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Pastef est pour la «solidarité agissante», mais veut garder sa «lucidité d’opposant» dans cette période «critique» de lutte contre le coronavirus. Bassirou Diomaye Faye, coordonnateur des Cadres du parti dirigé par Ousmane Sonko, analyse les mesures du président de la République et appelle à la vigilance dans la gestion du fonds Force-Covid-19.

C’est la première fois que Ousmane Sonko rencontre en public le Président Macky Sall. A-t-il évoqué sa révocation d’août 2016 avec le chef de l’Etat ?
(Rires). Il aurait fallu être dans la tête de Sonko ou avoir sa confidence pour le savoir. Mais connaissant l’homme qui ne mène jamais de combat personnel et qui ne garde aucune rancœur, je pense sincèrement que non. Sonko est un grand homme. En cette période sombre pour le Sénégal et le monde, il ne saurait garder un œil sur le rétroviseur quand il faut trouver des solutions sénégalo-sénégalaises et avancer.

Que pensez-vous des mesures prises par le gouvernement ?
Il est vrai que, malgré le travail acharné du corps médical qu’il faut féliciter, la courbe des malades est toujours croissante. Et cela est d’ailleurs d’autant plus inquiétant qu’on a eu des cas de transmission communautaire. Le gouvernement fait ce qu’il peut avec les moyens du bord. Partout dans le monde, c’est la solution du confinement qui est adoptée. La question qu’il faut se poser est de savoir s’il y avait d’autres solutions, pourquoi les grandes puissances auraient-elles retenu le confinement. Il est clair qu’on ne peut que difficilement adopter un confinement total au Sénégal avec la situation précaire des ménages. C’est peut-être pour cette raison que le gouvernement a retenu un confinement partiel à travers un Etat d’urgence doublé de couvre-feu de 20h à 6h du matin. Et les populations doivent comprendre et coopérer pour le salut de tous. Le gouvernement a aussi mis le paquet sur la sensibilisation afin que les populations observent rigoureusement les mesures sanitaires préventives. La concertation avec l’opposition est aussi à saluer ainsi que la mise en place de la Force-Covid-19. Toutefois, la remise partielle d’impôts (annulation de la dette fiscale de 200 milliards de la part les entreprises, Ndlr) qui consiste à une renonciation de recettes fiscales au profit de fraudeurs fiscaux n’apportera rien à la lutte. En pareille circonstance, ce sont les entreprises citoyennes, celles qui s’acquittent plus ou moins correctement de leurs obligations fiscales, qu’il faut primer et non les fraudeurs, récidivistes pour certains. Et s’il s’agit de sauver des entreprises, privilégier les secteurs les plus affectés avec un traitement discriminant en faveur des entreprises en difficulté.

En tant qu’inspecteur des impôts, quel est l’impact des mesures prises par le gouvernement sur l’économie ?
Les conséquences sur le plan de la mobilisation des recettes souveraines seront à coup sûr terribles, car aussi bien les recettes douanières que celles intérieures seront impactées. Le commerce mondial est au ralenti et les flux d’entrée de marchandises sur lesquels des droits de douanes sont perçus vont drastiquement baisser. Avec les interdictions de rassemblement aussi, la consommation diminuera forcément de même que la production de biens et de services. Pour faire simple, on n’aurait pas pu imaginer une pire situation pour le budget du Sénégal.

Quelles sont vos réserves sur l’alimentation du fonds Force-Covid-19 ?
Les réserves sont de deux ordres. D’un côté, c’est l’alimentation. Et de l’autre, la gestion transparente du fonds. Sur l’alimentation, il s’est surtout agi de poser la question au président de la République de savoir comment sera alimenté ce fonds de 1 000 milliards et lui suggérer des pistes. C’est ce que le président Sonko a fait. Sur la gestion du fonds Force-Covid-19, notre leader a émis des réserves sur l’allocation des ressources du fonds. On avait noté dans le discours du président de la République que seuls 50 milliards sont alloués aux secours alimentaires. Ce qui est très peu, à notre avis. Nous nous félicitons d’ailleurs que le président de la République ait prêté une oreille attentive aux suggestions du Président Ousmane Sonko sur ce point et qu’il ait relevé le montant à 69 milliards, soit 19 milliards de plus ; d’où l’importance du dialogue et du franc jeu en cette période critique pour notre pays et le monde. Nous avons relevé aussi que lors de l’adresse du Président Macky Sall à la Nation, rien n’a été dit sur les 950 milliards. Et puisque de toute évidence les 1 000 milliards ne sont pas sortis ex-nihilo, nous pensons que la répartition complète aurait dû être communiquée à la même occasion… Au-delà de ces remarques, c’est la transparence dans la gestion. Il ne faudrait pas attendre que l’objet du fonds soit détourné par des véreux pour, dans deux ou trois ans, exiger des sanctions après un rapport de la Cour des comptes ou de l’Ofnac. Sanctions qui, comme on le note, ne viennent jamais. Pour éviter de jouer au médecin après la mort, c’est pour nous le bon moment pour alerter et demander que toutes les dispositions soient prises dans l’administration et le contrôle des ressources du fonds afin que le détournement soit absolument impossible. En résumé, nous sommes pour la solidarité agissante et l’union face au Covid-19. Mais nous voulons garder notre lucidité d’opposants et jouer notre rôle d’alerte et de pourvoyeurs de solutions que nous mettons à la disposition du gouvernement. Le moment est très critique et nous devons être tous très rigoureux dans nos missions respectives.

Le Président Sall semble avoir entendu Ousmane Sonko sur l’allocation des ressources des fonds destinés aux vivres qui passent de 50 à 69 milliards. En êtes-vous fiers ?
Nous ne sommes pas dans l’autoglorification pour une suggestion que nous avons faite au président de la République et dont il a bien voulu tenir compte. Notre ambition pour le Sénégal dépasse de loin cet état de fait. Au demeurant, les Patriotes que nous sommes serons toujours honorés d’apporter notre pierre à l’édifice à chaque fois que de besoin. Les 19 milliards supplémentaires ne vont pas dans la poche du président Ousmane Sonko ou dans les caisses de Pastef, mais sont plutôt destinés aux populations qui en auront grandement besoin et dont la voix n’est pas aussi audible que la nôtre pour le réclamer. Mais au-delà, nous espérons surtout que les autres solutions que le président Ousmane Sonko a partagées avec le Président Macky Sall auront retenu toute son attention et contribueront effectivement à sortir notre cher pays de cette situation très complexe. C’est notre vœu le plus ardent.

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