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Satisfait de son équipe, même s’il y a un goût d’inachevé, Cheikh Sarr fait le bilan du Mondial espagnol où les Lionnes sont revenues de Tenerife la tête haute.

Le Sénégal s’arrête en 8e de finale, éliminé par le pays organisateur, l’Espa­gne. Quel bilan tirez-vous du Mondial féminin ?
Si on se base sur l’objectif de départ qui était de passer au deuxième tour, c’est-à-dire, les huitièmes, l’objectif est atteint. Mais il y a un goût d’inachevé qui m’anime parce si je vois le potentiel du Sénégal par rapport aux équipes actuelles, on a quand même une satisfaction par rapport au gap qui faisait la différence entre nous et les autres pays. Aujourd’hui, l’écart le plus gros, c’est 20 points, c’est contre les Etats-Unis, la meilleure équipe au monde. Toutes les autres équipes, c’est entre 11 et 13 points. C’est déjà quelque chose de positif. Mais avec le potentiel qu’on a, on pouvait aller beaucoup plus loin si les exigences de la compétition ont été comprises par les joueuses.

Problème de préparation ?
C’est vrai que le fait de ne pas jouer beaucoup de tournois pour sérieusement nous évaluer a pesé sur la balance. Si tu as 15 joueuses qui vont tourner dans deux à trois tournois, tu as le temps de réellement évaluer. Malheureusement, l’évaluation s’est faite durant le tournoi d’Antibes. En France, on a joué contre Tarbes, le jour même où on devait donner les 12. On n’a eu que 24 heures pour évaluer. Certaines filles qui sont arrivées n’étaient pas en forme. Aïda (Fall) par exemple, on n’a pas eu le temps de la voir vraiment. Comme d’autres afin de leur donner la chance d’être dans le groupe. Mais pour revenir aux statistiques, je suis aussi satisfait sur les pourcentages avec les lancers francs, les tirs à deux points. Malheureusement, sur les trois points, il y a un faible pourcentage toujours. C’est moins de 30%. Les pertes de balles, on les a diminuées. Elles étaient passées de 19 à 15 puis 14 et subitement, contre l’Espagne, on remonte à 21. Il nous faut une constance. C’est cela qui m’a fait très mal. Je pensais qu’on pouvait encore descendre sur la barre des 14 pertes de balles. Pour moi, le maximum, c’est 13 pertes de balles pour gagner un match.

Est-ce que c’est le basket sénégalais qui est en nette progression où ce sont les grandes nations qui baissent de niveau ?
Le monde est plat. Ce qui se passe en Espagne, se passe toute de suite au Sénégal parce que les informations sont disponibles. C’est la démocratisation du jeu. Il n’y a aucune excuse. Un coach qui ne sait pas défendre sur pick and roll, c’est parce qu’il n’a pas fait les investigations. L’informa­tion est là, il faut aller la chercher. C’est ce qui fait que les choses vont se niveler. Footballeurs, basketteurs, tout le monde doit être au même niveau. Toutes les méthodes d’entrainement, de planification, d’organisation sont disponibles. C’est pour cette raison que je peux dire que c’est l’Afrique qui a progressé. Parce que, sur le plan technologique, c’est nous qui sommes en retard. Mais comme on arrive à avoir les informations comme tout le monde, il suffit juste d’aller les trouver et de les mettre à la disposition des gens qui en ont besoin. Le basket européen est resté le basket européen. C’est le même nombre de points qu’ils ont tout le temps marqué. Le basket africain, c’était 25, 30, 35 points. Maintenant, on arrive à dépasser la barre des 60 points pour les égaler.

Qu’est-ce qui manque aux équipes africaines, particulièrement au Sénégal, pour rivaliser avec les grandes nations du basket ?
C’est d’abord être un athlète. On a oublié souvent que c’est l’effort physique avant tout. Etre capable de rester longtemps sur le terrain sans être fatigué. Avoir des muscles qu’on peut bander quand il le faut. Etre vraiment athlétique. Ça nous manque. On a vu nos meneuses, elles sont petites, frêles, elle n’ont pas assez de force. Heureusement qu’elles sont intelligentes, adroites. C’est cela qui pèse un peu sur la balance. Mais face à des équipes comme le Nigeria, les Etats-Unis, le Canada, qui ont des meneuses très costaudes, ça devient difficile. Il faut donc qu’on travaille dans ce domaine-là. On a fait des efforts énormes. On a pris un préparateur physique. On a travaillé pendant presque 21 jours, mais ce n’est pas suffisant. Mais je crois que la carrure de Ndèye Khady Dieng, c’est le prototype type qu’il faut. Mais il lui faut le coefficient intelligent du basket de Bintou Diémé ou de Mame Diodio. Il faut aussi un travail sur le long terme, sur le développement de la joueuse. Le genre de Aïcha (Sidibé), même si elles ont besoin de jouer des championnats, elles ont aussi besoin d’être développées techniquement pendant longtemps. Aïcha «Dalva», c’est la même chose. Elle domine au Sénégal. Mais quand c’est le haut niveau, on voit tout de suite la faiblesse. Sur ce côté-là, il faut que le championnat sénégalais soit relevé. Que les meilleures équipes, qu’on soit à 8, 7 ou 6, qu’on joue un championnat de haut niveau. Qu’on recrute des joueuses qui viennent de la France, du Japon et d’ailleurs et on fait un championnat professionnel.

Parlons de système de jeu. Est-ce la meilleure option de miser sur la défense en lieu et place des shoots extérieurs comme ce fut le cas lors du dernier match contre l’Espagne ?
Le basket, c’est deux côtés : attaque et défense. J’ai fait des options dans le jeu. On a des stats courtes, des stats longues. Si on mène, on fait des stats longues, faire courir, garder le ballon. Si on est mené, on fait de stats courtes rapidement pour revenir au score. Cette attaque courte est combinée avec des défenses agressives. C’est cela la différence. Alors, si on fait des défenses agressives, on coupe la balle pour aller marquer rapidement. Mais si on ne coupe pas la balle, on est obligé de mettre en place des systèmes de jeu sur 24 secondes et on n’a pas le temps. On fait beaucoup de main en main pour ne pas perdre le ballon. Cela nous permet de rentrer dans la raquette. Le basket moderne aujourd’hui, dans les deux premières minutes, il faut provoquer des fautes. Après l’équipe va lâcher parce qu’elle ne va plus défendre. Si elle fait des fautes, tu vas aux lancers francs. Donc, j’ai pris cette option parce que je sais que j’ai des joueuses qui savent garder le ballon et jouer à l’intérieur. Malheu­reusement, je n’ai pas de grandes tailles pour faire ça. Donc, j’ai changé encore d’option pour chercher des tirs primés. Il y a eu des moments où c’était le flop total. Ça ne rentrait pas. Je ne pouvais pas continuer à tirer et me faire contrer. Donc, j’ai arrêté ça aussi. Dans le jeu, ce sont des options. Quand ça ne marche pas, il faut changer. Je pense qu’il faut doubler les postes pour arriver à garder nos chances de garder le score ou de rester dans un écart correct.

Un mot sur la gestion de votre banc…
L’Espagne a tourné à 10. La Chine a tourné à 9. La Lettonie a tourné à 8 jusqu’à la fin où ils ont fait deux changements. Je ne tourne pas à 9 parce que je le veux. C’est la haute compétition. Ce sont des opportunités qu’on donne à quelqu’un. Les filles ont besoin de visibilité, elles ont des contrats, elles ont besoin de démonter par rapport à leur leadership qu’elles sont capables. Alors quand on donne une opportunité à une fille, c’est parce que c’est sa chance, il faut la saisir. Maintenant, tourner à 8 à 9, ça dépend. Pendant la préparation en France, on a tourné par moments à 11. Mais les deux derniers matchs ont été à chassé-croisé. Ce n’était pas le moment d’essayer des gens. Mais je pense que les filles sont satisfaites d’avoir joué. C’est «Dalva» qui n’est pas rentrée, mais cela se comprend par rapport à ce qu’on demande au poste 3. Même dans son club, elle joue au poste 3. Elle est joue bien au Sénégal, mais c’était important pour elle de voir le haut niveau.

Avez-vous eu le temps de vous adapter au style féminin, après avoir été avec les hommes ?
Le plus difficile, c’est au niveau de la réactivité, de la mise en place des choses. L’envie de dominer, la détermination. Ce qu’on appelle la «niaque». Il y en a qui l’ont. Mais pour la transférer à tout le monde, ce n’est pas évident. C’est un combat. C’est l’exigence du haut niveau. C’est le caractère construit, la personnalité construite en jouant. Cela demande du temps. C’est le plus difficile.

Quels sont les chantiers au niveau des secteurs de jeu ?
Ce sont les pivots. On a Maïmouna et Aïcha. Les autres, ce sont les postes 4. Il nous faut des 1m 98, des filles comme Astou Ndour. Elle nous a dominés dans la raquette. Le travail c’est là-bas. Il faut faire une détection encore. On a Ndèye Amy Sill qui était blessée au genou. Elle est très grande. Aïda Fall pas en forme. Il lui fallait plus de temps pour être à sa meilleure forme. Il y a Madjiguène Sène qui est au Sénégal, mais qui manque de force. Elle est très technique, mais elle doit se développer. Il y a Binetou Ndoye qui est en Espagne. Je pense qu’on va aller la voir. On ne doit pas les amener parce qu’elles sont grandes, mais pour qu’elles puissent dominer sous la raquette.

Ce sera quand la prochaine échéance ?
C’est d’abord le rapport. Après, il y a les fenêtres de Fiba pour les Jeux Olympiques. Pour moi, mon prochain tournoi, c’est la prospection.

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