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Comme chaque année, Reporters sans frontières (Rsf) publie son bilan annuel des journalistes otages, disparus et détenus. Au 1er décembre 2016, 348 journalistes sont en détention dans le monde pour avoir exercé leur mission d’information. C’est plus qu’en 2015 (153 journalistes professionnels, 161 journalistes citoyens et 14 collaborateurs des médias emprisonnés, soit 328 au total).

La tendance est dramatiquement à la hausse. A ce jour, 348 journalistes sont emprisonnés dans le monde, ce qui représente une augmentation de 6% par rapport à 2015. Le nombre de journalistes professionnels in­car­­cérés a même bondi de 22%, ayant quadruplé en Turquie à la suite du putsch manqué de juillet. Plus de 100 journalistes et collaborateurs de médias se trouvent aujourd’hui dans les geôles turques. Notre association a pu pour l’instant établir un lien direct entre l’arrestation et l’activité journalistique d’au moins 41 d’entre eux. La dérive autoritaire du Prési­dent Erdogan se manifeste par des coups de filets dans les médias, réduisant au silence les voix critiques. Quand ce n’est pas pour «insulte au président de la République», c’est pour «terrorisme» que les journalistes sont traînés par centaines devant la justice. Aucun chef d’inculpation n’est cependant nécessaire pour jeter un journaliste en prison et le nombre d’incarcérations arbitraires ne cesse d’augmenter. Outre la Turquie, la Chine, l’Iran et l’Egypte concentrent à eux seuls plus des deux tiers des journalistes emprisonnés. «La répression des journalistes s’accroît dans le monde à une cadence infernale, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Rsf. Aux portes de l’Europe, une véritable chasse aux sorcières a jeté en prison des dizaines de journalistes et fait de la Turquie la plus grande prison pour la profession. En un an, le régime d’Erdogan a anéanti tout pluralisme médiatique face à une Union européenne bien mutique sur la question».
Cinquante-deux journalistes sont également otages à ce jour. Tous, cette année, se trouvent dans des zones de conflit au Moyen-Orient. Sans surprise, la Syrie et l’Irak font partie des pays les plus dangereux, où le groupe Etat islamique y détient à lui seul 21 d’entre eux.
Face aux risques toujours plus nombreux auxquels sont con­frontés les journalistes, Rsf réclame la création d’un «représentant spécial» pour la sécurité des journalistes, directement rattaché au secrétaire général des Nations unies. Pour l’heure, les nombreuses résolutions de l’Onu sur la protection des journalistes et la lutte contre l’impunité n’ont pas donné de résultats satisfaisants.

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