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Birahim Seck qualifie de «honte» la sortie de Mamadou Ndoye. D’après lui, le Président Macky Sall est en train de développer l’enrichissement illicite. Raison pour laquelle, ce responsable du Forum civil appelle la Crei à s’autosaisir afin de faire la lumière sur cette question. Pour sa part, le directeur exécutif de l’Ong 3D, Moundiaye Cissé, parle d’arbre qui cache la forêt et s’interroge sur les montants perçus par les autres alliés du chef de l’Etat. Le Pr Babacar Guèye et lui rappellent, en prenant prétexte de cette affaire, la nécessité de la réglementation du financement des partis politiques.

«Financement occulte», «honte», «dérive»… Dans sa quasi-globalité, la Société civile réprouve les pratiques révélées par la sortie de Mamadou Ndoye et concernant les 4 millions de Macky Sall qu’il recevait en tant que Secrétaire général de la Ld. Le Quotidien a interpellé des personnalités de divers horizons pour analyser cette affaire qui défraie la chronique depuis dimanche. La première d’entre elles, Birahim Seck du Forum civil, regrette l’«effondrement» de la Gauche politique, qui «n’est plus légitime» pour revendiquer les principes de la bonne gouvernance et de transformation sociale. «Nous avons eu honte que cette déclaration vienne d’une partie de la Gauche qui mettait en avant des principes dans le cadre des Assises nationales. On voit que cette Gauche n’est plus légitime pour revendiquer les normes de transparence et de bonne gouvernance déclinées dans le projet des Assises nationales. Cette Gauche ne croit pas à la transformation sociale, à la refondation de l’Etat… On a aujourd’hui affaire à une Gauche alimentaire», fustige M. Seck.

Moundiaye Cissé Ong 3D : «La Ld est l’arbre qui cache la forêt»
Mais pour le directeur exécutif de l’Ong 3D, de telles pratiques existent depuis fort longtemps. «Ce n’est pas nouveau parce que pratiquement tous les régimes qui se sont succédé ont développé ces pratiques. De Abdou Diouf à Macky Sall en passant par Me Abdoulaye Wade. C’est du clientélisme politique», souligne Moundiaye Cissé. Qui s’interroge sur les éventuelles sommes versées aux autres alliés de Macky Sall : «C’est un secret de Polichinelle de dire que les alliés du Président Sall reçoivent des fonds. Cela ne date pas de ce régime. Les alliés font l’objet d’un traitement privilégié. C’est inquiétant. C’est le cas de la Ld qui est révélé. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Est-ce que d’autres alliés ne reçoivent pas plus d’argent ? Il faut remettre en question notre manière de faire la politique et la gestion des partis politiques.» Sous ce rapport, Birahim Seck se dit «déçu encore une fois» par le président de la République car, dit-il, «c’est lui qui nous avait promis une gouvernance de rupture, sobre et vertueuse».

Birahim Seck : «Macky est en train de développer l’enrichissement illicite»
L’enseignant de Droit qualifie la révélation de Mamadou Ndoye d’«enrichissement sans cause», parce que quand «un chef de parti, qui n’a aucune fonction dans le gouvernement, reçoit un salaire, je dis que Macky Sall est en train de développer l’enrichissement illicite». Par conséquent, ce camarade de Mamadou Mbodj invite les corps de contrôle de l’Etat à prendre leurs responsabilités. «La justice ne doit épargner aucun membre de cette Gauche alimentaire. La Cour de répression de l’enrichissement illicite doit se saisir de cette affaire. Au niveau de l’Ofnac, on n’a pas beaucoup d’espoir mais nous estimons que cette institution doit déclencher une enquête. Le président de la République avait promis que les comptes de la présidence de la République seront ouverts à la Cour des comptes. Cette promesse n’a pas été respectée. Si ces organes avaient accès à la Présidence, ils pourraient faire le contrôle de ces genres de pratiques occultes», explique Birahim Seck.

Ces chantiers de Aly Ngouille Ndiaye
Il appelle le Parlement à édifier les Sénégalais sur le budget de la Présidence. «Le nouveau défi pour le Parlement, que cela soit de l’opposition ou du pouvoir, est d’examiner de fond en comble le budget de la présidence de la République, de l’As­semblée nationale, du Conseil économique, social et environnemental et du Haut conseil des collectivités territoriales», dit-il invitant l’opposition à «peser de tout son poids pour exiger que le budget de la présidence de la République fasse l’objet d’un examen». Au-delà, cette affaire pose la question du financement des partis politiques souvent jugé occulte.
Pourtant le projet de révision constitutionnel, adopté en mars 2016 par référendum, avait prévu de régler cette question du financement des partis politiques. Cependant, les discussions entre le ministre de l’Intérieur et la classe politique n’ont jusqu’ici pas trop avancé. Le directeur exécutif de l’Ong 3D exprime son vœu : «Le financement des partis politiques est une directive de l’Uemoa. Si on arrive à mettre une loi sur le financement des partis politiques, cela pourrait permettre d’équilibrer l’utilisation des fonds publics.»
Président du Collectif des organisations de la Société civile, Pr Babacar Guèye préconise un financement public des partis politiques parce qu’estime-t-il, «ces partis assument un service de service public» à travers la participation aux élections. «Cela éviterait que les alliés soient entretenus par qui que ce soit. Il faut que le financement soit clair et prévu par une loi. Ce n’est pas une charité», décline-t-il. D’après lui, la sortie de Mamadou Ndoye est un mal pour un bien, dans la mesure où elle pose la nécessité d’aller vers un financement des partis politiques. Financement et rationalisation des partis politiques, sont entre autres les chantiers du nouveau ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye.
bgdiop@lequotidien.sn

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