PARTAGER

La centrale de Bargny est en train de causer plus de dommages qu’on ne l’imaginait. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les membres du Réseau des associations pour la protection de l’environnement (Rapen), qui se sont prononcés sur la question.

Le chargé de la communication de la centrale à charbon de Bargny se félicitait une semaine plus tôt des efforts considérables déployés pour amoindrir les impacts. «Par rapport aux préoccupations sociales et environnementales qui avaient été évoquées par les Ong, pour une bonne partie, l’opérationnalisation de la centrale nous a donné raison», affirmait Mor Sèye Fall, en marge d’un «ndogou» organisé par la centrale à l’intention des populations environnantes. M. Fall avait donné comme exemple le bruit produit par les installations devenu quasi inaudible «après la phase test» et l’échappée de fumée à peine perceptible. «Cela ne veut pas dire que la centrale n’a pas d’impacts négatifs», tempérait-il toutefois.
Des assurances bien loin du ressenti des membres du Réseau des associations pour la protection de l’environnement (Rapen). Réunis samedi dernier autour de l’Africa vuka (Afrique debout, en swahili) qui est une initiative panafricaine contre les énergies fossiles, ceux-ci ont dressé un bilan désastreux après moins de six mois de cohabitation avec la centrale à charbon. «Lorsqu’on a déposé une plainte contre les banques ayant financé la centrale et qui n’ont pas respecté leurs propres normes, nous avons calculé les méfaits de la centrale à charbon. Aujourd’hui, la réalité dépasse les calculs que nous avions faits. La centrale est en train de polluer de manière extrêmement dangereuse», s’est désolé Daouda Larry Guèye, coordonnateur du Rapen.
Stockage du charbon, gestion des cendres et des eaux de process : les griefs sont bien nombreux, selon les activistes qui ont servi des chiffres à l’appui pour aviser sur la profondeur du mal. L’eau utilisée pour le lavage du charbon et des machines et appelée eau de process est déversée sur le site de transformation de Khelcom. «D’après des études au laboratoire d’analyse et d’essai de l’Ecole supérieure polytechnique, on a constaté que le taux d’hydrocarbure dans ces eaux est à 1 440 microgrammes/litre alors que la normale du Sénégal, c’est 50 microgrammes», a décrié M. Guèye.
Aussi, les cendres qui devaient être acheminées à la Sococim «selon les conventions» sont entassées dans l’usine. «Ces cendres de l’ordre de 2.5 microns sont tellement fines et avec le vent elles sont en train de se répandre dans Bargny», a noté le coordonnateur du Rapen, relevant une production annuelle de 159 tonnes de cendres. «Nous avons analysé les eaux de puits et on a constaté qu’elles contiennent de l’eau de mer et en même temps des métaux lourds», dira encore M. Guèye en évoquant les impacts du stockage hors norme du charbon et ses conséquences sur la nappe phréatique. «Donc, la centrale est en train de faire plus de dégâts que prévu», a-t-il conclu.
Les transformatrices du site de Khelcom ont payé un lourd tribut économique de ce voisinage. «Nous sommes en train de vivre ce que nous craignions avec la cohabitation avec la centrale à charbon», a affirmé leur présidente Fatou Samba, rappelant que les eaux de process en provenance de la centrale ont endommagé leurs produits. «Les maladies pulmonaires s’amplifient, les irritations des yeux, saignements de nez sont devenus récurrents et nous craignons vraiment pour notre avenir», a-t-elle relevé. Tout ce que veut le Rapen, c’est que l’Etat prenne ses responsabilités pour faire passer la justice et les hommes avant les profits.
abndiaye@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here