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Ouf de soulagement pour les populations de Tivaouane-Lansar. Après plus d’une décennie de lutte, elles ont obtenu le départ des mécaniciens établis à l’entrée du quartier et la démolition des cantines qui longeaient le mur du camp militaire de Thiaroye. Soulagées, elles promettent d’assurer le suivi pour éviter un éventuel retour.

Après les sommations en début de semaine, les autorités préfectorale et policière sont passées à l’acte. L’intervention du samedi a été la plus décisive. Les bulldozers ont pris au dépourvu les mécaniciens et autres occupants irréguliers. En milieu de journée, sous un soleil estival, les grands destructeurs ont soulevé la poussière, les épaves et les bâtiments illégalement construits. Les populations sont sorties accompagner les autorités. Devant la furie de ces grosses machines si promptes à ravager, c’était le sauve-qui-peut. Les mécaniciens et leurs apprentis font tout pour emporter avec eux les pièces les plus légères. Les mains expertes démarrent leurs véhicules en dépannage à la recherche d’un coin inaccessible pour les bulldozers. Briques et barres s’entrechoquent et produisent un bruit perceptible de loin. Tels des sourds, les conducteurs de ces engins avancent et détruisent tout sur leur passage.
Du côté des mécaniciens, c’est la tristesse, les visages sont noirs et suants. L’orgueil conseille peut-être la révolte, mais ils sont impuissants devant la puissance destructrice des engins. Du coup, ils ne peuvent que constater les dégâts. Amer, mais réaliste, un des leurs se confie sous le couvert de l’anonymat : «Certes c’est difficile, mais nous ne pouvons pas avoir raison devant eux. C’est leur espace. Beaucoup d’entre nous ont été dédommagés. Chaque soir, nous rentrons chez nous et ce sont eux qui vivent les véritables conséquences.» Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Chez les populations de ce quartier de la commune de Tivaouane-Diak­sao, c’est la réjouissance. Actif aux cotés des autorités policières et administratives, Gorgui Touré sillonne les différentes zones concernées. Vêtu d’une chemise multicolore et d’une torpédo, il oriente et donne des consignes à certains de ses camarades. Le secrétaire général de l’Asso­ciation pour le développement de Tivaouane-Lansar considère que cette initiative est historique et salutaire. «Nous nous sommes ouverts aux précédents maires de la commune sur cette question. Ils n’ont jamais répondu à nos nombreux et différents appels. Raison pour laquelle nous félicitons le maire Fatou Binetou Ndiaye et les populations. L’occupation de cet espace était propice aux agressions, aux vols et autres actes. Maintenant, nous pourrons respirer. Les choses ont changé, car tous les dossiers posés sur la table de l’autorité municipale sont examinés grâce à l’engagement de tous les fils de la commune», souligne-t-il, le point vers le ciel, comme pour jurer. Les mécaniciens ne sont pas les seuls à avoir passé un week-end mouvementé. Les menuisiers, les forgerons et les vanniers qui longent le mur du camp militaire de Thiaroye ont aussi subi la furie des déguerpisseurs. Là-bas, la tension était un peu palpable. Quelques minutes d’échanges de propos aigres-doux avant que la police de Sicap-Mbao ne vienne surveiller les opérations. En un laps de temps, les engins destructeurs ont emporté les fers, zincs et planches. De ce fait, l’horizon est dégarni. L’espace jadis enclavé depuis plus d’une décennie est devenu un grand désert. Vêtu d’un blouson bleu, Pape Samba Simal apprécie l’opération : «Ce déguerpissement est arrivé à son heure. La situation était désolante. Cela suscitait la peur chez les habitants du quartier à cause des nombreux cas d’agression. A cause de l’occupation anarchique, les jeunes n’avaient plus d’aires de jeux. Alors que l’espace pouvait accueillir une école ou une autre infrastructure utile à la population.» Le soir, ils en ont fini et laissent derrière eux les commentaires : «Il y a dans ce quartier des jeunes qui n’ont vu cet endroit qu’avec ce décor. Bour dal mo baari doolé (l’Etat est puissant)», soutient Aïssatou Niang, sous les rires de ses voisins.

Une mobilisation pour le suivi
Durant toutes les opérations, les populations présentes sur les lieux pensaient aux scénarios précédents. Jusque-là, les interventions musclées ont été chimériques. Cette fois-ci, le président de l’Association pour le développement de Lansar-Tivaouane, Moussa Sène, et ses camarades veulent s’inscrire dans la durée. De ce fait, chacun donne ses propositions. Amy Sylla y voit un espace commercial destiné aux femmes de la localité. «Nous, les femmes du quartier, n’avons pas de lieu de commerce. Nous installons de petites tables devant nos maisons pour écouler nos poissons et légumes. L’érection d’un petit marché serait profitable pour toute la communauté», propose Amy, le porte-monnaie attaché autour de la taille, le foulard noir bien noué.
Lansar est une localité enclavée. Pour qu’elle respire, les jeunes prévoient un espace vert. «Normalement, on devait avoir un espace aéré, bien entretenu, que les habitants du quartier vont fréquenter jour et nuit. Si on ne le fait pas, ils vont revenir. Et ce sera un autre combat beaucoup plus difficile que les précédents. J’appelle tous les jeunes à se mobiliser pour organiser et occuper. C’est le nôtre», opine Pape Samb. L’autre bataille est enclenchée, celle de l’occupation pour éviter le retour des désormais anciens occupants. La nature ayant horreur du vide.

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