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L’Agent de sécurité de proximité (Asp) a été relaxé par le juge du Tribunal d’instance de Dakar. Jugé hier pour violence et voie de fait au préjudice de l’handicapée moteur Rougui Thiam, le Tribunal l’a renvoyé des fins de la poursuite, créant un mécontentement des personnes vivant avec un handicap, venues apporter leur soutien à leur camarade.

La décision rendue par le juge du Tribunal d’instance n’a pas l’heur de plaire aux personnes vivant avec un handicap. Venues soutenir leur camarade supposée victime de violence de la part d’un Asp, elles n’ont pas caché leur déception après la décision rendue par le Tribunal. «Ce qui nous est arrivé, c’est de la volonté de Dieu. Ce n’est pas normal qu’on le relâche après ce qu’il a fait», a dit une femme assise sur sa chaise roulante. D’autres grommelaient aussi en gesticulant. En fait, Nguër Mamadou Ngom qui répondait hier des chefs de «violence et voie de fait» au préjudice de Rougui Thiam a été tout simplement relaxé.
Les déclarations de la victime auraient beaucoup contribué à la relaxe du mis en cause. Dans sa relation des faits, elle a reconnu avoir refusé d’obtempérer quand les policiers lui ont demandé de vider les lieux. Entraînée de force dans la fourgonnette, elle s’est cognée sur une chaise qui était à l’intérieur de la voiture. Elle croyait qu’elle ne verrait plus ses enfants, dit-elle pour justifier sa résistance. Cepen­dant, elle rétablit la vérité sur la vidéo qui a été diffusée sur la toile. «Je ne suis pas apparue sur la vidéo lors de la bagarre. Je n’étais pas sur les lieux. Ce sont mes amies Adama Ndour et Awa Guèye qui ont été frappées», renseigne-t-elle.

«N’eut été mon chef, elles allaient me faire passer un sale quart d’heure»
Ces dernières, qui figurent bien sur la vidéo, se sont constituées parties civiles en chargeant le prévenu. Mais Nguër Mamadou Ngom pense que c’est lui la victime dans cette affaire. «Je n’ai ni touché ni violenté personne encore moins Rougui Thiam. C’est cette dernière qui a provoqué le boucan. Elle a refusé de quitter les lieux de l’immeuble Ndiouga Kébé et ses camarades l’ont suivie. Ce qui a fait que l’affaire a dégénéré», s’est-il défendu. Nguër de poursuivre : «Ces dames, qui étaient au nombre de 15, m’ont brutalisé. Et c’est en tentant de m’échapper que j’ai poussé la chaise roulante de la victime qui a saisi cette occasion pour m’étrangler. Une autre a attrapé mon sexe tandis que ses amies ont enlevé ma ceinture. Et n’eut été le chef Baye Ibrahima Ndiaye qui a sorti la matraque, elles allaient me faire passer un sale quart d’heure.»
Le chef de police, Baye Ibrahima Ndiaye, qui a été entendu à titre de témoin, rappelle que le 8 juin, ils étaient dans une opération de retrait des mendiants en centre-ville. Mais une fois au niveau de l’immeuble Kébé, les personnes vivant avec un handicap qui se trouvaient sur les lieux ont refusé d’obtempérer. Et la dame Rougui Mbow était la première à se rebeller avant d’être embarquée dans la voiture. C’est par la suite, poursuit-il, qu’il a entendu des cris. «A mon retour, j’ai vu Thiam avec sa ceinture. C’est ainsi qu’il m’a dit qu’il a été frappé par les plaignantes. On lui a même jeté du lait chaud, mais… ce qu’on n’a pas mentionné pour éviter d’aggraver la situation. On l’a aussi frappé avec un long bâton en le blessant au niveau du tibia», dit-il en lavant à grande eau l’Agent de sécurité de proximité.
Mais selon l’avocat des parties civiles, les vidéos tranchent d’avec les déclarations de Nguër. «Dans la vidéo, on voit que le prévenu a tiré avec violence la chaise de ma cliente et l’a projetée à terre. Ne se limitant pas là, il lui a donné des coups de pied et des coups de ceinture alors qu’il n’a reçu aucun ordre pour ces agissements», a fait remarquer Me Diongue. Et pour plus de transparence, poursuit-elle,  l’enquête ne devait pas être confiée à la police. «On doit apprécier les faits à la hauteur de la gravité, car aucun danger ne guettait le prévenu. C’est un excès de zèle et rien d’autre», soutient le conseil des victimes qui a demandé le franc symbolique.

Un mois ferme requis contre l’Asp
Selon le représentant du ministère public, le prévenu a exercé des violences sur Rougui Thiam. Cependant, il pense que les constitutions de Adama Ndour et Awa Guèye sont irrecevables, car dans la prévention, «on devait les viser, mais on ne l’a pas fait», dit-il. Par rapport aux faits reprochés au sieur Nguër Mamadou Ngom, il pense qu’ils sont constants. «Il est inexpérimenté. On ne juge pas un Asp et une personne vulnérable, mais des citoyens», dit-il en requérant un mois ferme contre le prévenu.
Ne partageant pas cet avis, l’avocat de la défense, Me Barro, a tenu à rappeler que la partie civile a même indiqué qu’elle n’a pas été violentée. De l’avis de la robe noire, «la plaignante est belliqueuse et devait comparaître pour rébellion» à agent. Me Barro a ensuite plaidé la relaxe à titre principal et, à titre subsidiaire, une application bienveillante de la loi. Au finish, l’Agent de sécurité de proximité a été relaxé au détriment de ses accusatrices.

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