veux pour preuve la remontada en demi-finale de Ligue des champions contre Liverpool, l’échec en finale de Coupe d’Espagne et l’élimination en demi-finale de Copa America. En clair, il a été acteur majeur de tous ces échecs.
A la lumière de ce qui précède, on pourrait dire sans ambages que Lionel Messi n’est pas plus méritant qu’un certain Sadio Mané. Outre le titre d’Onze d’or, celui de vice-champion d’An­gleterre avec 97 points au compteur (meilleur total de l’histoire du club), l’enfant de Bambali a été décisif pour le sacre des Reds en finale de Ligue des champions, sans oublier son doublé en Super coupe d’Europe. A noter également sa passe lumineuse en Coupe du monde des clubs à Doha qui scella le sacre historique de Liverpool dans cette compétition. En sélection, il a réussi à hisser son pays en finale de Coupe d’Afrique des nations et au premier rang du classement Fifa zone Afrique. Quel palmarès ! Il démontre à suffisance que Sadio a sa place au podium du Ballon d’or et qu’il ne mérite pas moins que Messi. Nul doute que son palmarès le propulsera au sacre continental à l’occasion du Caf awards 2019, bien que la bataille s’annonce compliquée.
Revenant sur le prix en question, certains analystes commencent à s’interroger sur l’opportunité à décerner le Ballon d’or à un seul joueur, estimant que cette approche risque de tuer définitivement l’esprit du football qui demeure avant tout un sport collectif. Dans ce même ordre d’idées, la journaliste Virginie Phulpin pose le débat sur l’intérêt de ce prix individuel, en soutenant que «ce prix encourage l’individualisme sur le terrain de football en ne reconnaissant que les performances individuelles et non le rayonnement au sein d’une équipe ou la capacité à entraîner les autres dans son sillage».
Cela dit, il urge pour l’intérêt du football qui reste un sport universel d’ouvrir de nouvelles perspectives ayant trait à l’attribution du Ballon d’or France Football ou du Joueur Fifa de l’année. A mon sens, seuls les critères tels que performance, palmarès et classe du joueur sur l’année devraient être mis en avant, tout en faisant abstraction de l’aspect carrière qui, au demeurant, n’est pas annuelle, mais plutôt s’inscrit dans la durée. C’est ce qui permettra de circonscrire les critiques immanquables qui déprécient véritablement le prix, tout en mettant mal à l’aise le lauréat. Et cela doit nécessairement passer par une révision des critères d’attribution, mais aussi la requalification de la qualité de juré pour plus de justice, d’équité et de transparence.
Cheikh Omar DIAOUNE
Lycée Gandon (Saint-Louis) souaibou7@yahoo.fr

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