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Eliminé en quart de finale de la dernière Coupe du monde de beach soccer, le Sénégal rate une nouvelle fois l’occasion de se retrouver dans le dernier carré. Manager général de l’Equipe nationale, Ibrahima Ndiaye «Chita», qui a décidé de quitter son poste, en explique les raisons tout en revenant sur le bilan de la participation sénégalaise au Paraguay.

Quel bilan tirez-vous de votre parcours au Mondial qui s’est arrêté une nouvelle fois au stade des quarts de finale ?
Je pense que pour cette participation le bilan est positif. Certes notre ambition c’était d’être parmi les demi-finalistes de cette Coupe du monde, mais Dieu en a décidé autrement. Nous sommes restés à notre place avec une honorable sixième place au niveau mondial. C’est une fierté et cela prouve que nous avons bossé. Les gosses sont allés jusqu’au bout de leur effort. Je n’ai pas du tout été déçu de leur prestation dans leur comportement durant tout le temps que nous sommes restés ensemble.

Qu’est-ce qui a manqué au Sénégal pour une qualification historique en demi-finale du Mondial ?
Pour atteindre le dernier carré, il y a beaucoup de paramètres qui entrent en jeu. Malheu­reusement, il y a certains joueurs qui n’ont pas été à la hauteur. Je ne sais pas si c’est à cause de la pression ou autre chose, j‘ai tout fait ; je les ai appelés dans ma chambre, j’ai discuté individuellement avec eux pour les motiver. Je ne vais pas jeter l’anathème sur quiconque. Par exemple, lors des huitièmes de finale, il n’y a que 4 à 5 joueurs qui ont assuré. Ça devenait plus difficile contre le Portugal lors des quarts. L’entraîneur était obligé de sortir certains joueurs pour les faire remplacer par d’autres qui avaient mieux récupéré. Les joueurs avaient fourni beaucoup d’effort. Ce sont des humains qui peuvent se fatiguer. Et comme vous le savez quand vous êtres distancés par une équipe comme le Portugal, c‘est difficile de le rattraper.

Pourtant l’espoir était permis après votre qualification au deuxième tour…
Si vous voyez les matchs de préparation contre le Paraguay et le Koweït, nous n’étions pas contents de notre prestation. Cela est dû au voyage et au décalage horaire. Par contre face à la Russie, nous avions fait une bonne prestation. Malheureu­sement, sur une erreur d’arbitrage, nous avions perdu sur un but d’écart. Sur le contenu, il n’y a rien à dire. Cela s’est vérifié lors des matchs contre la Biélorussie et les Emirats Arabe Unis. Nous avons terminé premiers de notre poule malgré notre défaite contre la Russie. J’ai après eu l’opportunité de revoir dans l’avion la vidéo de notre match contre le Portugal (quart de finale). Nous avons perdu par 4 buts à 2. Ces buts ont été pris sur des erreurs individuelles qui pouvaient être évitées car à ce niveau de la compétition ça ne pardonne pas. Surtout quand on a face le champion d’Europe en titre et qui à l’arrivée a remporté le trophée pour la troisième fois de son histoire. Il a fallu dix ans pour que le Portugal gagne son deuxième titre. Leur joueur Madjer a disputé son dernier match, il a 42 ans. Ça viendra un jour pour le Sénégal. Faut continuer à travailler.

Vous vous consolez quand même du titre de l’équipe la plus fair-play du Mondial…
En effet, le Sénégal a été désigné l’équipe la plus fair-play du Mondial. Cela mérite d’être souligné et c’est à magnifier. Nous sommes des ambassadeurs. Nous représentons le Sénégal, et nous sommes jugés à travers nos comportements.

Quels sont les joueurs qui vous ont impressionné durant le Mondial ?
Les joueurs sont tous adorables. Je n’ai pas été déçu par les gosses dans leur comportement. J’ai dit aux joueurs de prendre exemple sur Mamadou Sylla. C’est un professionnel au Liban où il est bien payé. C’est un vrai Lion, un patriote. Car il a préféré laisser le championnat libanais pour venir jouer le Mondial avec son pays. Il a mis l’intérêt national en avant. Il a pris un risque. Dieu merci qu’il ne s’est pas blessé. S’il s’était blessé, cela pourrait hypothéquer sa carrière. Il n’a que le football pour entretenir sa famille. C’est un grand monsieur que je respecte. L’autre joueur qui m’a marqué c’est Papa Diagne qui disputait sa deuxième Coupe du monde et a marqué six buts. Depuis 2011, le vice-capitaine Babacar Fall est dans l’équipe. Il est dans son coin et ne parle pas beaucoup mais fait ce qu’il doit faire avec beaucoup discipline. Mention spéciale à Al Seyni Ndiaye qui a fait toutes les campagnes. Il n’est pas âgé, il en a encore du temps pour aller de l’avant. Hamath et Thioune ont connu leur troisième Coupe du monde. Raoul était à sa première Coupe du monde. Devant, nous avions des difficultés. Si ce n’était pas Raoul et Diassy, on allait avoir des problèmes. Parce que les autres n’arrivaient à maintenir la cadence. Quand Diassy sortait, on était obligé de mettre Raoul. La période de récupération n’était pas longue. Raoul a joué contre le Portugal avec des douleurs au bas ventre. Nous avions peur avec Jean Diatta qui s’était blessé et qui a pu jouer grâce à un travail extraordinaire du Dr Kâ et du Kiné Ousmane Niang.

Sur le plan personnel, vous avez annoncé à Rfm, après l’élimination du Mondial, votre départ du poste de Manager général. Pourquoi ?
Je confirme avoir quitté mon poste de Manager général de l’Equipe nationale de beach soccer. Les raisons sont simples : je veux me consacrer au développement de la discipline et réorganiser nos clubs. Ça fait 12 ans que je suis Team Manager. Au début, c’est moi qui faisais la sélection en remettant la liste à Amadou Diop (ancien sélectionneur). A partir de 2015, j’ai dit à Ngalla Sylla (actuel coach) que c’est à lui de faire la sélection. J’estime qu’il n’y a plus raison pour que ce poste de Manager général continue d’exister. Et je propose qu’il soit supprimé et le staff soit renforcé. Mais le dernier mot revient à la Fédération sénégalaise de football.

Selon vous, il y a nécessité de renforcer le staff technique ?
En effet. Etoffer le staff technique va permettre à Ngalla Sylla de se décharger de certaines tâches pour se consacrer entièrement à l’aspect technique et tactique. Personnel­lement je veux m’investir au niveau des clubs. On ne peut avoir une bonne Equipe nationale si on n’a pas de bons clubs. Si les clubs ne s’entraînent pas et ne regroupent pas leurs joueurs pour jouer, ce n’est pas cela qui va développer le beach soccer. Les clubs ont une responsabilité dans le développement de la discipline. Je remercie le directeur technique national, Mayacine Mar, de m’avoir nommé à la tête du Département du football spécifique. Je vais faire un rapport avec beaucoup de recommandations. La Can se dispute dans 5 à 6 mois en Ouganda et ça ne va pas être facile. Mais nous essayerons de tout faire pour conserver notre titre. Le répète, l’Equipe nationale n’ira pas loin si les gens ne travaillent pas au niveau des clubs. Il faut avoir le courage de le dire. Pendant notre retour, j’ai demandé aux gosses quels sont les clubs qui s’entraînent ? Quelqu’un m’a répondu : «On ne s’entraîne pas. L’entraîneur nous appelle seulement pour jouer le dimanche.» C’est inquiétant. Du coup, je vais proposer un programme à la Direction technique nationale (Dtn). Je vais demander à la Fédération et à la Dtn de rencontrer les responsables des clubs pour leur tenir un langage de vérité. Les clubs reçoivent une subvention et des ballons. La Fédération leur avait offert des ballons. Si ces joueurs pensent que c’est au niveau de l’Equipe nationale qu’ils vont apprendre la bicyclette et autres gestes techniques, ils se trompent. C’est au niveau des clubs que ce travail devrait se faire.

Quel appel lancez-vous à l’endroit des autorités qui continuent de vous snober malgré que vous soyez plusieurs fois champions d’Afrique et mondialistes ?
Est-ce qu’il y a lieu de faire un appel dans la mesure où si vous le faites, ça ne suit pas. Si j’ai besoin de dire quelque chose, je m’adresse à la Fédération et la solution est trouvée. Ceux que les autorités reçoivent ne sont pas plus méritants que nous. Peut-être mon tour viendra où on m’appellera pour me remettre une médaille pour service rendu à la Nation.
Mais on a besoin de plus de considération venant de l’Etat. Par exemple, aujourd’hui, si on parle d’infrastructures, on cite le basket avec le Dakar-Aréna, la lutte avec l’Arène nationale, etc. Mais vous n’avez jamais entendu le ministre des Sports parler de terrain de beach soccer. Je me suis déplacé au ministère des Sports pour dire à M. Cheikh Sarr -chargé des Infra­s­tructures- de penser au beach soccer. Pourquoi on ne peut pas installer des terrains sur la plage ? Ce n’est pas le rôle de la Fédération mais celui de l’Etat. Vous pensez que je vais continuer à demander aux autorités ce qu’elles doivent faire. Elles le savent. Je pense que cette fois-ci mon appel va être entendu par mon ami et frère le ministre des Sports pour interpeller M. Sarr afin de construire des terrains pour le beach soccer.
Construire des terrains pour le beach soccer cela a été une doléance des députés du temps du régime du Pds. D’ailleurs, l’ancien ministre des Sports, Bacar Dia, m’a dit qu’il avait été interpellé dans ce sens par les députés lors d’une session à l’Assemblée nationale. On n’a que le terrain de Toubab Dialaw qui porte mon nom. Cette marque de reconnaissance me va droit au cœur et je ne cesserai jamais de remercier la Fédération sénégalaise de football et son président. Nous avions besoin de terrains car le beach soccer a beaucoup évolué ; avec de nouvelles stratégies surtout au niveau des corners et remises des balles en touche où nous avions encaissé beaucoup de buts au Mondial. Il faut que les autorités pensent à nous car nous faisons partie du sport sénégalais. Surtout si on sait que dans les sports collectifs, le beach soccer est la discipline la plus titrée au Sénégal.

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